La routine des enfants est chamboulée. Ils ne vont plus à l’école, ne voient plus leurs groupes d’amis et ne savent pas quand ils les verront de nouveau. Et ils entendent parler du coronavirus partout. Comment assurer le bien-être psychosocial de nos enfants pendant la pandémie ? Une psychologue et une psychiatre nous répondent.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Quand retourne-t-on à l’école ? Va-t-on quand même passer notre année ? Mais pourquoi les gens achètent autant de papier de toilette ?

Voyant ses enfants se questionner et s’inquiéter de la pandémie de la COVID-19, Sonia Gagné les a réunis pour faire le point avec eux. Pour répondre à leurs questions, et pour leur expliquer, dans des mots qu’ils peuvent saisir, le pourquoi des mesures de confinement.

Elle a des jumeaux de 8 ans, une fille de 10 ans et un garçon de 16 ans.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Sonia Gagné avec deux de ses enfants : Gabrielle (10 ans) et Alexy (8 ans).

Je leur ai expliqué que ce n’était pas dangereux pour eux ni pour leur maman, mais que ça pouvait être dangereux pour les personnes âgées. Et que l’idée de rester en quarantaine, c’était pour ne pas que ça s’étende.

Sonia Gagné, étudiante en technique d’éducation spécialisée

L’un des jumeaux est plus anxieux – « il faut constamment le rassurer » –, mais ça se passe plutôt bien pour le moment. Son ado comprend la situation (merci aux influenceurs), bien qu’il demeure contrarié de ne pas pouvoir voir ses amis.

La mère de famille de Mirabel est néanmoins inquiète pour l’humeur de ses enfants dans les semaines à venir. Les mesures d’isolement pourraient être maintenues longtemps. L’Alberta a déjà annoncé la fermeture des écoles jusqu’en septembre. « Aujourd’hui, justement, j’ai dit à mon conjoint : “Regarde, on va aller faire une marche.” Pour qu’ils voient que le monde continue quand même de tourner. »

Perte de repères

Tout comme leurs parents, les enfants vivent beaucoup de bouleversements depuis vendredi. Plus d’école, plus d’activités, plus de loisirs à l’extérieur, plus de visites. Et contrairement aux vacances, ce n’était pas prévu. Et – surtout – on ne sait pas combien de temps ça va durer.

En fait, résume la psychologue clinicienne Geneviève Beaulieu-Pelletier, les enfants perdent leurs repères.

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE BEAULIEU-PELLETIER 

La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier 

Et ces pertes de repères-là sont très, très insécurisantes. Je veux faire mes activités, mais je ne peux pas. Je veux voir mes amis, mais je ne peux pas.

La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier 

La question de l’équilibre psychologique des enfants pendant cette pandémie préoccupe les autorités. Tant l’OMS que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec ont publié des guides pour aider les adultes à soutenir les enfants. En Norvège, la première ministre a même tenu une conférence de presse lundi uniquement pour répondre aux questions des petits.

Professeure associée à l’UQAM, Geneviève Beaulieu-Pelletier et son collègue Frédérick Philippe ont préparé un guide intitulé Parler du COVID-19 aux enfants – Gérer les impacts psychologiques.

« Les adultes vont penser aux finances, au travail, à la santé. Alors que les enfants, c’est plutôt la perte de repères, l’éloignement, l’isolement », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Attention aux nouvelles

La psychologue invite les parents à écouter les angoisses de leurs enfants et à y répondre le plus simplement possible, sans aller au-delà de leurs questions.

« Un jeune enfant n’a pas besoin de savoir tous les impacts du virus en ce moment », note Geneviève Beaulieu-Pelletier, qui craint que « beaucoup trop d’enfants » ne soient exposés à « beaucoup trop de choses » actuellement.

Mieux vaut ne pas exposer les enfants aux nouvelles, surtout s’ils sont jeunes, croit aussi la Dre Evangelia Lila Amirali, médecin-psychiatre et chef du département de psychiatrie au CHU Sainte-Justine. Même entre 6 et 12 ans, les parents devraient filtrer ce que les enfants écoutent et veiller à ne pas leur montrer d’images angoissantes.

Ce qui est super important, c’est de permettre un environnement ouvert, de soutenir les enfants, de leur permettre de poser des questions et d’y répondre avec honnêteté, sans inventer des choses. Et sans faire de fausses promesses qu’on ne peut pas tenir.

La Dre Evangelia Lila Amirali, médecin-psychiatre et chef du département de psychiatrie au CHU Sainte-Justine

Les parents devraient bien sûr rassurer leurs enfants, ajoute la Dre Amirali, et répéter souvent le même message. Dans son guide, Geneviève Beaulieu-Pelletier propose de leur expliquer la situation avec une métaphore de voitures.

> Consultez le guide

Autre point à ne pas oublier : les enfants écoutent ce que les adultes se disent. « Et ils captent aussi toutes les émotions », résume la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Pour les parents touchés financièrement par la crise, c’est un défi de plus. Vicky Dubuc, fleuriste copropriétaire à Sherbrooke, doit composer avec une perte de revenus marquée et beaucoup d’incertitude. Elle est mère de deux jeunes enfants et famille d’accueil de trois autres enfants d’âge scolaire. Inquiets de nature, les grands recommencent à mal dormir la nuit, dit-elle. « J’essaie de gérer au mieux, de ne pas voir trop loin », résume la femme de 30 ans.

L’impact de l’isolement

Six jours seulement après l’annonce de la fermeture des écoles, plusieurs enfants trouvent encore plutôt excitante cette prolongation inattendue de la semaine de relâche, convient la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Mais si l’isolement devait se poursuit encore plusieurs semaines, la psychologue anticipe des sentiments dépressifs chez certains.

D’où l’importance, selon les deux spécialistes, de maintenir les liens sociaux des enfants, de façon créative, tout en respectant les consignes d’isolement en vigueur. Les enfants peuvent par exemple appeler leurs amis et leurs grands-parents sur Skype, se filmer en train de fabriquer un projet et de l’envoyer aux autres membres de la classe…

Les parents peuvent aussi exposer les enfants à tous les exemples d’entraide qui circulent dans les médias, conseille la Dre Amirali. « Cet isolement peut devenir une occasion de voir que nous ne sommes pas seuls dans la vie et que nous travaillons tous ensemble », conclut la psychiatre, qui y voit une occasion d’augmenter la résilience des enfants.

Rester attentif

La Dre Evangelia Lila Amirali invite les parents à demeurer attentifs au non-verbal et aux comportements inhabituels de leurs enfants. Si leur sommeil change, s’ils ont des pensées intrusives constantes ou s’ils expriment des craintes répétées par rapport à la maladie ou à la mort, les parents devraient demander du soutien. Les enfants qui ont un terrain anxieux et ceux ayant déjà vécu des situations difficiles (deuils, maladies) sont plus vulnérables, dit-elle. 

Des ressources : 

L’Organisation mondiale de la santé a publié (en anglais) des messages sur le bien-être psychologique pendant cette crise (une partie concerne les enfants).

> Consultez les messages de l'OMS

Guide du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour soutenir les enfants : 

> Consultez le guide du MSSS