La nouvelle est tombée vendredi : les écoles et garderies seront fermées pour au moins deux semaines. Comment « survivre » (et continuer à travailler) avec la marmaille à la maison ? Trucs et astuces.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Il faudra faire avec : nos enfants seront avec nous, à la maison, pour les deux prochaines semaines au moins. Ceux qui le peuvent se tourneront vers le télétravail, mais est-il vraiment possible de travailler dans ces conditions ?

La réponse est : oui… mais pas avec autant d’efficacité que d’habitude. À cet égard, le premier conseil donné par les personnes à qui nous avons parlé se résume à ceci : lâchez prise.

C’est la première règle que n’importe quel pigiste dirait : lâche prise ! C’est sûr que tu ne seras pas aussi productif que si tu étais seul et que tu vas te faire interrompre.

Manal Drissi, chroniqueuse à Radio-Canada 

En tant que travailleuse autonome, elle est habituée à devoir gérer travail et enfant, surtout lorsque son fils est malade.

Ce télétravail improvisé sera déstabilisant autant pour les enfants que pour les parents, rassure la Dre Nadia Gagnier, psychologue qui est venue à la rescousse de nombreux parents lors de ses émissions à Canal Vie.

« On peut paniquer, dit-elle, ça peut amener de la culpabilité, parce qu’on ne se sentira pas efficace, ni dans son rôle de parent ni dans son travail. » Elle suggère d’accorder un droit à l’erreur à toute la famille et surtout d’avoir des consignes claires et bien répétées en expliquant comment se dérouleront les prochaines semaines. « Nos enfants seront dans une période d’adaptation, ne comprendront pas nos exigences qui sont nouvelles pour eux et vont tester les limites. »

Temps d’écran à la hausse

« On est dans un système D, donc c’est certain que les recommandations de temps d’écran pour les enfants sont à prendre avec un grain de sel. Un film de deux heures, dans des situations comme celles-ci, peut être un bon dépanneur à court terme », estime Solène Bourque, psychoéducatrice spécialiste des jeunes enfants.

Est-ce à dire qu’on laisse nos enfants devant l’écran toute la journée ? Bien sûr que non. La clé est dans la planification de petits jeux et activités auxquels l’enfant pourra s’adonner à divers moments de la journée. Pour les plus jeunes, Mme Bourque suggère des « bacs » où on mettra divers jeux « selon l’intérêt de l’enfant et son niveau de développement », dont on renouvelle le matériel chaque matin, comme des blocs, des livres, des figurines…

L’enfant peut ainsi traîner son bac ou petit panier près de son parent, jouer à côté de lui, on peut ainsi le garder à vue.

Solène Bourque, psychoéducatrice spécialiste des jeunes enfants

Véronique Landry est pigiste et mère de trois enfants âgés de 1 à 6 ans et qui souffrent d’asthme sévère. Travailler avec des enfants dans les jambes, elle connaît. Au fil du temps, elle a accumulé plusieurs trucs, dont celui d’avoir une grosse réserve de matériel de bricolage, de peinture et de pâte à modeler pour les occuper.

Un autre conseil : toujours avoir des assiettes de collation prêtes ! « On s’entend qu’à la maison, les enfants te demandent à manger aux 20 minutes. »

Éviter la table de la cuisine

Si la table la de cuisine permet de passer rapidement du boulot à l’épluchage de pommes de terre, elle crée de la confusion. La présidente de Nubik, une entreprise de solutions technologiques, dont 100 % des employés sont en télétravail depuis 2010, conseille toujours aux nouveaux venus dans l’équipe une zone de travail bien délimitée, si possible avec une fenêtre et une porte qui se ferme. « Quand la porte est fermée, toute la famille comprend qu’on est en train de travailler », soutient Katie Bussières.

Garder la récréation

Comme le concept d’une bonne hygiène de vie n’est pas acquis d’emblée en télétravail, Katie Bussières rappelle à ses employés de prendre des pauses à l’extérieur de la maison, que ce soit le midi, le matin ou l’après-midi. 

Si le principe des récréations est bon pour l’école, il faut le maintenir à la maison pour que les enfants puissent bouger et lâcher leur fou.

Katie Bussières, présidente de Nubik

La Dre Nadia Gagnier croit aussi qu’il est important de s’accorder de vraies pauses avec les enfants en faisant des activités bruyantes. « Il doit y avoir un équilibre, explique-t-elle, les enfants ne doivent pas avoir le sentiment de toujours être contenus dans des jeux calmes. Ils doivent profiter d’élans d’enthousiasme quand ils jouent. »

Repenser son horaire

Une chose est certaine, avec les enfants à la maison, il faut aussi lâcher prise sur l’horaire de jour typique. « Je me couche en même temps que mon fils et je me lève entre 2 et 4 h du matin pour travailler », raconte Manal Drissi, qui est consciente que cet horaire n’est pas pour tous.

Si vous lever aux aurores vous fait frémir d’horreur, il vous faudra peut-être considérer l’idée de travailler en soirée, une fois les enfants couchés, pour reprendre le temps perdu.

Pour ceux qui vivent à deux, il est judicieux d’alterner les « tours de garde » entre les parents : papa s’occupe des petits le matin pendant que maman travaille, et vice-versa.

Autrement, si les enfants ne présentent pas de symptômes — et tout en restant vigilant concernant les règles d’hygiène —, on peut aussi miser sur son réseau, que ce soit les voisins, un ado en congé ou les parents de la garderie ou de l’école. « On voit déjà sur Facebook se former des groupes d’entraide, d’échange de services. C’est une stratégie à court terme qui peut aider », constate Mme Bourque.

On peut penser que ça va être infernal d’inviter les amis à la maison, mais au lieu d’avoir le commentaire “je m’ennuie” toutes les 10 minutes, les enfants deviennent autosuffisants et vous laissent des périodes d’une à deux heures de tranquillité.

La Dre Nadia Gagnier, psychologue

Au final, toute la famille devra se serrer les coudes. Et pourquoi ne pas en profiter pour les initier aux joies des tâches ménagères ou de la préparation de repas ?