Moins fréquents et plus tardifs, les mariages au Québec sont désormais souvent célébrés en présence des enfants du couple ou issus d’unions précédentes. Cette tendance apporte son lot de nouveaux rituels et de façons de célébrer.

Maude Goyer
Collaboration spéciale

« Tous les parents de mes amis divorcent et vous, vous allez vous marier ? » Voilà la réaction du fils de 9 ans de Krystle Tremblay lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle et son conjoint allaient s’unir. « C’est vrai que c’est rare, dit la mère de 34 ans. Ça va faire 20 ans qu’on se connaît et 16 ans qu’on est ensemble. On se mariera en juillet prochain, après avoir eu nos quatre enfants et avoir vécu tout plein de hauts et de bas ensemble. »

L’histoire de Krystle et d’Yves n’est pas rare, au Québec : l’âge moyen au premier mariage est de 32 ans chez les femmes et de près de 34 ans chez les hommes, selon les plus récentes données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Depuis 1970, il a augmenté de huit ans. Or, l’âge moyen de la mère lors de la naissance de son premier enfant est aujourd’hui de 29 ans, toujours selon l’ISQ. « Dans 75 % des mariages qu’on organise, les couples ont des enfants, dit Cynthia Bélanger, planificatrice de mariages et copropriétaire d’Événements Glamour. Ce n’est plus une exception, bien au contraire ! »

Pour Émilie Beaudry, maman de trois enfants de 13, 11 et 7 ans, le mariage vient confirmer et sceller la relation qu’elle entretient avec son conjoint des 15 dernières années.

On peut dire qu’avec les enfants, la maison, le compte conjoint, on est déjà pas mal engagés. Mais c’est un geste significatif qui montre qu’on a grandi ensemble et qu’on veut continuer.

Émilie Beaudry

Unie à son conjoint en novembre dernier par sa mère, devenue célébrante d’un jour, Émilie confie que le mariage a permis de « calmer une angoisse ». « C’est une promesse de plus, note-t-elle. Et puis ça a donné un petit oumf à notre couple. On est une coche de plus amoureux ! »

La tendance à se marier est faible au Québec : en 2018, environ 22 800 mariages ont été célébrés. En comparaison, il y en avait eu plus du double (près de 50 000) en 1970.

Nouveaux rituels

Autre tendance : de plus en plus de couples choisissent d’être unis par un proche. Depuis que la pratique est permise au Québec, soit depuis 2002, elle a grimpé en flèche : elle concerne maintenant 30 % des mariages. Elle est sur le point de dépasser les unions célébrées par un ministre du culte, que ce soit à l’église ou au palais de justice (39 % des mariages).

Ces nouvelles façons de faire influencent les rituels et les types de célébrations : non seulement un membre de la famille fait office de célébrant, mais les enfants, qu’ils soient très jeunes, adolescents ou jeunes adultes, participent à la cérémonie. « Mon aîné a fait le site web qui a servi de faire-part, explique Émilie. Ma fille de 11 ans est ma demoiselle d’honneur et elle a pris part aux choix de robes, de souliers, de bouquet. Et ma plus jeune a apporté les alliances et les documents officiels pendant la cérémonie. »

Chez les Lessard, les trois frères âgés de 18 à 22 ans étaient les garçons d’honneur.

C’était si beau de voir mon fils et les deux garçons de mon chum entourant Jacques.

Mélanie Aubry

« Mon père était le célébrant et ce sont nos mères qui nous ont conduits à l’autel. Même nos ex et leurs conjoints étaient là ! On a vraiment fait les choses à notre manière », raconte Mélanie Aubry, qui s’est mariée il y a deux ans.

Parmi les nouveaux rituels, la cérémonie du sable, qui consiste à mêler du sable de plusieurs couleurs dans un grand vase, ce qui crée une nuance unique, a la cote. La célébration des mains liées est aussi bien populaire auprès des couples avec enfants qui se marient. « On choisit des rubans de plusieurs couleurs et les enfants s’en servent pour attacher nos mains, à mon conjoint et moi, souligne Krystle. Cela va conclure notre cérémonie. »

Certains couples décident de remettre de petites alliances à leurs enfants, en gage d’« union familiale ». « Cela donne toujours lieu à des moments très touchants, affirme Mme Bélanger. C’est comme si une bulle se formait autour du couple et des enfants. C’est très significatif et souvent très émouvant. » Joie, fébrilité, stress, curiosité… La gamme d’émotions est vive pour les enfants. « On écrit notre histoire ensemble, en famille, de la façon dont on a envie, laisse tomber Mélanie. C’est inspirant… et je trouve que c’est un beau modèle pour nos enfants ! »