Quand son enfant prend du poids rapidement, qu’il présente de l’embonpoint ou de l’obésité, le parent peut se sentir démuni. Et si sa santé en venait à être affectée ? Et si l’enfant en venait à développer une mauvaise estime de soi ou un trouble alimentaire ? Comment réagir ?

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

1. Le poids, on n’en parle pas

« La première chose, c’est de ne pas parler de poids », nous répond d’emblée Julie St-Pierre, pédiatre spécialisée en obésité infantile à l’Université McGill. Bref, on ne passe pas de commentaires sur son image et on ne le pèse pas. Pourquoi ? « Parce que c’est très stigmatisant ! répond-elle. Il y a énormément de préjugés à l’égard du poids et ça apporte des conséquences extrêmement graves pour le restant de la vie sur l’estime de soi, l’anxiété et les comportements alimentaires. »

« La première chose, c’est de faire attention au message qui est véhiculé à l’enfant, tant par le pédiatre que par l’entourage », croit aussi Amandine Mourkarzel, nutritionniste au Centre circuit du CHU Sainte-Justine.

La question de l’estime de soi est souvent centrale dans les préoccupations des parents, selon un appel à tous lancé sur des groupes Facebook.

Chez Maëlle, une mère de famille de Montréal, il n’y a pas de pèse-personne et on évite de parler de poids. Mais sa fille, âgée de 11 ans, est complexée ; c’est elle qui en parle. Avec le confinement et l’arrêt brutal des activités, la petite, qui fait de l’embonpoint, s’est arrondie. Maëlle l’a amenée dans les boutiques depuis le déconfinement dans l’espoir qu’elle apprivoise sa nouvelle taille. « Ma fille a déjà une mauvaise estime d’elle-même à cause des remarques qu’elle subissait à l’école », se désole Maëlle, qui la rassure en lui disant qu’elle ne doit pas avoir honte de son corps.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Julie St-Pierre, pédiatre spécialisée en obésité infantile à l’Université McGill

« À partir du constat qu’on a une inquiétude, ce qu’on veut, c’est que le parent y trouve une motivation pour modifier tranquillement les habitudes de vie de la famille », indique Julie St-Pierre, qui a élaboré une approche multidisciplinaire, éducative et motivationnelle pour les enfants atteints d’obésité et leur famille (approche 180).

2. On (re)trouve une routine

La pandémie de COVID-19 et les vacances d’été qui ont suivi ont bouleversé le rythme de vie des familles.

En temps normal, la fille de Saniye déjeune à la maison et dîne à la garderie. « Ici, elle se lève à 10 h 30, donc déjeune et dîne en même temps, vers 11 h 30 », dit Saniye. Qui plus est, la fillette de 5 ans est moins active : elle joue dehors, mais elle n’a plus ses cours de patin, de danse et de natation qui rythmaient ses semaines. Elle a pris huit kilos le printemps dernier.

« Souvent, et encore plus en post-confinement, nos enfants n’ont plus d’horaire, constate Julie St-Pierre. Ils sautent des repas, grignotent devant les écrans… Je pense que la première chose, c’est de remettre un horaire adapté à l’âge de l’enfant », dit la Dre St-Pierre, qui souligne aussi l’importance de planifier les repas de la semaine.

« C’est plus difficile en temps de confinement, mais l’enfant ne devrait pas décider de manger n’importe quand », croit aussi la nutritionniste Amandine Mourkarzel.

Limiter le nombre d’heures passées devant les écrans et planifier un moment dans la journée où toute la famille sort dehors pour faire une activité peuvent aussi faire une différence.

3. Côté aliments, on tend vers mieux

Évidemment, les parents peuvent intervenir sur un aspect fondamental : les aliments qu’ils servent à leurs enfants, qu’on souhaite variés et de bonne qualité nutritionnelle, dit Amandine Mourkarzel.

Julie St-Pierre conseille aux parents de faire découvrir les légumes à leurs enfants (les amener au marché fermier, leur faire prendre soin d’un plant de tomates, les rendre responsables de la préparation de la salade, etc.) et de troquer, quand c’est possible, les féculents blancs pour leurs équivalents de blé entier.

Doit-on bannir certains aliments ? Non, insistent les deux expertes, qui conseillent plutôt de les consommer avec modération. Faire suivre un régime à l’enfant est aussi une très mauvaise idée.

« Si la famille a envie de manger des croustilles, par exemple, qu’elle garde le sac dans le garde-manger et qu’elle en mange selon une fréquence saine », illustre Amandine Moukarzel, selon qui cette fréquence devrait être déterminée par la famille. Selon Julie St-Pierre, on devrait limiter la consommation de sucreries à deux fois par semaine.

Et pour faire changement des popsicles du commerce, la pédiatre conseille de les troquer pour des sucettes glacées maison aux fruits et au yogourt nature. Aux amis de ses enfants, Julie St-Pierre sert de l’eau aromatisée (citron, herbes, fruits, etc.) refroidie par des glaçons remplis de petits fruits. « Et je suis la maman la plus populaire de mon parc de quartier ! », dit-elle en riant.

On le répète depuis longtemps, mais les boissons gazeuses, et même les jus de fruits, ne devraient être servis qu’à l’occasion.

4. On ralentit la vitesse des repas

« Ça, c’est très important, parce que la satiété vient en 20 minutes », rappelle Julie St-Pierre. Les écrans, dit-elle, devraient être fermés pendant les repas pour permettre aux membres de la famille de discuter.

Si l’enfant demande toujours d’être resservi, c’est probablement qu’il a trop faim à l’heure du souper, souligne Julie St-Pierre. « Il faut avoir le réflexe, comme parent, de se demander ce qu’on a offert comme collation et ce qu’on a donné au repas », dit la pédiatre, qui souligne que le déjeuner et le dîner sont souvent trop faibles en protéines. Une lichée de beurre d’arachides le matin et une tranche de jambon le midi, c’est insuffisant, résume-t-elle.

« Et pour ralentir le débit, on peut offrir, avant le repas, des plats de crudités ou une salade », suggère Julie St-Pierre.

Quant à la quantité, c’est à l’enfant de la déterminer, dit Amandine Moukarzel. Le parent devrait éviter de passer des commentaires sur la quantité de nourriture que son enfant consomme, en misant plutôt sur la notion de partage. « Au lieu de dire : “tu en as assez mangé”, ce qui n’est pas un message le fun à recevoir, on peut demander : “est-ce qu’il y en a pour tout le monde ?” », illustre Mme Moukarzel.

« Aux parents, c’est à vous de juger : est-ce que j’en ai fait pour une famille de 15 alors qu’on est 4 ? Servez tout de suite les portions prévues pour le lunch dans le réfrigérateur et appelez la famille à manger, conseille la nutritionniste. Si les gens ont encore faim, à la deuxième ou troisième portion, vous servez le dessert, qui est un fruit ou un yogourt. S’ils ne veulent pas de dessert, c’est qu’ils n’ont plus faim. »

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