Comment enseigner aux enfants le concept de distanciation physique en étant dans le jeu plutôt que dans la contrainte ? Un studio de design montréalais a créé Les P’tit.e.s Chums, objet ludique qui se porte comme un sac à dos et qui, espèrent ses créateurs, se fraiera un chemin dans les ruelles, les camps de jour, les garderies et les écoles.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Il y a eu les chapeaux à ailettes des écoliers chinois, les nouilles de piscine portées par les clients d’un café allemand et les cercles tracés un peu partout sur le sol dans les parcs et les cours d’école. Pour enseigner les notions de distanciation physique, Harrison Fun, studio de création spécialisé en design graphique et de l’environnement, a opté pour une découpe de carton pas banale, d’une longueur de deux mètres.

Créé en collaboration avec la directrice artistique Carolyne de Bellefeuille et les artistes Cath Laporte et OJO (Jonathan Peters), Les P’tit.e.s Chums se veut un projet avant tout axé sur le jeu. Imprimé sur un carton double épaisseur, le dessin de Cath Laporte, dont on reconnaît le style dans les traits noirs affirmés, peut être colorié par les enfants.

« Le fait que les enfants le dessinent, il y a le jeu, certes, mais ça leur permet aussi de s’approprier l’objet et d’être plus fiers de le porter », souligne Amélie Madrid, chargée de projet chez Harrison Fun. « C’est important que chaque enfant se l’approprie à sa façon, poursuit Cath Laporte. Avec ce qui se passe dans le monde, avec le mouvement Black Lives Matter, je pense que c’est vraiment important que chaque enfant puisse mettre la couleur qu’il veut, le sexe qu’il veut. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Francis Desrosiers, cofondateur et directeur de création d’Harrison Fun, studio de création spécialisé en design graphique et de l’environnement.

Aux yeux de Cath Laporte, ce projet est l’occasion de transformer la crise actuelle en processus créatif. « Ça nous redonne un pouvoir, et d’enseigner ça aux enfants, c’est super important parce que la créativité est un grand moteur de changement, expose-t-elle. On passe de victimes de ce qui se passe dans le monde à créateurs. »

Des enseignements plus larges

Le projet a été lancé à la mi-avril, et ses instigateurs sont conscients que les règles de distanciation physique ont changé depuis et évolueront peut-être encore. Pour les enfants, la distance recommandée entre eux est dorénavant d’un mètre, mais des bulles à l’intérieur desquelles la distanciation physique n’est plus nécessaire peuvent être créées entre des enfants d’un même groupe, à l’école ou à la garderie. Toutefois, ces enfants doivent continuer de se tenir à deux mètres des adultes.

Donc, la notion de distanciation physique demeure, mais au-delà de cela, le cofondateur et directeur de création d’Harrison Fun, Francis Desrosiers, croit que Les P’tit.e.s Chums peuvent contribuer à des enseignements plus larges.

« Ça ne va pas empêcher un enfant d’en approcher un autre, mais ça va participer à un apprentissage, dit-il. Dans des moments de crise comme ça, tu ne peux pas penser juste à toi.

Et c’est un outil qui peut aider les enseignants et les parents à inculquer ces valeurs-là. Ça fait réfléchir sur le sujet au-delà de se dire : il y a deux bras entre toi et moi.

Francis Desrosiers

Le projet est prêt, mais le studio est toujours à la recherche d’un commanditaire qui lui donnerait les moyens financiers de produire les 1000 premiers exemplaires qui seront distribués gratuitement aux enfants. Pour les bricoleurs, le studio prévoit également rendre les plans libres de droits de reproduction. Les P’tit.e.s Chums rentreront-il.elle.s à l’école en septembre ? À suivre.

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