Oui, le déconfinement est presque total au Québec, mais des inquiétudes demeurent. Au restaurant, se permet-on de manger à l’intérieur ? Si on loue un chalet, invite-t-on des amis ? Est-ce qu’on laisse les enfants jouer au parc avec plein d’inconnus ? Le niveau de décontraction varie d’une personne à l’autre… parfois même au sein d’un couple.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

« Selon la personnalité de chacun, son taux d’anxiété et sa capacité d’adaptation, c’est sûr et certain qu’il y en a qui vont être plus rigides et d’autres plus laxistes », souligne le psychologue et auteur Yvon Dallaire, selon qui ces différences de points de vue peuvent exacerber la tension dans le couple.

C’est arrivé à Geneviève plus tôt ce printemps, qui a demandé d’être citée sous un prénom fictif afin d’éviter d’envenimer la situation chez elle. Par une belle soirée de mai, son conjoint avait invité un ami à venir prendre une bière dans la cour, à distance. Geneviève n’y voyait pas d’objection... jusqu’à ce que la bière soit digérée... et que l’ami veuille aller à la toilette, dans la maison.

« J’avoue que j’étais totalement en désaccord », se souvient Geneviève, qui souligne que cet épisode est survenu avant que le gouvernement ne permette officiellement les rassemblements extérieurs. « Surtout que l’ami en question travaillait dans un hôpital, poursuit-elle. On ne m’avait pas demandé mon opinion et j’ai angoissé pendant quelques jours. »

Dès le début de la crise de la COVID-19, le couple a réalisé qu’il n’interprétait pas les consignes sanitaires de la même façon. « Vous auriez dû voir sa tête quand je lui ai dit que je voulais laver nos tomates avec du savon ! », résume-t-elle. C’était la même histoire pour les questions du retour à l’école, de la location de chalet, du port du masque pour les enfants...

La confusion entourant certaines mesures couplée au stress et à la fatigue : nous avions le parfait cocktail pour des prises de bec !

Geneviève

Motif de rupture

Une telle mésentente sur l’application des règles peut être, dans certains cas, un motif de rupture, a constaté le psychologue et auteur Yvon Dallaire dans son entourage. C’est arrivé à un de ses amis. Comme sa nouvelle conjointe ne respectait pas les règles de distanciation physique, l’ami voulait qu’elle respecte une quarantaine de 14 jours avant de venir le voir. Le couple a fini par éclater.

On fait quoi, alors, si on ne s’entend pas ?

PHOTO FOURNIE PAR YVON DALLAIRE

Yvon Dallaire, psychologue et auteur

« C’est un avis personnel, mais je pense que le principe de précaution devrait prévaloir, dit Yvon Dallaire. Donc, le plus disciplinaire devrait avoir préséance. » Par ailleurs, dit-il, le couple devrait tâcher d’appuyer mutuellement les décisions de l’autre devant les enfants et de discuter de ses divergences d’opinions dans l’intimité.

Après l’épisode de l’ami qui voulait utiliser la salle de bains, Geneviève et son conjoint se sont entendus sur le fait qu’il valait mieux être prudents jusqu’aux nouvelles mesures de déconfinement. Maintenant que les directives de santé publique se sont assouplies, le couple a désormais plus de facilité à trouver un terrain d’entente et réussit même à rire de ses chicanes du printemps.

Certaines personnes, de nature plus anxieuse, peuvent toutefois rester craintives, convient Yvon Dallaire. Si un partenaire estime que sa douce moitié prend des précautions démesurées, il peut lui en parler, suggère-t-il. « Mais très souvent, une troisième personne neutre va avoir plus de poids que le partenaire, surtout s’il y a une tension entre les deux », fait-il remarquer.

Des couples vont facilement trouver un terrain d’entente. D’autres, qui ont des positions très rigides, n’y arriveront pas. On fait quoi, dans ce cas ? « C’est sûr et certain qu’à ce moment-là, il faut éviter le sujet, parce que le couple va éclater, résume le psychologue. C’est une des caractéristiques des couples heureux : ils se mettent d’accord pour vivre avec des désaccords à vie. »