L’annonce, lundi, de la réouverture des écoles soulève des inquiétudes chez beaucoup de parents. Même pour ceux qui envisagent un retour en classe pour leur enfant, une question se pose : comment les préparer à réintégrer les bancs d’école ?

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Le niveau de stress a grimpé dans le foyer de Marjolaine Lyrette lundi. Enseignante au primaire en Montérégie, elle devra retourner au travail le 4 mai, en vue de la réouverture des écoles la semaine suivante. Son fils de 10 ans, de nature anxieuse, n’a pas sauté de joie en apprenant qu’il devrait reprendre le chemin de l’école, contrairement à son frère qui est au secondaire.

« Lio est super anxieux, remarque Marjolaine Lyrette. Il ne dormira pas ce soir, c’est sûr. Il m’a dit : “Maman, je ne pourrai pas avoir d’aide de mon orthopédagogue si elle doit rester à deux mètres.” » Déjà craintif par rapport à la COVID-19, il s’inquiétait lorsque sa mère allait à l’épicerie ou s’arrêtait pour parler à quelqu’un, même à bonne distance.

Pour le rassurer, elle lui a expliqué que des mesures sanitaires seront mises en place, que la COVID-19 touche peu les enfants et que si le gouvernement et les responsables de la santé publique ont pris cette décision, c’est que celle-ci est réfléchie. Mais, au fond d’elle-même, elle doute. « [Si j’avais le choix], je pense que je le garderais avec moi à la maison », confie-t-elle.

Chez Isabel Guimond, c’est surtout son fils William, 11 ans, qui tient à retourner à l’école.

Ses parents hésitent. La COVID-19 les inquiète. Ils ne croient pas qu’ils renverront leur fille Anabel, 3 ans, à la garderie, étant donné que des enfants de travailleurs de la santé la fréquentent.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Isabel Guimond et son fils William, 11 ans 

« Pour William, c’est une autre histoire. Lui veut vraiment retourner à l’école, explique Isabel Guimond. Il est en sixième année, c’est sa dernière année de primaire. Il veut boucler la boucle. »

William ne semble pas stressé par la COVID-19. Au contraire, même. « C’est ce qui me fait un peu peur, confesse sa mère. Est-ce qu’il va se laver les mains comme il faut ? Et je ne comprends pas comment ils peuvent respecter le deux mètres de distanciation en classe. J’imagine qu’on va avoir plus de détails avant le retour… »

Pour apaiser ses inquiétudes, Isabel Guimond s’attend à ce que la direction d’école explique aux parents comment les consignes de santé publique seront respectées. « Je veux voir la procédure et comment ça va se dérouler avant de prendre une décision d’envoyer mes enfants ou non », dit-elle.

Parents rassurés et rassurants

La psychologue Ariane Hébert, fondatrice de La boîte à psy et auteure d’ouvrages sur l’anxiété, souligne qu’avant d’être en mesure de rassurer leurs enfants, les parents qui envisagent un retour en classe ou à la garderie doivent être eux-mêmes rassurés. « C’est toujours le parent qui est le baromètre de l’enfant, explique-t-elle. Si le parent n’est pas à l’aise et est très anxieux, il a beau avoir un discours qui est très rassurant, ça se sent. »

Mieux vaut être transparent, admettre qu’on ne possède pas toutes les réponses et dire qu’on s’appuie sur la décision des dirigeants et experts de la santé publique qui jugent que c’est la bonne. « C’est aussi une occasion d’apprendre à nos enfants la tolérance à l’incertitude, souligne Ariane Hébert. Les grands anxieux, c’est ce qui leur manque. » Une leçon à tirer également pour les adultes, croit-elle.

Est-il trop tôt pour commencer à en discuter avec les enfants ? « Ça dépend de l’âge et ça dépend de la vision du parent, répond la psychologue. Si le parent est déjà confortable avec l’idée, de créer une excitation peut amener un engouement fébrile pour l’enfant et ça peut être très positif. Surtout pour les enfants qui tournent en rond à la maison et qui ont hâte de revoir leurs amis. »

C’est le cas des deux garçons de la Montréalaise Vanessa Quellos. Quand le premier ministre François Legault a annoncé un probable retour en classe le 19 mai dans le Grand Montréal, Colin, 8 ans, et Thierry, 10 ans, ont affiché un large sourire. « Ils m’ont dit : “Dis-nous que tu vas nous envoyer à l’école ?”, raconte Vanessa Quellos. Ils ont très hâte de retrouver leurs amis. Je ne pensais pas dire ça, mais ils s’ennuient de la structure de l’école, des devoirs, de leur prof. Plus qu’on aurait pu penser. »

Bien que Colin et Thierry ne semblent pas stressés par la COVID-19, Vanessa Quellos est bien consciente qu’elle devra les préparer au retour à l’école. Parce que l’école ne sera pas exactement comme ses garçons l’ont laissée. Des amis ne reviendront pas avant septembre. Des enseignants et des éducateurs non plus, sans doute. Et il y aura de nouvelles consignes. Une nouvelle réalité à apprivoiser.

« On ne l’a pas tout réfléchi encore, mais c’est sûr que ça va faire partie des choses qu’on va aborder avec eux avant, surtout pour les plus jeunes qui sont habitués de faire des câlins aux professeurs. Ça, ça ne sera plus possible », dit Vanessa, qui souligne que Colin est un garçon très affectueux.

La psychologue Ariane Hébert conseille de préparer les enfants à un retour en classe, ou en garderie, en ayant recours aux jeux de rôle. « On peut leur demander : c’est la première journée, tu arrives dans la cour avec tes amis, qu’est-ce que tu vas leur dire ? Ça fait tellement longtemps que tu ne les as pas vus ! Comment tu penses que ça va être, ta classe ? Rendre ça vrai, palpable. » Pour les plus petits, à la garderie, qui retrouveront une éducatrice masquée, elle suggère d’apprivoiser dès maintenant le masque à la maison en faisant, par exemple, deviner à l’enfant l’émotion qu’on cache derrière.

Pour que les parents préparent bien les enfants au retour, les directions d’école doivent les mettre dans le coup, estime Vanessa Quellos. « Le plus vite qu’on aura ce message-là, le mieux on pourra aider nos enfants pour que la tâche ne revienne pas à 100 % aux enseignants et aux éducateurs, dit-elle. Que les enfants sachent qu’en arrivant à l’école, ils ne pourront pas se sauter dessus. »