L’adolescence de Danie Beaulieu, docteure en psychologie, a été difficile. Pour que cette période se passe mieux pour les autres, elle fait paraître des éditions améliorées de son guide pour les jeunes Ça roule ! et de son livre pour les parents 100 trucs pour améliorer vos relations avec les ados, publiés aux Éditions de l’Homme. La Presse l’a jointe à Hawaii, où elle est en séjour d’écriture.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

L’adolescence a été la « période la plus difficile de ma vie », écrivez-vous dans Ça roule !. C’est un bon truc, pour les parents, de parler de leurs propres expériences à leurs enfants ?

Oui. Même sous un couvert rebelle qui semble dire « je n’ai pas besoin de mes parents », en réalité, les adolescents en ont besoin, et plus que jamais. Sauf qu’il faut apprendre à passer par une porte différente pour entrer en communication avec eux. Le fait de parler de soi fait en sorte qu’on peut les rejoindre, parce qu’on ne parle pas d’eux.

Dès qu’on commence à parler d’eux — dire qu’ils manquent de maturité, qu’ils ne savent pas choisir leurs amis… –, ils sortent leurs épines. Si on parle de nous, d’un ami dont on s’est rendu compte qu’il n’était pas digne de notre confiance, on va faire réfléchir le jeune, sans l’attaquer.

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Danie Beaulieu est docteure en psychologie et conférencière.

« Serais-tu fier d’avoir un tatouage de Caillou sur l’avant-bras pour le reste de tes jours ? », demandez-vous aux adolescents. C’est une façon de leur dire de se méfier des décisions prises sur un coup de tête, car la partie préfrontale de leur cerveau (qui permet de dominer les impulsions) n’est pas complètement développée ?

Oui. C’est un autre secret de la communication à l’adolescence. Leur dire : « Tu vas faire ce que j’ai dit », ça ne passe plus, et avec raison. Les adolescents ont une capacité de discernement plus élevée que les enfants. Ils ont besoin de comprendre pourquoi c’est non. On doit prendre des exemples qu’ils ne peuvent pas remettre en question.

Quand on lui parle de Caillou, l’adolescent est obligé de reconnaître qu’il l’adorait quand il était enfant et qu’il a changé. On peut lui dire : « Penses-tu que tu as fini de changer ? Non, tu vas changer plus dans les cinq prochains mois que moi dans les cinq prochaines années ! » Cet exemple est non négociable, il fait appel à leur jugement, donc ils aiment ça.

Plusieurs adolescents ne doivent pas savoir que le préfrontal n’atteint sa pleine maturité que vers 24 ans.

Bien non. Plusieurs parents ne le savent pas non plus. Ils jugent souvent la maturité du jeune à sa grandeur. « Écoute, il mesure 6 pi 2, il devrait le savoir ! », disent-ils. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Le cerveau, avant 24 ans, il n’est pas prêt à prendre toutes les décisions tout seul.

Vous parlez des chatons qui font leurs griffes sur des tapis dans les animaleries, un comportement qui a fait ses preuves pour la survie de l’espèce. À l’adolescence, le même apprentissage serait nécessaire chez l’humain, et un des parents sert souvent de tapis ?

Effectivement, il y a souvent un des deux parents qui va servir de tapis. Je dis aux parents : « Si vous êtes le tapis, c’est que le jeune a reconnu que c’est vous qui aviez le plus d’influence sur son développement. Et vous allez continuer d’avoir cette influence. »

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Ça roule ! Guide pratique pour que tout se déroule plus facilement à l’adolescence

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100 trucs pour améliorer vos relations avec les ados

Vous proposez aux parents d’utiliser des stratégies d’engagement négocié avec leurs ados. Avez-vous un exemple ?

Oui. Au lieu de demander que ce soit toujours le jeune qui fasse des changements, le parent peut dire : « Moi, j’aimerais que tu changes ce comportement-là. Toi, qu’est-ce que tu voudrais que je change en retour ? » Donc, on est deux à faire des changements. Au lieu de « focuser » uniquement sur le comportement du jeune, le parent est obligé de commencer à « focuser » sur son propre comportement.

Ça permet de voir que ce n’est pas facile de changer. Et ça permet de se rapprocher, parce qu’on est deux à travailler. Selon mon expérience de psychologue, parfois, le parent est moins bon que le jeune pour changer un comportement…

Ça roule ! Guide pratique pour que tout se déroule plus facilement à l’adolescence, Danie Beaulieu, Éditions de l’Homme.

100 trucs pour améliorer vos relations avec les ados, Danie Beaulieu, Éditions de l’Homme.