Pour aider ses employés à traverser la période de la rentrée scolaire, une entreprise de la région de Québec déploie une stratégie de conciliation travail-famille peu commune : elle achète tout le matériel d’école des enfants de leurs employés, ce qui fait épargner temps et argent aux parents.

Maude Goyer
Collaboration spéciale

C’est le comité social de l’entreprise Produits de construction Derby, à Saint-Augustin-de-Desmaures, qui a eu cette idée au début de l’année. « Nous menons plusieurs initiatives pour aider des communautés à l’extérieur de l’entreprise, dit Lydia St-Pierre, conseillère en ressources humaines et membre du comité social. L’une de nos membres, maman de deux jeunes enfants, a eu l’idée qu’on essaie plutôt d’aider nos collègues travailleurs. » Le comité social a flairé l’occasion : l’entreprise qui compte 150 employés s’approvisionne chez des fournisseurs de papeterie et d’articles de bureau et profite ainsi de prix réduits grâce au volume d’achats. « On s’est dit : pourquoi ne pas magasiner pour eux et les aider à économiser en faisant affaire avec ces mêmes fournisseurs ? », explique Mme St-Pierre.

Des rabais... et du temps

Soutenues par le service des ressources humaines, les cinq acolytes du comité social ont donc lancé l’idée dès juillet. En août, elles ont amassé les listes de matériel scolaire des enfants de leurs camarades travaillant dans les bureaux administratifs et dans l’usine. En tout, 11 familles ont embarqué dans le projet, profitant du service pour 21 enfants d’âge scolaire. « Les membres du comité social ont ensuite fait la distribution en s’installant dans une grande salle, avec tout le matériel, dit Mélanie Dubé, directrice des ressources humaines chez Produits de construction Derby. Elles ont pris un peu de temps ici, un peu de temps là… Je dirais qu’en tout, ça n’a pas pris plus qu’une journée. »

Quant aux rabais accordés, ils sont plutôt intéressants : gomme à effacer à 0,21 $ chacune (comparativement à environ 1,25 $ dans un magasin à grande surface), surligneur à 0,37 $ l’unité (comparativement à 1,00 $), crayon de plomb à 0,08 $ l’unité (comparativement à 0,15 $)… Mais l’un des grands avantages soulignés par les employés qui ont bénéficié de l’initiative, c’est l’économie de temps. 

Un employé qui a quatre enfants nous a dit qu’il était bien heureux d’épargner le temps et les déplacements pour l’achat du matériel.

Lydia St-Pierre, conseillère en ressources humaines chez Produits de construction Derby

Selon Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec, d’autres personnes tirent avantage de cette mesure de conciliation travail-famille : les enfants. « L’entreprise fait gagner du temps à ses employés, dit-elle, et cela fait donc baisser le stress des familles. Ultimement, les parents peuvent passer plus de temps de qualité avec leurs enfants. »

« Selon un sondage qu’on a fait en 2017, 70 % des entreprises de type PME ont des mesures de conciliation au Québec », souligne Mme Poirier. L’initiative des achats de la rentrée scolaire sera d’ailleurs répétée l’an prochain chez Produits de constructions Derby, assure Mélanie Dubé.

Un effet sur la rétention du personnel

Pour Patricia Ouellet, chargée de projet en conciliation famille-travail à la Chambre de commerce et industries de Trois-Rivières, des mesures comme celle-ci reflètent les attentes des employés. « Selon les conditions de travail proposées, l’employé choisit où il veut aller, souligne-t-elle. Dans ce cas, la considération de l’employeur envers son employé va jouer beaucoup sur la perception et la rétention du personnel. »

Une étude codirigée en 2012 par Mircea Vultur, sociologue et professeur à l’Institut national de la recherche scientifique, démontre que 75 % des 18 à 34 ans placent le couple et la famille au centre de leurs priorités. Le travail arrive en deuxième place. « Et c’est l’expérience de travail, soit l’ambiance, la réalisation personnelle et la possibilité de conciliation, qui est l’élément le plus important pour eux, explique M. Vultur. Ce n’est pas le salaire ! »