En 2016, la drag queen montréalaise bien connue Barbada de Barbades est sortie des bars pour lire des contes aux enfants. L’engouement a été immédiat. Depuis, plusieurs bibliothèques ont fait appel à elle. Demain, elle sera de retour à la Grande Bibliothèque pour une Heure du conte toute spéciale.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Parents, ne craignez rien, vos oreilles ne « silleront » pas. Ici, pas de blagues grivoises ou de remarques acerbes. Barbada sait bien sûr s’adapter à son public, sans toutefois mettre de côté le style coloré qui est le sien. Après avoir pris part à plusieurs spectacles cette semaine dans le cadre de Fierté Montréal, elle fera la lecture aux 3 à 5 ans.

Au programme : des histoires qui traitent de diversité, de différence et d’acceptation. « Le but premier est d’inciter les jeunes à la lecture, au plaisir de plonger dans un conte pour qu’ils aient plus tard l’intérêt de la lecture, indique Sébastien Potvin, enseignant au primaire, qui incarne Barbada depuis 14 ans. Le but ensuite, c’est de parler d’acceptation et d’ouverture. Mais ça reste principalement ludique. »

À des livres que lui a proposés le personnel de la Grande Bibliothèque, il ajoutera ses classiques, dont La princesse et le poney, de Kate Beaton, et Le crocodile qui avait peur de l’eau, de Gemme Merino. « C’est un crocodile qui ne comprend pas pourquoi il est différent parce qu’il a peur de l’eau, et finalement, il réalise qu’il n’est pas un crocodile mais un dragon », raconte Sébastien Potvin. 

On ne fait pas de lien nécessairement avec l’homosexualité, ce n’est pas du tout le but. Le but, c’est juste de dire : ça se pourrait que, toi aussi, tu te sentes différent et c’est correct comme ça. À un moment donné, tu vas découvrir pourquoi.

Sébastien Potvin, alias Barbada, à propos de l’Heure du conte

L’Heure du conte avec une drag queen est née dans le cadre de la Journée des enfants de Fierté Montréal, à l’initiative de Michael David Miller, bibliothécaire à l’Université McGill. Une expérience dont il avait entendu parler à San Francisco et qu’il a eu envie de tenter au Québec. L’année suivante, la Grande Bibliothèque l’a intégrée à sa programmation, dans un volet consacré aux activités d’inclusion. 

« Barbada est venue trois fois depuis 2017 et en tout, c’est presque 300 jeunes qui ont participé à son activité, précise la directrice des communications et de la programmation de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Geneviève Rossier. Après chaque visite de Barbada, on a constaté une augmentation de fréquentation de l’Heure du conte. »

Avec ses talons hauts, ses cheveux (souvent) roses, sa tenue colorée et sa grande taille (1,85 m sans les chaussures), Sébastien Potvin admet que Barbada impressionne les tout-petits. Tous sont surpris, quelques-uns pleurent (« rarement »), mais aucun ne juge. « Les enfants peuvent ne pas comprendre, mais très souvent, ce n’est pas un jugement qui va être porté. Pas aussi jeune. Ça arrive un peu plus tard », remarque-t-il.

Aux plus grands qui lui posent des questions, il explique qu’au-delà du genre, une drag queen est avant tout un personnage. « Je fais des fois un peu la comparaison avec Mickey Mouse. Vous savez que Mickey Mouse, ce n’est pas une vraie souris ? Il y a une personne qui joue le rôle de Mickey Mouse. C’est un peu la même chose pour moi. Je ne suis pas un homme, je ne suis pas une femme. Je suis un personnage qui, pour jouer son rôle, a des perruques et des costumes colorés qui oui, souvent, s’apparentent à des robes que pourraient porter les femmes. Mais, en même temps, pas vraiment parce que je leur dis : regardez vos mamans. Est-ce qu’elles ont des cheveux roses comme moi ? Est-ce qu’elles ont des robes avec 30 couleurs comme moi ? Ce sont des choses que je porte pour faire mes spectacles et pour l’Heure du conte, quand je suis en Barbada. »

À la Grande Bibliothèque, le 17 août, à 10 h 30