De plus en plus de pédiatres et de pédopsychiatres québécois s’inquiètent du temps d’écran des enfants de moins de 5 ans. La Société canadienne de pédiatrie a d’ailleurs publié un guide qui s’adresse aux professionnels de la santé afin de « prévenir et éduquer les familles sur les risques liés au temps d’écran excessif ». 

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Les plus récentes données fournies par la Société canadienne de pédiatrie indiquent que ces enfants passent en moyenne 3 heures par jour devant un écran, que ce soit la télé, le téléphone, la tablette ou l’ordinateur. Aux États-Unis, on parle de 4 heures. Par comparaison, le temps de lecture, lui, est passé à moins de 30 minutes par jour.

Pédiatre et neurologue au CHU Sainte-Justine, la Dre Stacey Bélanger, membre du Groupe de travail sur la santé numérique, craint que ce temps d’écran ait un impact négatif sur la santé physique et mentale de ces enfants et invite les parents à établir des limites.

« On sait que les enfants apprennent mieux grâce aux interactions directes et dynamiques avec leurs proches », a expliqué la Dre Bélanger, lors d’une conférence organisée la semaine dernière par l’Association québécoise pour la santé mentale des nourrissons. 

« Le temps d’écran à cet âge peut avoir un impact négatif sur le développement psychosocial et la santé physique. »

« Même si on n’a pas encore démontré de lien de causalité, on sait qu’il y a une corrélation entre le temps passé devant un écran et les problèmes de développement, note la spécialiste du CHU Sainte-Justine. En passant autant de temps devant la télévision, par exemple, on sait que ces enfants passent à côté d’autres activités qui, elles, favorisent leur développement. »

À la lumière des récentes données d’exposition aux écrans, la Société canadienne de pédiatrie recommande aux médecins de questionner les parents de leurs jeunes patients sur leurs habitudes de vie. Par exemple, ils peuvent leur demander s’ils utilisent des écrans durant les repas, ce qu’ils regardent, s’il y a des écrans dans la chambre à coucher, etc.

Établir des limites dès le jeune âge

La Dre Bélanger a également parlé de l’impact négatif sur le sommeil et la santé physique des tout-petits. « Là, il y a un lien de causalité, affirme-t-elle. La sédentarité, qui découle du temps passé devant des écrans, entraîne des problèmes de surpoids, a-t-elle insisté. Chaque heure d’écran augmente le risque d’obésité de 2 %. »

Le problème, notent les spécialistes, c’est que les parents permettent ce temps d’écran justement pour pouvoir faire autre chose. Entre autres pour passer eux-mêmes du temps sur leurs écrans.

« Il faut s’occuper des habitudes des très jeunes enfants et leur apprendre à établir des limites dès leur plus jeune âge, insiste la pédiatre. On sait qu’une surexposition précoce pendant la petite enfance accroît la probabilité de surutilisation des écrans plus tard. » 

« On ne recommande pas de temps d’écran pour les enfants de moins de 2 ans et on croit qu’il faut limiter à 1 heure par jour le temps d’écran des enfants âgés de 2 à 5 ans. »

Ces recommandations ont été formulées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Académie américaine de pédiatrie et la Société canadienne de pédiatrie.

Selon la Dre Bélanger, les enfants de moins de 2 ans doivent privilégier les activités de découverte. « On sait que les échanges directs sont le meilleur mode d’apprentissage des jeunes enfants. Le problème, c’est quand on laisse son enfant devant un écran pendant des heures. On a d’ailleurs fait des recommandations sur ces points aux services de garde. »

N’y a-t-il pas tout de même des aspects positifs aux contenus que l’on retrouve à la télé ou sur certaines plateformes numériques ?

« Il y a des études qui démontrent que l’exposition à un contenu de qualité peut avoir un impact positif sur les apprentissages, évalue la Dre Bélanger. Certains livres numériques peuvent aussi avoir un effet positif sur le langage et l’alphabétisation, mais la présence d’un parent est toujours souhaitable et ces livres numériques ne devraient pas complètement remplacer les livres imprimés. »