Que sait-on réellement de ce que les Canadiens pensent de l’amour, de la sexualité ou encore de la répartition de l’argent au sein du couple ? Pas grand-chose, en fait... Mais grâce à la chercheuse Chiara Piazzesi, c’est sur le point de changer.

Publié le 3 avril

La professeure du département de sociologie de l’UQAM et son équipe ont récemment lancé une toute première enquête pancanadienne sur l’amour et l’intimité : MACLIC (Mapping Contemporary Love and Intimacy Ideals in Canada – Cartographier les idéaux amoureux et intimes au Canada).

L’idée est née d’un manque évident de données, m’explique Chiara Piazzesi : « On parle beaucoup d’amour, de relations, d’engagement, de monogamie, mais on en sait très peu sur ce que les personnes pensent vraiment de ces sujets ! »

Parmi les questions que se pose l’équipe de cinq chercheurs, notons : « Est-ce que les Canadiens et Canadiennes croient encore à l’amour-passion ? La monogamie est-elle encore la norme auprès des couples ? Est-ce que les Canadiennes et Canadiens sont satisfait.e.s de leur sexualité ? Comment organise-t-on la division du travail domestique et de soin sur une base quotidienne ? »

Pour y répondre, les chercheurs ont créé un questionnaire en ligne, offert en français et en anglais partout au pays. Chiara Piazzesi espère la participation d’au moins 3000 personnes... Et comme je crois à l’importance de la science, j’ai décidé d’être du nombre.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Chiara Piazzesi, sociologue et professeure à l’UQAM

J’ai donc passé une trentaine de minutes à réfléchir à la valeur que j’accorde à la sexualité, à ce que je pense des gens qui ont plusieurs amants, à la manière idéale de gérer l’argent au sein d’un couple et à ce que je suis prête à faire ou non au nom de l’amour.

(Conseil, si vous vous lancez : faites ça à tête reposée parce que ça demande quand même un chouïa d’introspection.)

Grâce aux réponses recueillies, l’équipe espère établir certains profils types.

« Par exemple, on pourrait dire que les femmes hétérosexuelles d’une certaine tranche d’âge qui habitent les centres urbains ont tendance à voir l’amour, la sexualité et les rapports conjugaux de telle ou telle façon, résume Chiara Piazzesi. Puis, viendra l’enquête qualitative. On va procéder par entretiens et creuser chacun des profils pour voir comment les idées exprimées se traduisent dans les pratiques de tous les jours. »

Le projet, financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, durera cinq ans. Concrètement, à quoi servira-t-il ?

D’abord, à remettre les pendules à l’heure, me répond Chiara Piazzesi.

Il existe dans les médias un discours voulant que l’intimité soit en pleine transformation. On craindrait davantage l’engagement, la monogamie s’effriterait, on assisterait même selon certains à la fin de l’amour romantique, ce modèle qui domine depuis près de deux siècles... Mais est-ce bien vrai ?

« Ce serait intéressant de pouvoir parler en toute connaissance de cause, affirme la chercheuse. D’avoir des données qui nous permettraient de considérer que, dans la sphère intime au Canada, il est en train de se passer ceci ou cela. »

Une meilleure compréhension de ce qui se cache dans nos cœurs et nos lits aurait une influence tangible dans plusieurs sphères. On pourrait par exemple améliorer les approches en thérapie conjugale et en médiation. Les intervenants psychosociaux et communautaires s’en trouveraient mieux outillés pour dénouer les écueils propres à notre époque. Ces données pourraient également apporter un éclairage précieux dans l’élaboration des politiques familiales proposées par les différents ministères du pays.

« On a l’ambition d’arriver à comprendre comment les gens pensent leur quotidien dans les relations intimes, précise Chiara Piazzesi. À comprendre quels sont leurs défis aussi ! Et c’est important parce que toute politique familiale doit prendre en considération la façon dont les personnes reçoivent certaines idées et stratégies mises de l’avant. »

De mon côté, je vois une autre utilité à l’enquête, et elle est non négligeable : vous pouvez emprunter certains passages du questionnaire pour lancer de solides discussions lors de votre prochain souper entre amoureux...

« Mon chou, à quel point es-tu d’accord ou non avec l’affirmation suivante : “La camaraderie est plus importante que l’amour romantique pour la longévité d’une relation” ? »

Évidemment, vous pourriez aussi répondre au questionnaire pour vous découvrir ou mieux vous comprendre, en tant qu’être humain qui aime, rêve et désire parfois. Après tout, le printemps n’est-il pas une période parfaite pour se pencher sur ce qui nous fait rougir ?

« D’ailleurs, Chiara, est-ce que le printemps incite vraiment à la romance ou l’idée que nos hormones dégèlent en avril est juste un autre cliché non fondé ?

— Il faudrait le demander à des neuropsychologues, parce que je n’en suis pas certaine ! Mais ce que je sais, c’est que c’est une idée souvent répétée... Donc, elle forme peut-être notre manière de percevoir le passage vers cette saison et comment on devrait se comporter. »

Serait-on momentanément libidineux par simple association culturelle ? J’espère une éventuelle enquête sur le sujet.

Remplissez le questionnaire de l’enquête pancanadienne
Consultez la page Facebook de l’enquête (en anglais)