À l’heure où les Québécois n’ont jamais autant adopté d’animaux de compagnie, l’éducateur canin Sébastien Larabée expose un condensé des stratégies les plus efficaces pour comprendre et inculquer les bons comportements aux jeunes pitous. Accueillir un chiot détaille ainsi les méthodes à appliquer pour sa socialisation, l’apprentissage du jeu ou encore la propreté, mais aussi les travers à éviter. Nous avons abordé avec l’auteur les erreurs les plus fréquentes observées chez les adoptants.

Publié le 1er mars
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

1. Des attentes trop élevées

Il est tout chaud, tout neuf, ne parle pas notre langue et débarque dans un univers totalement inconnu : non, le chiot ne s’adaptera pas en deux temps, trois jappements à son nouvel environnement et à ses règles. « Souvent, les gens embarquent dans le projet d’élever un chiot avec des attentes beaucoup trop élevées, pensant que l’animal devrait comprendre rapidement où faire ses besoins, où dormir, etc. Le travail va être assez intense dans les débuts, et ils en attendent trop de leur chien », fait observer Sébastien Larabée, précisant que les quatre premiers mois sont ceux réclamant le plus d’investissement, suivis de six mois moins intensifs. En incluant encadrements et enseignements, cela peut exiger jusqu’à cinq heures par jour. « Un chien, ça dort beaucoup, on est chanceux, mais le reste du temps, il faut l’encadrer comme un enfant », dit-il. Des objectifs réalistes (le livre propose une solide feuille de route) et une grande lampée de patience sont donc impératifs.

2. Surestimer nos capacités pédagogiques

PHOTO FOURNIE PAR SÉBASTIEN LARABÉE

Sébastien Larabée est éducateur canin depuis plus de 10 ans, où il a suivi des milliers de chiens. Il a aussi travaillé auprès de la SPCA de Montréal.

Si on exclut Rantanplan, notre culture nous bombarde de chiens intelligents et hyperobéissants. Et qui n’a pas d’amis avec un toutou modèle et docile ? « Cela semble générer l’idée qu’élever un animal, c’est facile. Les gens ne se préparent pas, et quand ils réalisent la somme de connaissances et de compétences nouvelles que ça requiert, ils se découragent », note Sébastien Larabée. Il compare cette éducation à l’apprentissage d’une nouvelle langue, avec de petits exercices simples pour débuter, où le renforcement positif et les gâteries agissent comme ponctuation. Lui-même peut distribuer jusqu’à 100 douceurs par jour à ses chiens. « Les câlins ou les félicitations, quelques chiens aiment ça, mais pour la majorité, ça ne vaut pas cher. Imaginez : si à la fin de la semaine, votre employeur dit : “Bravo”, et vous donne une petite tape sur l’épaule, mais pas de chèque. Vous ne travaillerez pas longtemps. C’est pareil pour les chiens. »

3. Le percevoir comme un chien miniature

Un autre travers fréquemment vu par M. Larabée : considérer un chiot comme un chien miniature, alors que son développement neurologique et physique est incomplet. « C’est un enfant qui ignore tout, qui ne sait pas ce que vous voulez si vous lui demandez de s’asseoir ou qui panique quand on le force à dormir seul. C’est un jeune être qui a principalement besoin non pas de discipline, mais de sécurité », insiste l’éducateur. Dans le passage du livre traitant de la propreté, il est notamment expliqué que gronderies et punitions sont à proscrire. « On aura certes eu l’effet escompté : il va s’arrêter. Mais l’effet va généralement être très nocif parce qu’on lui a fait peur, le lien de confiance va beaucoup s’affaiblir. En outre, la punition ne le renseigne pas sur la bonne marche à suivre. »

4. Se prendre pour un chef de meute

La croyance archaïque selon laquelle le chien se place dans un ordre hiérarchique et qu’il faut lui montrer qui est le patron est fausse, en plus de mener à des abus, dénonce l’éducateur. Ce dernier préconise plutôt de montrer au chiot les multiples avenues de gains, de sources de plaisir et de bonheur possibles… et que nous avons le contrôle sur celles-ci. « Être ferme, ça ne sert à rien, c’est une perte de temps. »

5. Mettre la main à la pât(t)e

Comme disent les Anglais : no pain, no gain. Principe enfantin, mais l’éducateur voit à l’occasion que, malgré tous les outils qu’il peut fournir, certains adoptants rechignent devant l’effort et ne s’investissent pas assez. Bref, ils ne font pas leurs devoirs. Et, bien assez vite, il est trop tard pour redresser la barre. « Il n’y a pas de raccourci ni de magie : les comportements inadéquats ou les erreurs de parcours du chiot ne vont pas s’effacer quand il va grandir. Il faut faire le boulot pour qu’il aille dans la bonne direction », prévient-il, rappelant que les premiers mois d’efforts sont déterminants, après quoi il ne restera plus que quelques ajustements à effectuer à partir de la deuxième année.

Accueillir un chiot – Et en faire un chien bien dans sa peau

Accueillir un chiot – Et en faire un chien bien dans sa peau

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192 pages