Les propriétaires d’animaux sont appelés à se montrer patients comme l’araignée et rusés comme le renard : les cliniques vétérinaires en ont plus que jamais plein les pattes, et l’ordre régissant la profession appelle le public à adopter, non pas des petits chatons, mais plutôt une attitude préventive, pendant qu’il se démène pour trouver des solutions.

Publié le 26 janvier
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Un engorgement sans précédent est actuellement provoqué par la confluence de deux mouvements : les effets d’Omicron, combinés aux importants besoins vétérinaires découlant de la récente vague d’adoptions, mettent les cliniques pour animaux en grande difficulté. Cette pénurie de ressources, qui précédait la pandémie et qui est multifactorielle, vient de s’aggraver et aura un impact imminent.

« Cela va causer des problèmes pour offrir des services pour une période de temps, c’est certain que cela va arriver », prévoit le DGaston Rioux, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ). « Notre but est de faire baisser la pression, tant au niveau du public que des cliniques. »

Les records d’adoptions enregistrés l’an passé (désormais, plus d’un foyer québécois sur deux accueille un animal de compagnie) ont mené à une charge de travail supplémentaire, car « dans la première année de vie d’un animal, il y a souvent plus d’interventions vétérinaires : vaccins, rappels de vaccins, stérilisations, interventions… », rappelle M. Rioux.

Situation critique

La Dre Anne Fortin, copropriétaire du Groupe vétérinaire Daubigny, confirme que la situation, déjà fragile avant 2020, est devenue critique : « Avec Omicron, ça rend les choses particulièrement difficiles, on voit beaucoup plus de personnel touché [que pendant] les premières vagues », observe-t-elle. Au sein des 90 établissements gérés par le groupe, signes de détresse, épuisements professionnels et réorientations sont à la hausse.

Cela n’est pas sans effet sur le public, qui peut contribuer à alléger le fardeau. Les propriétaires d’animaux sont ainsi appelés à s’armer de patience, mais aussi de prudence, puisque des services non urgents sont repoussés au profit des traitements les plus pressants, comme les vaccinations.

« Il va falloir être prudent avec son animal pour éviter des maladies, notamment en essayant d’éviter les contacts avec d’autres animaux », précise le DRioux, qui recommande d’éviter les parcs à chiens. Qui plus est, certaines pathologies ou certains parasites sont transmissibles à l’humain, comme la teigne ou différents types de vers.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Pour éviter les problèmes de morsures et en attendant que les délais pour les vaccinations se réduisent, l’OMVQ conseille d’éviter les contacts entre animaux inconnus et les parcs à chiens. Les amoureux des animaux peuvent prendre exemple sur Willow, un berger australien qui s’amuse dans la neige en solitaire au parc Jarry.

Pour limiter les visites liées à des accidents bêtes, la Dre Fortin préconise de surveiller les produits à risque dans l’environnement, tels qu’antigel, poison à rat, médicaments… et cannabis. « Depuis la légalisation de la marijuana, on a énormément d’intoxications à cause de produits dérivés alléchants, notamment pour les chiens », indique-t-elle.

Autre conseil : en cas de pépin, se renseigner auprès de sources sûres et consulter les cliniques.

Sur des forums de discussion et autres « Dr Google », on lit des histoires d’horreur, ce qui incite les gens à se rendre à l’urgence pour des cas ne méritant pas une visite.

La Dre Anne Fortin

Chose certaine, il faudra être patient, conciliant avec le personnel, et changer ses habitudes de consultation, les rendez-vous pour le jour même étant devenus exceptionnels, hors urgences. Le président de l’Ordre incite par ailleurs à s’informer sur les contacts et les démarches à suivre en cas d’urgence avant qu’une telle situation ne se présente.

Des remèdes pour le réseau

En attendant que la vague passe, plusieurs pistes de solution sont explorées pour résorber cette pénurie chronique de services vétérinaires, à court et à long terme.

La délégation d’actes est actuellement en discussion, visant notamment à élargir le champ de compétences de certains employés, comme les techniciens en santé animale, pour délester les médecins vétérinaires de certaines tâches. « Un projet devrait être déposé à la fin de février pour voir s’il est possible de faire des délégations d’actes tout en assurant la sécurité du public et la santé animale », indique M. Rioux.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Pour que les vétérinaires puissent se concentrer sur les tâches urgentes et essentielles, une délégation de certains actes (leur nature est toujours en discussion) est actuellement étudiée.

Autre stratégie : prospecter auprès de vétérinaires récemment retraités ou ayant mis leur carrière sur pause, en proposant des mesures incitatives. « C’est une mesure spéciale pour une situation spéciale, pour laquelle on a eu des signaux positifs », souligne le président de l’OMVQ.

Sur le plus long terme, l’idée de gonfler les cohortes de l’unique faculté de médecine vétérinaire du Québec, à Saint-Hyacinthe, est étudiée, tout en gardant de sévères critères de sélection. « Chaque année, 95 étudiants entrent en médecine vétérinaire, c’est la capacité d’accueil maximale. Un projet a été déposé il y a plus d’un an auprès du gouvernement pour un campus satellite à Rimouski qui permettrait, s’il est accepté, de former de 25 à 30 étudiants de plus par année », nous apprend M. Rioux.

Si le fait d’avoir plus de jeunes vétérinaires donnerait un bon coup de patte, aussi faut-il que la rétention soit au rendez-vous. Un sondage récemment soumis aux 2675 membres de l’OMVQ montre que plus de 50 % des répondants songent à quitter la profession ou à se réorienter. « Ça, c’est dramatique, s’alarme le DRioux. On va fouiller plus loin pour en connaître les vraies raisons — est-ce la conciliation travail-famille ? — et être en mesure d’adopter des remèdes. »

Comment chat va ?

Feline Grimace Scale est une application mise au point par des professeurs de l’Université de Montréal permettant d’évaluer à quel point votre félin ressent de la douleur. Très simple d’utilisation, elle propose de répondre à quelques questions basées sur l’observation de l’animal, notamment la position des oreilles, des moustaches et de la tête. Malheureusement, ce type d’évaluation n’est pas adaptable aux chiens.