Habitués de passer beaucoup de temps avec leurs maîtres, dans le brouhaha du quotidien, les animaux de compagnie se retrouvent tout à coup seuls à la maison, alors que les enfants reprennent le chemin de l’école et que de nombreux travailleurs retournent au bureau. Comment minimiser l’impact de ce changement de routine ?

Maude Goyer
Maude Goyer Collaboration spéciale

Selon un sondage publié jeudi par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, 47 % des travailleurs ont recommencé à travailler au bureau, dont 19 % à temps plein. « Ça nous inquiète pour les animaux laissés derrière, seuls à la maison », dit Amélie Martel, directrice du bien-être animal à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). « Déjà, avant la pandémie, septembre et la rentrée représentaient une période où il y avait beaucoup d’abandons. De quoi cela aura l’air cette année ? »

PHOTO FOURNIE PAR LA SPCA DE MONTRÉAL

Amélie Martel

Selon elle, le taux d’abandon en août a connu un bond de 7 % comparativement à la même période l’année dernière, à la SPCA.

Morts d’ennui, privés d’exercice ou en manque d’interactions avec leurs humains préférés, les animaux de compagnie, particulièrement les chiens, peuvent développer des comportements indésirables. « Un changement de routine abrupt peut provoquer un stress chez le chien, dit la Dre Mylène Quervel-Chaumette, éthologue [spécialiste du comportement animal et humain]. Il va alors compenser en développant des comportements inhabituels comme de la destruction, de la mutilation, de la vocalisation. Il peut devenir malpropre ou refuser de manger. »

Se préparer

L’idéal ? Prévenir en s’y prenant d’avance et en habituant peu à peu l’animal à être seul.

C’est comme pour les enfants qui commencent la garderie ; il faut faire le changement progressivement et doucement.

La Dre Mylène Quervel-Chaumette

Par exemple, on habitue notre chien, chat, lapin ou oiseau à être seul une heure par jour, puis deux, puis trois, etc. On décale ses heures de repas si notre nouvelle routine ne permet pas de conserver le même horaire.

Selon Mme Martel, la solitude et l’anxiété de séparation guettent les animaux de compagnie non préparés. « Il faut avoir un plan, souligne-t-elle. On peut regarder quelle est notre routine actuelle avec notre animal et de quoi aura l’air notre nouvelle routine et faire les ajustements, peu à peu. » Par exemple, quelqu’un qui promenait son chien 30 minutes tous les matins et ne peut plus le faire depuis son retour au boulot devra trouver d’autres solutions pour que l’animal dépense son énergie.

PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, LE NOUVELLISTE

Catherine Lajoie fait courir Oscar dès qu’elle en a l’occasion.

C’est ce que Catherine Lajoie, mère de famille de 39 ans de Trois-Rivières, expérimente ces jours-ci. Son jeune labrador Oscar, adopté à l’été 2020 en pleine pandémie, apprend tranquillement à passer deux jours seul à la maison. « Je suis de retour au bureau deux jours par semaine, confie cette coordonnatrice aux évènements et aux communications. Quand j’arrive le soir, il a besoin de bouger ! J’ai réduit le temps de tablette des enfants et je leur rappelle : “Tout le monde voulait un chien, alors hop, tout le monde dehors !” »

Elle fait courir son chien dès qu’elle en a l’occasion : « Je lui lance la balle pendant qu’on attend l’autobus le matin pour le brûler au maximum, rigole-t-elle. Et parfois, je lui lance la balle pendant que je suis en réunion au téléphone, en télétravail, dans ma cour ! »

Emmener son chien… au boulot

Une autre piste à explorer, afin d’épargner le stress de la solitude à notre chien, par exemple, est de l’emmener au boulot avec nous… si l’employeur est d’accord. « Je pense qu’il y a un peu plus d’ouverture et de flexibilité de ce côté, avance Amélie Martel, de la SPCA. Et il y a toujours l’avenue de garder certains jours en télétravail. »

Anne-Marie Goyer, copropriétaire d’une entreprise dans les Cantons-de-l’Est, a fait le pari d’emmener son chien, un bouvier des Flandres de 9 ans, au bureau tous les jours. « Je n’ai eu aucun commentaire négatif de mes collègues de travail ni des clients, raconte-t-elle. Ça se passe super bien. En fait, plusieurs m’ont même dit que c’était comme de la zoothérapie, que ça leur faisait du bien. »

Si le chien ou le chat peine à rester seul, et que la relation entre le maître et l’animal de compagnie se détériore, les deux expertes recommandent de consulter un vétérinaire ou un intervenant en comportement animal reconnu, comme ceux de la SPCA, l’équipe de l’Éduchateur ou un membre du Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC).

Consultez le site du RQIEC Consultez le site de l’Éduchateur Consultez le site de la SPCA