Dans leur cabinet et sur le terrain, ils voient passer des cas de tous poils. Des larmes, des rires, des complicités : les vétérinaires en ont long à raconter sur nos amis les bêtes, tout autant que sur les joies et les peines de leurs propriétaires. Cette semaine, la Dre Florence Deschênes nous raconte l’histoire d’une chienne pour qui on en a fait tout un plat…

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

À l’Hôpital vétérinaire de l’Est, à Anjou, on en rit encore. Ou plutôt devrait-on dire : on en « riz » encore. La scène s’est déroulée en début d’année passée, alors qu’une dame avait confié son labernois Jabba à sa fille, le temps d’un séjour dans le Sud.

Dès le premier jour, laissé seul dans son logis provisoire un bref instant, l’animal a semblé vouloir s’offrir, lui aussi, un petit buffet exotique pour célébrer le début de ses vacances. Pendant que personne ne regardait, la chienne a ouvert d’un coup de patte la porte du garde-manger et a jeté son dévolu sur ce délicieux paquet de riz cru. Que voulez-vous, à l’âge de 2 ans, tout paraît appétissant…

PHOTO FOURNIE PAR LA VÉTÉRINAIRE

Jabba, très beau labernois de 2 ans, qui n’est pas très regardante sur la cuisson de ses collations

Quand sa gardienne provisoire a regagné ses pénates, elle n’a pu que constater les dégâts : le sac de riz éventré au sol, vidé, et la chienne repue, l’air satisfait. Quelle quantité avait-elle dévorée ? La fille de la propriétaire n’en avait aucune idée et a préféré l’amener en clinique, même si Jabba ne semblait pas particulièrement souffrante.

« Et elle a bien fait ! », se souvient la vétérinaire Florence Deschênes, qui s’est occupée du cas, a senti l’estomac bien rempli à la palpation et a demandé une radiographie. « Comme le corps du chien est chaud, cela a fait gonfler le riz comme dans une cocotte, explique-t-elle. Elle en avait vraiment mangé beaucoup, je n’avais jamais vu d’estomac aussi gros. »

Les tentatives pour faire vomir la chienne ayant échoué, direction la table d’opération, qui aurait pu être rebaptisée pour l’occasion « comptoir du chef » : en incisant l’abdomen de Jabba, la vétérinaire a eu la surprise de constater que le riz avait complètement cuit, devenant un gros sushi ! « On n’avait pas vraiment d’instrument chirurgical pour ce genre de situation, alors on a dû emprunter la cuillère à soupe d’un collègue pour son lunch, après l’avoir stérilisée », raconte la vétérinaire.

  • Sur les images radiographiques, on voit l’estomac de la chienne Jabba complètement gonflé.

    RADIOGRAPHIE FOURNIE PAR LA VÉTÉRINAIRE

    Sur les images radiographiques, on voit l’estomac de la chienne Jabba complètement gonflé.

  • Rasé en vue de l’opération, l’abdomen de Jabba paraissait plein à craquer.

    PHOTO FOURNIE PAR LA VÉTÉRINAIRE

    Rasé en vue de l’opération, l’abdomen de Jabba paraissait plein à craquer.

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Imaginez la scène : près d’une heure durant, il a fallu vider la cocotte cuillerée après cuillerée, ce qui a permis de récolter plus de 3 kilos de riz bien chaud. Et si une opération chirurgicale n’est pas vraiment ce qu’il y a de plus appétissant, celle-ci dérogeait à la règle. « L’odeur de riz cuit s’est répandue dans toute la salle d’opération, c’était fascinant, parce que ça sentait vraiment bon ! », dit en rigolant la Dre Deschênes.

Une fois la gloutonne recousue, le suivi postopératoire s’est déroulé sans souci, et la chienne se porte aujourd’hui à merveille. Cerise sur le gâteau (de riz) : pour atténuer les diarrhées consécutives à l’intervention, Jabba a vu atterrir durant quelques semaines dans sa gamelle… quelques poignées de riz ! Déjà cuit, il va sans dire.

L’avis de la vet

On le sait tous : les toutous gobent tout, tout, tout. Les vétérinaires trouvent régulièrement des surprises au fond de ces estomacs très sollicités : jouets, morceaux de tissu, couvre-visages, roches… et même des sous-vêtements. La Dre Lucie Hénault, dont nous racontions l’histoire la semaine dernière, a déjà récupéré une petite culotte de style string avalée par un pitou coquin. Le propriétaire du chien avait d’ailleurs formellement interdit à la vétérinaire de faire part de la trouvaille à sa femme !

> (Re)lisez le texte « Molly, la chatte qui rajeunit »

« Les chiens mangent vraiment n’importe quoi. Ils ne font pas toujours la différence entre ce qui est comestible ou non », indique Florence Deschênes. Dès lors, peut-on prévenir ces fâcheuses absorptions inopinées ? Comme pour les enfants, il faut s’assurer que les aliments et les produits de pharmacie et ménagers soient entreposés dans des endroits bien fermés, rappelle-t-elle. Attention également aux routines brisées. « Quand l’animal vit un changement, comme dans le cas de Jabba, dont la propriétaire était partie, il peut avoir un changement de comportement. Si son gardien s’absente, on pourrait peut-être le mettre en cage ou dans une pièce plus sécuritaire », conseille la vétérinaire.