(Gaza) Tous les matins, Oussama Al-Dahdouh avait pour habitude de promener son berger allemand sur la plage de Gaza. Mais le Hamas, au pouvoir dans l’enclave palestinienne, a récemment décidé d’interdire l’espace public aux toutous, jugeant qu’ils étaient devenus trop nombreux.

Agence France-Presse

Depuis quelques années, pour être cool à Gaza il faut être l’heureux maître d’un chien domestique. Ces animaux ont pourtant longtemps été considérés comme des animaux impurs dans la religion musulmane, tout juste bons à chasser ou monter la garde.

Quand Saïd al-Ar a créé un refuge en 2016 pour soigner des chiens errants et les remettre sur pattes avant de les proposer à l’adoption, certains ont estimé que ce n’était clairement pas une priorité dans la bande de Gaza, territoire sous blocus israélien depuis plus de 10 ans et éprouvé par la pauvreté et les guerres.

Mais aujourd’hui, la donne semble avoir changé et jusqu’à récemment, tous les vendredis, jour de repos hebdomadaire à Gaza, la plage était le terrain de jeu des chiens domestiques.

La plupart des chiens ont été introduits dans l’enclave via les tunnels creusés sous la frontière avec l’Égypte. Certains, moins nombreux, ont aussi été amenés depuis Israël, légalement cette fois. Parmi les races les plus prisées : les bergers allemands, les pitbulls et les dobermans.

PHOTO MAHMUD HAMS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Toute personne prise en train de promener son chien dans l’espace public risque au mieux une amende, au pire d’être arrêtée.

Mais la mode a pris trop d’ampleur selon le mouvement islamiste Hamas, qui a dit recevoir de nombreuses plaintes de la part d’habitants incommodés et a pointé du doigt les nuisances et le manque de propreté de certains de ces animaux.

Toute personne prise en train de promener son chien dans l’espace public risque au mieux une amende, au pire d’être arrêtée, a prévenu mi-juin le porte-parole de la police Ayman al-Batniji.

Alors le chien d’Oussama Al-Dahdouh, un berger allemand aux longs poils noirs et beiges qui répond au nom de « Steve », doit désormais faire les 100 pas sur le toit de la maison au lieu de gambader en bord de mer.

PHOTO MAHMUD HAMS, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Le fait de ne pas pouvoir se balader est un problème pour la santé des chiens, qui peuvent devenir plus agressifs », critique Oussama Al-Dahdouh, qui a déboursé 200 dollars pour son chien et reconnaît dépenser beaucoup d’argent pour lui.

« Le fait de ne pas pouvoir se balader est un problème pour la santé des chiens, qui peuvent devenir plus agressifs », critique le jeune homme, qui a déboursé 200 dollars pour son chien et reconnaît dépenser beaucoup d’argent pour lui, avec par exemple une consultation chez le vétérinaire quasi toutes les deux semaines.

Mahmoud Fatoum considère lui aussi que l’interdiction est une mauvaise chose, car depuis son chien doit rester à la maison et « cela crée beaucoup de problèmes avec les voisins ». « Leurs enfants ont peur des chiens », explique-t-il.

M. Fatoum a acquis son chien pour 900 dollars, une fortune à Gaza, enclave de deux millions d’habitants où le taux de pauvreté dépasse les 50 % selon la Banque mondiale.

Dans le chenil de Saïd al-Ar, chacun est libre de donner le montant qu’il veut pour adopter un chien.