Amelia a commencé à chercher un chaton à adopter vers la fin de l’hiver. Du côté des refuges, il n’y avait presque rien, et c’est normal : les premières portées de chatons prêtes pour l’adoption arrivent avec le printemps.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Puis, l’épidémie de COVID-19 a éclaté au Québec, ce qui a compliqué encore plus ses recherches.

Alors que la population est en confinement à la maison, la demande pour l’adoption d’un animal de compagnie est grande, constate-t-on dans les refuges et les animaleries. Les services d’adoption, eux, sont en général maintenus au minimum. Résultat : trouver un animal à adopter – qu’il soit bébé ou adulte – peut s’avérer ardu.

Amelia a d’abord regardé du côté de la SPCA de Montréal, où les arrivées d’animaux ont été réduites au minimum pour respecter les mesures de distanciation physique. La SPCA invite les gens qui veulent abandonner leur animal ou une portée de chatons à les garder à la maison encore quelques semaines, ou à utiliser d’autres canaux, dont un groupe d’entraide sur Facebook.

« À la SPCA, on nous a dit : “Désolés, il y a trop de demandes avec le confinement, on priorise les personnes qui cherchent depuis longtemps” », relate Amelia.

Comme les éleveurs de chats de race demandent des prix très élevés, Amelia nous dit avoir « fait l’erreur » de regarder du côté de Kijiji. À cet endroit, dit-elle, il y avait beaucoup d’annonces de gens qui, comme elle, cherchaient des chatons. Il y avait aussi des annonces de chats à donner ou à vendre (parfois à fort prix !), mais, aussitôt affichées, elles trouvaient preneurs.

« C’était un peu décourageant », convient Amelia, dont le conjoint, qui n’a jamais eu de chat, était plus à l’aise à l’idée d’adopter un chaton qu’un chat adulte.

Une demande importante

Bien qu’il soit difficile de comparer compte tenu de la situation habituelle, Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA, constate que la demande d’adoption pour un animal de compagnie est grande ce printemps. « Des appels et des courriels, on en reçoit vraiment beaucoup », résume-t-elle.

Dans les premiers jours de confinement, les jours de semaine ressemblaient à des jours de week-end tant l’achalandage était élevé, dit-elle. « Beaucoup disaient être chez eux, isolés, et je les comprends. J’habite avec trois chats et je ne sais pas à quoi ressembleraient mes journées sans eux. » Elle estime d’ailleurs que le confinement est un bon moment pour accueillir un animal à la maison.

À l’heure actuelle, seuls quelques chats et chiens sont admis chaque jour à la SPCA – les cas les plus urgents. « En général, on cherche des adoptants. Et de voir plein de gens qui veulent adopter et ne pas pouvoir répondre à leurs besoins… c’est frustrant », convient Élise Desaulniers.

Au refuge Ronronne avec moi, les familles d’accueil continuent à offrir des services d’adoption, mais à moins grande échelle, étant donné la difficulté à trouver des rendez-vous avec des vétérinaires, indique la cofondatrice du refuge, Danielle Hébert.

Pour les chatons, nous avons un nombre impressionnant de personnes qui attendent. Ce matin, nous en avons mis une dizaine en adoption, et ils sont déjà tous adoptés.

Danielle Hébert, cofondatrice du refuge Ronronne avec moi

Mme Hébert se réjouit de voir la demande augmenter également pour les chats adultes. L’équipe veille à choisir des adoptants qui ne considèrent pas le chat comme un « passe-temps » pendant le confinement, dit-elle.

Du côté des animaleries, on constate aussi une demande accrue pour les chats et les chiens, indique Me Yves Pépin, qui représente 50 animaleries dans la province. « Quand il y en a, ils sont vendus immédiatement », résume-t-il. Rappelons que depuis l’été dernier, les animaleries de Montréal ne sont plus autorisées à vendre des chats, des chiens et des lapins qui ne proviennent plus de refuges ou de cliniques vétérinaires.

Selon Me Pépin, les animaleries hors Montréal ont de la difficulté à en trouver. Pourquoi ? Parce les éleveurs vendent désormais directement leurs animaux sur Kijiji, où il n’y a aucun contrôle, déplore-t-il. Rien ne garantit que les animaux vendus sur internet soient vaccinés, vermifugés et stérilisés, ni même en santé.

Attention aux fraudes

Dans ses recherches sur Kijiji, Amelia est tombée sur l’annonce d’une dame qui vendait un chaton domestique pour 240 $. Elle disait qu’il avait neuf semaines, mais qu’il était le plus petit de la portée. Amelia lui a posé quelques questions et s’est rendue chez elle pour récupérer le joli chaton, que son conjoint et elle ont nommé Dobby.

Or, Dobby n’avait pas neuf semaines, mais bien quatre, a statué le vétérinaire qui l’a observée. Elle avait des puces, était malade et déshydratée. Amelia a dû débourser près de 1000 $ pour la faire soigner. La vendeuse a accepté de lui rembourser les 240 $.

Amelia compte placer son chaton dans une famille d’accueil ayant un chat adulte pour qu’il puisse terminer son « sevrage social ». Un chaton sevré trop tôt risque de développer des problèmes de comportement.

« Quelques jours après m’avoir vendu le chaton, la vendeuse a changé son pseudonyme et son adresse sur Kijiji, et elle a mis une annonce comme quoi elle cherchait deux chatons à adopter », relate Amelia Etame, choquée par ce stratagème.

Isabelle, une grande amoureuse des chats, s’est aussi fait avoir. Après avoir vérifié du côté des refuges, elle cherchait ardemment un chaton sur Kijiji. « Avec le confinement, j’avais besoin de réconfort », dit-elle. Elle en a finalement trouvé un – un chat persan chinchilla – à Brossard.

En se rendant à l’adresse que le vendeur lui avait donnée, Isabelle a consenti à lui faire un virement internet de 225 $ pour le réserver. En arrivant, avec son conjoint et ses deux enfants de 8 et 11 ans, Isabelle a réalisé qu’elle venait d’être victime d’une fraude. Le vendeur lui avait donné une fausse adresse.

« Ç’aura été le voyage Brossard–Sainte-Thérèse le plus silencieux qu’on aura jamais eu », relate Isabelle, qui a finalement réservé deux chatons auprès du refuge de sa municipalité.

Élise Desaulniers, de la SPCA, invite les gens à faire preuve de patience. Quand les magasins pourront rouvrir sur l’île de Montréal, dit-elle, les refuges pourront accueillir davantage d’animaux. Avec l’été qui arrive, elle s’attend à recevoir « au moins assez d’animaux pour répondre à la demande de la population, sinon trop ».

« Chaque année, on déborde. Cette année, si on déborde un peu moins, ça va vraiment être une bonne nouvelle », conclut-elle.

> La SPCA recommande sur son site internet un groupe d’entraide Facebook pour faciliter les adoptions.

> Le site Petfinder permet de repérer les animaux à adopter dans les refuges et les familles d’accueil à proximité.