Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Clément Marty a neuf chats. Un à la maison et huit au « boulot ». Clément est propriétaire du café Chat l’heureux, rue Duluth. En lançant son projet en 2013, le trentenaire choisissait de vivre de quelque chose qui ferait son bonheur… et celui des chats.

« On vit dans un monde de possibilités. Il y a de moins en moins d’excuses pour faire un boulot qu’on n’aime pas. Mon père a toujours beaucoup valorisé le travail. Ça l’occupait énormément, raconte le troisième de sept enfants, né en France. Aujourd’hui, les gens cherchent davantage l’équilibre dans toutes les sphères de leur vie. »

Certes, lorsqu’on est un jeune entrepreneur, on passe le plus clair de son temps à la tâche. Se façonner un environnement agréable, stimulant, est presque une affaire de survie.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La mère de Clément, qui partage son amour pour la race féline, lui a fait cadeau de sa collection de théières en forme de chat pour son commerce.

Entouré de « ses » chats, Clément sent qu’il est à sa place. Son amour et sa connaissance de la race féline sont manifestes. Ça lui vient en partie de sa maman, qui lui a d’ailleurs cédé sa collection de théières en forme de chat pour son commerce, de plusieurs formations faites auprès d’Éduchateur et de sa cohabitation quotidienne avec les petites machines à ronrons.

Lorsque le maître des lieux arrive le matin, sa progéniture velue lui fait la fête. S’il s’assoit dans le café, il est probable que Luzerne vienne se draper sur ses épaules pour faire un petit roupillon. Mousse attendra sagement son tour, dans la vitrine.

Si Clément aime les chats, il aime aussi faire l’éducation féline de ses clients, que ce soient des enfants turbulents ou des adultes un peu maladroits. Entre 150 et 350 personnes passent au café quotidiennement. Aussi est-il interdit de réveiller un chat qui dort, d’en prendre un dans ses bras ou de le nourrir.

« J’ai une cliente qui vient toutes les semaines depuis le début. Elle m’a déjà confié avoir d’abord été déçue, parce qu’elle avait toujours le goût de prendre les animaux. Puis elle a appris à les apprécier autrement. Aujourd’hui, elle éprouve beaucoup de plaisir à simplement les observer et les côtoyer. On peut apprendre beaucoup de choses sur soi-même de cette manière. Les animaux sont vraiment merveilleux pour ça. »

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Clément connaît bien les chats, notamment grâce à plusieurs formations faites auprès d’Éduchateur.

Avant d’avoir un café à chats, Clément a travaillé avec les chevaux. Il s’occupait des montures des autres, des gens souvent trop occupés pour accorder plus qu’une heure ou deux par semaine à leurs bêtes. Ça a provoqué une grande réflexion chez celui qui — ça devient clair en cours d’entretien — n’arrête jamais de se poser des questions.

Je pense qu’on est rendus à l’étape au-delà de la domestication.
Avant, on ne se posait pas trop de questions sur le bien-être
de nos animaux. Aujourd’hui, on s’intéresse davantage à leurs besoins.

Clément Marty, propriétaire du café Chat l’heureux

« Prenez les calèches en ville, poursuit Clément. Plutôt que de les bannir, peut-être qu’on aurait pu leur faire de la place dans un parc, avec des écuries. Ça leur éviterait le voyagement, dans certains cas, et le stress de se promener parmi les voitures. »

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Entre 150 et 350 personnes passent au café quotidiennement. Aussi est-il interdit de réveiller un chat qui dort, d’en prendre un dans ses bras ou de le nourrir.

« L’idée n’est évidemment pas de remettre tous les animaux en liberté, mais plutôt de trouver des solutions intermédiaires. Le café en est une. L’espace est aménagé pour répondre aux besoins des chats. En plus de nos résidants, on a un programme d’adoption avec des refuges. »

Le plus grand obstacle au bonheur de Clément ne se promène pas à quatre pattes, on s’en doute. Le plus grand empêcheur de tourner en rond, c’est les autres ! « Ce faible pourcentage de gens ou de situations vraiment désagréables reste difficile à surmonter pour moi. Être heureux, c’est arriver à gérer ça sans que ça ne bouffe trop d’énergie. »

Les mauvais avis Google ou TripAdvisor, il y répond systématiquement, mais seulement après avoir pris quelques grandes respirations et tourné sa langue sept fois.

« Il y a des gens qui m’ont dit : “Mais pourquoi tu stresses ? Tu réussis toujours.” Je tente de leur faire comprendre que c’est justement parce que je stresse, parce que je travaille fort et que j’essaie de voir venir les choses que je réussis ! »

Questionnaire bonheur

Une des clés de ton bonheur
« Je me satisfais de peu. Mes attentes sont raisonnables. Je n’aurai jamais besoin d’une grosse baraque avec 18 chambres. La majorité des gens ont vraiment peur de perdre ce qu’ils ont. Si, un jour, le café ne marchait plus, je serais triste, sûrement, mais je ne mourrais pas. Je ferais autre chose. »

Ce qui manque à ton bonheur
« Voyager ! J’aime la spontanéité de la vie en voyage. La découverte. Quand on ne voyage pas, on peut difficilement comparer ses expériences avec d’autres gens, qui vivent des réalités bien différentes. Ça permet de se défaire de certains conditionnements, de se défaire de ses œillères aussi. » C’est en voyageant en Asie que Clément Marty avait eu l’idée d’ouvrir le premier « cat café » d’Amérique du Nord.

Une autre source de bonheur que les chats
« Le sport occupe une grande place dans ma vie. Plus jeune, j’ai pratiqué le judo de haut niveau. Maintenant, je fais des triathlons, des compétitions d’Ironman. Ce passé de sportif m’a beaucoup aidé dans les deux premières années de l’entreprise. Il m’aide toujours. »