À l'adolescence, alors qu'elle travaillait dans une clinique vétérinaire, Melanie Cukierman a été émue de constater que les personnes de la rue étaient prêtes à tout pour prendre soin de leurs animaux. Depuis, elle est devenue vétérinaire et elle a donné des centaines d'heures à la Clinique des animaux des jeunes de la rue.

SAMUEL LAROCHELLE LA PRESSE

Affiliée à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, la clinique a été lancée en novembre 2000. Quelques années après la fondation de la clinique, Mme Cukierman s'est jointe à l'équipe durant ses études. «Dès mon entrée en médecine vétérinaire, je voulais faire partie de ce programme, dit-elle. Je voulais aider les jeunes de la rue. Bien sûr, j'ai besoin que la clinique m'encadre, mais si je devais le faire seule, je le ferais. Ils le méritent.»

Évoluant avec la clinique depuis plusieurs années, la vétérinaire a appris à connaître les jeunes et leur rapport aux animaux.

«Parfois, les animaux sont tout ce qu'ils ont. Ils ne peuvent pas payer 1000 $ pour un traitement, mais ils donneraient tout ce qu'ils ont dans leur sac pour les soigner. Ils vont quêter dehors pour leurs animaux. Ça me touche... encore aujourd'hui.»

Réunion Chez Pops

Une soirée par mois, plusieurs équipes formées d'un vétérinaire, d'un étudiant en médecine vétérinaire et d'un technicien en soins animaliers se réunissent au centre de jour de l'organisme communautaire Chez Pops, à l'angle de l'avenue Papineau et de la rue Ontario. Ensemble, ils tentent de répondre aux besoins des animaux des jeunes de la rue. «Les jeunes sont choisis par les intervenants de Pops, précise la docteure. S'ils sont agressifs ou impossibles à gérer, ils ne peuvent pas venir. Et s'ils ont les facultés affaiblies, on ne peut pas communiquer avec eux.»

Les jeunes de la rue possèdent parfois des chats, des rats, des furets, des lapins et des hérissons, mais surtout des chiens. «Le chien est un animal très sociable. Les jeunes ont souvent de gros chiens sur qui ils peuvent se coller durant l'hiver et qui peuvent les aider à se protéger. Ça les sécurise.»

Les animaux de la rue ont les mêmes problèmes que ceux qu'on observe le plus souvent chez les animaux en général, comme des infections aux oreilles ou des problèmes de peau. «Par contre, on observe plus de vers intestinaux et de puces, selon leur style de vie et leurs contacts avec les autres animaux, explique Melanie Cukierman. Parfois, les jeunes ont plusieurs animaux. Alors, si l'un d'entre eux a des puces, d'autres en auront inévitablement.»

Des animaux bien traités

À ceux qui croient que les jeunes de la rue maltraitent leurs animaux en les forçant à vivre dans des conditions difficiles, la vétérinaire répond en apportant des nuances.

«Quand il pleut, les animaux sont généralement sous le manteau de leur maître. Les jeunes en prennent vraiment bien soin. C'est comme leur famille. Les animaux sont souvent en meilleur état qu'eux.»

Elle ajoute que les jeunes nourrissent souvent leurs petites bêtes avant eux-mêmes. «Ils vont quêter pour avoir les sous qui leur permettront d'acheter la nourriture qu'ils croient de la meilleure qualité possible pour leurs animaux. Je n'ai jamais vu des dents d'animaux aussi belles que celles des chiens de la rue.»

Melanie Cukierman est toutefois très consciente que les animaux sont souvent à la merci de la météo, comme leurs maîtres. «Ces animaux ont la vie moins facile que ceux vivant à l'intérieur, mais ce sont souvent des chiens costauds qui vivent dans la rue, pas des chihuahuas. Certains jeunes vivent en appartement à plusieurs. Et j'ai déjà vu un chien avec un manteau et des bottes, alors que son maître n'en avait pas!» Durant les rudes hivers montréalais, la Clinique tente d'ailleurs de leur donner des vêtements pour leur meilleur ami poilu.

Si la vétérinaire fait du bien aux animaux des jeunes de la rue, l'inverse est aussi vrai. «Quand je marche au centre-ville, ça arrive que les jeunes et les chiens me reconnaissent. Ça me fait du bien! Je les aime. Je sais que les jeunes veulent le meilleur pour leurs animaux et ça me donne envie de continuer avec eux.»

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Les jeunes de la rue possèdent parfois des chats, mais ce sont les chiens qui ont la cote, affirme Melanie Cukierman.