Comment mener une vie plus heureuse ? Comment se concentrer sur ce qui compte vraiment ? Et qu’est-ce qui compte, exactement ? Le magazine The Atlantic vient de se poser la question, dans le cadre d’une conférence – pardon, un « festival du bonheur » – de deux jours en Californie, réunissant les experts, scientifiques et artistes les plus variés. La Presse y était, virtuellement. Voici ce que nous avons retenu, en sept leçons.

Publié le 8 mai
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

1. Le secret du bonheur

C’est au sociologue et auteur Arthur C. Brooks, chroniqueur bonheur à The Atlantic, vedette incontestée de ce « festival » unique et engageant, que l’on doit le sujet le plus audacieux (et ambitieux !), à savoir : le secret du bonheur. Résumant l’ensemble des leçons de ces deux journées de conférences, et concluant par ailleurs le « festival », le chroniqueur, également professeur à l’École de gestion de Harvard (« j’enseigne le bonheur à Harvard, non mais quelle vie ! »), a fait cette banale quoique non moins fondamentale déclaration :

PHOTO JASON SEAN WEISS, FOURNIE PAR L’ÉVÉNEMENT

Arthur C. Brooks, chroniqueur bonheur à The Atlantic et professeur à l’École de gestion de Harvard

La première leçon : la vie est courte, concentrez-vous sur ce qui compte : l’amour !

Arthur C. Brooks, chroniqueur bonheur à The Atlantic

L’amour ? C’est tout ? Toutes les recherches le disent, même si on a tendance à l’oublier : ce qui rend heureux, ce sont les liens, mesdames et messieurs. Les gens bien entourés vivent plus longtemps, et en meilleure santé. Interrogé par Arthur C. Brooks, le Surgeon General (médecin en chef) des États-Unis, Vivek Murthy, l’a d’ailleurs signalé : le plus grand problème de santé publique des États-Unis, ces jours-ci, ce n’est pas la pandémie, ni même la violence ou les armes à feu, mais bien la solitude. « Et depuis 2020, a renchéri Arthur C. Brooks, il y a eu une augmentation de solitude, comme jamais auparavant. […] Nous avons démocratisé notre mauvaise hygiène du bonheur ! » Solution : aimez (même – subversion suprême et intéressante suggestion en ces temps de polarisation – vos ennemis !). Entourez-vous de vrais amis et osez enfin le « risque » de tomber amoureux. « C’est ce que je dis à mes étudiants de Harvard, insiste-t-il. Il faut arrêter de penser à se lancer en affaires, et se lancer en relation ! »

2, Le bonheur d’aider les autres

« Si vous vous engagez dans des relations, vous augmenterez votre courbe du bonheur, beaucoup plus que si vous investissez dans du matériel [stuff] », ont également martelé Dacher Keltner et Emiliana Simon-Thomas, deux chercheurs du Greater Good Science Center, un centre de recherche sur le bien-être affilié à l’Université de Californie à Berkeley. Inversement, l’isolement social et le manque de liens nuisent de manière notable à notre bien-être, influençant négativement notre santé, plus encore que ne le font l’obésité et la consommation d’alcool ou de drogues. Et c’est prouvé. Or, qui dit liens dit aussi soins, ont rapporté nos deux chercheurs. Ce faisant, une émotion, la compassion, et ce désir d’aider les autres, peut aussi élever nos vies. Le saviez-vous ? Cette compassion aurait d’ailleurs quelque chose d’inné, démontrent leurs travaux, s’appuyant notamment sur l’ocytocine (hormone du lien et de l’amour, qui nous incite en quelque sorte à prendre soin des autres). Morale : « La gentillesse, c’est vraiment quelque chose d’important ! C’est non seulement bon pour votre espérance de vie, mais pour vos familles, vos partenaires, vos enfants, vos amis, ont avancé nos experts. Non, aider les autres ne nous coûte rien, au contraire, ça nous rapporte plutôt beaucoup ! »

3. Heureux et vieux

La courbe du bonheur, on le sait, comporte un creux quelque part dans la cinquantaine (associé aux « complications familiales », notamment l’arrivée des enfants dans la bienheureuse adolescence !). Mais comment s’assurer que cette courbe redémarre pour de bon ? Sans descendre quelque part après 60, 70 ans ? En un mot : comment vieillir heureux ? Le sociologue et expert du bonheur Arthur C. Brooks, s’inspirant de son livre From Strength to Strength, lancé en février dernier, croit qu’il faut ici miser non plus sur notre intelligence dite fluide (parce que c’est biologique, celle-ci va en décroissant avec le temps), mais plutôt sur notre intelligence « cristallisée », bref, notre sagesse. Après l’intelligence Musk, place à l’intelligence du dalaï-lama, quoi. Et il sait de quoi il parle, l’ayant personnellement rencontré. « Il ne s’agit plus de résoudre des problèmes, résume le professeur, mais d’être capable de se poser la question : ce problème vaut-il la peine d’être résolu ? » Et qu’est-ce qu’on fait avec une telle intelligence ? Si vous suivez, vous l’aurez sans doute compris : on la cultive, on la fait partager, on l’enseigne ! Bref, on la donne au suivant. « Cet enseignement est peut-être moins sexy, moins glorieux, mais il rend plus heureux ! »

4. La musique et le bonheur

Le bonheur, c’est les autres (!), donc, mais pas seulement. C’est aussi la musique. Dans une conférence plus décalée, un médecin (Charles J. Limb, chef du département de l’otologie et de la chirurgie du crâne à l’Université de Californie à San Francisco) et une thérapeute musicale (Christina Myers, de l’hôpital pour enfants Penn State Health) ont en effet rappelé que si l’on dit que la musique est la langue universelle, c’est entre autres parce qu’elle excelle à transmettre des émotions. Parfois de manière contradictoire : on adore certaines mélodies tristes, tandis que certains rythmes joyeux nous hérissent. Certaines musiques nous motivent, d’autres nous rendent plus nostalgiques. D’autres encore nous procurent une « joie débordante ». Pourquoi ? Est-ce le rythme, la mélodie, le phrasé, les paroles ? Encore faut-il le savoir, si l’on veut non seulement approfondir notre relation à la musique, mais en prime utiliser cette connexion musicale à bon escient. Grande leçon de vie que voici : « Soyez attentif à votre connexion à la musique, et utilisez-la pour cultiver votre bonheur. » L’écouter, c’est bien, la chanter, c’est mieux. Et en composer, c’est probablement meilleur…

5. De l’importance de la thérapie

On le dit de plus en plus. Mais le tabou demeure. À tort. Et pour notre plus grand malheur. Permettez qu’on le répète encore : en matière de santé mentale, « les gens souffrent inutilement pendant des mois, des années ! », a également déploré Lori Gottlieb, psychothérapeute, autrice et chroniqueuse bien connue des lecteurs de The Atlantic (avec son courrier du cœur et surtout de l’âme : Dear Therapist), dans une conférence qui a suscité, on s’en doute, son lot de questions (intimes et universelles, elle en a l’habitude, et ça paraît). Or, inutile d’étirer la souffrance : « Si vous hésitez à consulter, c’est probablement que votre thérapeute interne vous dit d’aller en thérapie ! », a-t-elle lancé. C’est dit.

6. Le bonheur de se connaître

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L’auteure Gretchen Rubin

C’est la base. Certes, notre bonheur réside dans ces liens intimes et profonds tissés avec les autres. Mais pour ce faire, encore faut-il se connaître. Soi-même. « C’est quand on se connaît soi-même qu’on est le plus à même de connecter avec les autres », a aussi plaidé Gretchen Rubin (The Happiness Project), qui a plaqué une carrière de greffière pour suivre son cœur (l’écriture), visiblement pour son plus grand bonheur. Qui suis-je ? Quelqu’un du soir ou du matin ? Carriériste ou pas ? Indépendante ou plutôt grégaire ? « Nous sommes tous différents, et nous voyons tous le monde aussi différemment. Or, on a tendance à se sentir blessé quand les gens ne voient pas et ne font pas comme nous… » Mais comment se connaître vraiment ? Pour aller au fond des choses (question valeurs et personnalités), Gretchen Rubin vous propose ici quatre questions : à propos de quoi mentez-vous (non, je ne bois pas, oui, je fais de l’exercice ?), qui enviez-vous (un collègue, une amie ?), de quoi êtes-vous le plus reconnaissant (votre boulot, vos enfants ?) et que faisiez-vous pour vous amuser quand vous aviez 10 ans ? À méditer.

7. D’autres exercices pour aller plus loin

Pour aller plus loin, et dans le plus concret, plusieurs exercices pour cultiver ce bonheur ont été proposés par le sociologue et chroniqueur Arthur C. Brooks, tout au long de la conférence : comment gérer ses émotions négatives, comment distinguer ses ambitions intrinsèques et extrinsèques, comment faire de son boulot une mission. Bonne nouvelle, ces exercices, et plusieurs autres, sont tous tirés de sa bien nommée balado, How to Build a Happy Life (comment se construire une vie heureuse, en anglais seulement). Alors à vous de jouer !

Écoutez la balado d’Arthur C. Brooks (en anglais)