« Comment peut-on améliorer la vie des femmes en 2022 ? », a demandé La Presse à six Québécoises d’horizons variés. Simple geste quotidien ou projet ambitieux nécessitant un investissement des gouvernements, voici leurs suggestions.

Publié le 5 mars
Véronique Larocque
Véronique Larocque La Presse

Tendre la main aux femmes pour qu’elles s’impliquent en politique

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Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

« Comme mairesse de Longueuil et comme cheffe d’une formation politique qui a été en campagne l’an dernier, le geste que j’aimerais mettre en lumière est celui de donner la place qui leur revient aux femmes en politique », commence Catherine Fournier.

Comment ? En leur tendant la main, tout simplement, répond la mairesse de Longueuil.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL

Catherine Fournier

Une fois qu’on leur tend la main, les femmes vont faire leur place. Si elles sentent qu’on a confiance en elles, si elles sentent qu’elles ont une place à prendre, elles la prennent.

Catherine Fournier

« Quand j’ai mis sur pied Coalition Longueuil, pour moi, c’était une condition sine qua non de présenter une équipe paritaire », indique-t-elle.

À ceux qui disent que les femmes s’intéressent moins à la politique, elle répond que c’est faux. « La différence, c’est que ce ne sont pas elles qui vont nous approcher. Contrairement aux hommes qui vont venir à la politique, il faut que la politique vienne vers les femmes. Il n’y a pas encore assez de modèles pour que ce soit un réflexe pour elles », croit Catherine Fournier.

Éclairer les rues sombres des villes

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Martine Delvaux, essayiste et professeure de littérature à l’UQAM

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Martine Delvaux

« La liste serait vraiment longue », répond Martine Delvaux lorsqu’on lui demande un moyen d’améliorer la vie des femmes en 2022. Après un instant de réflexion, elle suggère une revendication déjà formulée par le passé, notamment dans les années 1960 et 1970 : que les rues soient bien éclairées la nuit. « Je voudrais qu’on fasse le tour du lieu urbain qu’est Montréal et de toutes les villes du Québec, du Canada, voire du monde, pour s’assurer que les femmes sont en sécurité. » Pas juste les femmes, mais tout le monde qui se sent en danger, précise-t-elle.

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Ce n’est pas normal de craindre de se promener à l’extérieur la nuit, soutient Martine Delvaux.

Ce n’est pas normal de craindre de se promener à l’extérieur la nuit, soutient Martine Delvaux.

On vit dans la peur et c’est une peur qui est endémique.

Martine Delvaux

Pour améliorer la sécurité des femmes, elle suggère aussi l’instauration de vigies dans le métro tard le soir. « C’est bien beau, ils surveillent à la sortie des classes […], mais ils ne surveillent pas quand il est tard le soir et qu’une fille est seule dans le wagon », constate-t-elle.

Écrire un message à une femme inspirante

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Habi Gerba, entrepreneure, présidente de Gazelles et présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal

PHOTO FOURNIE PAR GAZELLES

Habi Gerba

Il y a des gestes tout simples qui apportent un grand bien. L’action proposée par la designer Habi Gerba, présidente de Gazelles, s’inscrit dans cette lignée.

Mon petit geste serait simplement d’écrire à une femme qui nous inspire sincèrement pour lui dire qu’où on est aujourd’hui, c’est un peu grâce à elle.

Habi Gerba

Depuis un an, elle reçoit des femmes d’affaires du Québec dans le cadre de sa balado Osez. Habi Gerba avoue être étonnée que ces femmes doutent de la pertinence de parler de leur parcours. « Je pense qu’elles minimisent l’impact que leur histoire peut avoir sur d’autres », dit-elle.

Depuis qu’elle a fait ce constat, l’entrepreneure invite ses auditrices à écrire aux invitées lorsqu’elles sont touchées par les propos de celles-ci.

« Je trouve ça émouvant lorsque les femmes d’affaires me réécrivent pour me dire qu’elles n’ont jamais reçu une aussi grosse vague d’amour et que ça leur donne encore plus confiance et envie de continuer. Même quand on devient PDG d’une grande organisation, je pense qu’on a toujours envie de sentir qu’on change la donne et qu’on peut inspirer une prochaine génération. »

Écoutez la balado Osez

Offrir un accompagnement thérapeutique gratuit aux victimes d’agressions sexuelles qui ne désirent pas porter plainte

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Léa Clermont-Dion, autrice et documentariste

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Léa Clermont-Dion

« Je rêve que toutes les victimes d’agressions sexuelles qui ne désirent pas porter plainte et qui veulent avoir un accompagnement thérapeutique puissent l’obtenir, et ce, sans passer par l’immense monstre de l’IVAC [Indemnisation des victimes d’actes criminels] », répond Léa Clermont-Dion. « Sans aucune démonstration de preuve », précise celle derrière le documentaire T’as juste à porter plainte.

Selon elle, « porter plainte dans le système de justice tel qu’il est actuellement n’est pas une option qui est envisageable pour tout le monde ». À ses yeux, il ne faut surtout pas laisser tomber ces femmes. Nombre d’entre elles ont besoin de soutien. « Je pense que ça peut avoir un effet libérateur et réparateur. »

L’idée, ce n’est pas juste d’avoir de l’écoute d’un proche aidant. C’est d’être accompagnée par des psychologues, et même parfois des psychiatres.

Léa Clermont-Dion

Elle admet que sa proposition est coûteuse, mais les poursuites judiciaires aussi le sont. « C’est un enjeu de santé publique qui nous concerne tous. […] Ça revient plus cher à notre société d’envoyer toutes ces victimes-là dans le système de justice », croit-elle.

Écouter et croire les femmes

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Mélanie Ederer, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ)

PHOTO FOURNIE PAR LA FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC

Mélanie Ederer

Mélanie Ederer propose deux actions, en apparence toute simple : écouter et croire les femmes. « Tant qu’on n’écoute pas et qu’on ne croit pas les femmes, comment mettre en action des changements qui sont réellement utiles pour elles ? », demande-t-elle.

La présidente de la FFQ a beaucoup d’exemples de situations où les femmes ne sont ni écoutées ni crues, sur le plan tant individuel que sociétal.

Concrètement, les femmes se font encore interrompre plus souvent par leurs partenaires, leurs proches, leurs collègues de travail. Les opinions des femmes sont souvent dévalorisées.

Mélanie Ederer

À ses yeux, il est primordial de croire les femmes lorsqu’elles s’ouvrent sur les difficultés qu’elles rencontrent. « Par exemple, quand on dit que telle politique a des impacts sur notre accès au travail, je pense entre autres aux femmes qui portent le voile. »

Pour les gouvernements, Mélanie Ederer propose une troisième action : investir. Selon elle, ceux-ci doivent « écouter les femmes pour investir aux bons endroits pour faire des changements qui ont vraiment des répercussions. »

Offrir des services de psychologie périnatale aux nouvelles mères

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Lory Zephyr, psychologue et cofondatrice de Ça va maman

PHOTO FOURNIE PAR LORY ZEPHYR

Lory Zephyr

« Il faut soutenir la santé mentale maternelle concrètement et avoir des mesures gouvernementales en ce sens », croit la psychologue Lory Zephyr, qui souligne que des hôpitaux n’ont même pas de services de psychologie périnatale pour les femmes qui y accouchent. L’accès à ces services est souvent limité aux mères avec un historique de problèmes de santé mentale ou qui sont en détresse, dit-elle.

On devrait offrir un soutien à toutes les femmes qui deviennent mères qui ont besoin d’aide et qui en font la demande.

Lory Zephyr

Selon Lory Zephyr, les besoins en santé mentale chez les nouvelles mères étaient présents avant la pandémie, mais ils se sont accentués au cours des deux dernières années.

« Cliniquement, surtout pour les nouvelles mamans, j’ai remarqué que les mères étaient beaucoup dans l’anxiété, dans les symptômes dépressifs, dans l’inquiétude de façon générale par rapport à la maternité. Vivre une maternité, c’est quelque chose en soi ; la vivre en pandémie, c’est une tout autre affaire », affirme-t-elle.