C’est la période de l’année où on se promet de faire plus de sport, de ne plus manger de viande, de prendre moins sa voiture. Et ces résolutions tombent souvent à plat. Pourquoi ? Quelles sont les conditions gagnantes pour changer un comportement ?

Publié le 9 janvier
Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Méditer 15 minutes par jour. Lire un livre par semaine. Regarder un maximum de deux heures de télévision par semaine. Arrêter de crier.

Voilà quelques résolutions que Marjolaine Goulet a prises au cours des dernières années. Pour elle, c’est une tradition. Autour du 1er janvier, elle prend une feuille et un crayon et note les comportements qu’elle voudrait adopter ou ceux dont elle souhaite se débarrasser. Il fut un temps où elle prenait 15 résolutions par année : 5 pour sa carrière, 5 pour sa santé, 5 pour ses relations !

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Marjolaine Goulet

« C’est sûr que les résolutions que je mets, je ne les tiens pas vraiment, précise-t-elle en riant. Des fois, les résolutions sont tellement grandioses qu’elles sont tout simplement insoutenables. »

Marjolaine, 41 ans, ne s’en formalise pas. « Ça me met dans un bon état d’esprit pour commencer l’année, résume la directrice de compte. L’idée, c’est de me donner une idée des directions que je veux avoir. »

Les quelques études menées sur les résolutions du Nouvel An montrent que Marjolaine est loin d’être la seule dans son clan. Selon une étude longitudinale menée auprès de 200 preneurs de résolutions, près de la moitié d’entre eux les avaient abandonnées après un mois seulement. Et après deux ans, seule une personne sur cinq gardait encore le cap.

Consultez l’étude « The resolution solution: longitudinal examination of New Year's change attempts » (en anglais)

Trois critères de réussite

Professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, Kim Lavoie est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale. Elle s’intéresse aux interventions qui aident les patients à changer leurs comportements, notamment sur le plan de la malbouffe, de l’inactivité physique et du tabagisme. Bref, des domaines fertiles en matière de résolutions.

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Kim Lavoie, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal

« Pour changer n’importe quel comportement, il est nécessaire de cocher trois critères », explique Kim Lavoie. Il faut d’abord reconnaître que le comportement est problématique. Il faut ensuite avoir la motivation de s’engager dans le processus de changement (« en trouvant ce que j’appelle la carotte », dit-elle). Enfin, il faut avoir confiance en sa capacité de faire les changements. « Chez les fumeurs, par exemple, où ça bogue, c’est souvent dans la confiance en soi, explique Kim Lavoie. Ils ont essayé huit fois, mais n’ont jamais réussi. »

Les échecs peuvent miner la confiance. Se fixer des objectifs réalistes prend donc toute son importance.

« Si vous ne vous êtes jamais pointé dans un gym, ce n’est pas le temps de vous fixer l’objectif de vous abonner à un gym et d’y aller quatre, cinq fois par semaine pendant deux heures », résume Kim Lavoie.

Il faut plutôt se fixer de petits objectifs à court terme pour commencer à accumuler des réussites qui vont renforcer votre confiance dans votre capacité de continuer. C’est le principe des petits pas.

Kim Lavoie, professeure en psychologie à l’UQAM

Le fait d’entreprendre quelque chose permet bien souvent de démystifier les choses, ajoute la chercheuse, qui souligne que les gens sont régulièrement freinés par leurs appréhensions. Ça va faire mal, courir sur un tapis roulant. C’est impossible, manger santé. « C’est un travail cognitif qui permet de corriger certaines distorsions qu’on peut avoir », dit-elle.

Selon la psychologue Stéphanie Léonard, il faut voir le changement de comportement comme un processus, et non comme un interrupteur du « tout ou rien ».

« C’est ça, le problème, avec les résolutions : les gens s’attendent à ce que, du jour au lendemain, parce qu’ils ont décidé quelque chose, ça va générer des changements. C’est un processus, avec des hauts et des bas. L’important, c’est d’améliorer ses statistiques », dit Stéphanie Léonard, qui souligne que le message du « prenez-vous en main » véhiculé par les industries de l’entraînement et de l’amaigrissement n’est tout simplement pas réaliste pour la plupart des gens.

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Stéphanie Léonard, psychologue

Stéphanie Léonard souligne que pour qu’un changement s’opère de façon durable, les chances de succès sont plus grandes lorsque la motivation est intrinsèque. C’est plus gagnant de s’entraîner pour se sentir bien que de le faire parce qu’on est en janvier ou pour voir apparaître tel chiffre sur le pèse-personne, illustre-t-elle.

Kim Lavoie n’est pas non plus une grande amatrice des résolutions du Nouvel An. Ce qui motive ces résolutions, dit-elle, c’est souvent la honte et la culpabilité d’avoir fait des excès à Noël. Et ces émotions difficiles ne perdurent (heureusement) pas dans le temps.

Que se passe-t-il, après trois ou quatre mois, quand la honte est partie ? La motivation est aussi partie.

Stéphanie Léonard, psychologue

Marjolaine Goulet, pour sa part, tient à sa tradition du mois de janvier, qu’elle maintient depuis l’enfance. Il y a quelque chose de puissant à l’écriture, dit-elle. Quand, par exemple, elle écrit qu’elle ne veut plus crier, la mère de famille y pense lorsqu’elle hausse le ton. « Et peut-être que je crie moins », dit-elle.

N’empêche, la nature de ses résolutions a évolué. La pandémie lui apprend à être plus indulgente envers elle-même. Au lieu d’écrire qu’elle veut lire 50 livres par semaine, Marjolaine écrira, cette année, qu’elle veut être quelqu’un qui prend le temps de lire. « Je suis plus dans ce que je veux être et moins dans la quête de la performance », conclut-elle.