Le temps frais revient tout doucement, amenant avec lui des souvenirs anxiogènes pas si lointains : ceux de l’automne 2020, de la fin des rassemblements, des fermetures, de l’« encabanement ». À la lumière du taux de vaccination au Québec et de la contagiosité du variant Delta, que nous réserve l’automne ? Discussion avec le DGaston De Serre, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Le printemps dernier, alors que la campagne de vaccination de masse prenait son envol, tout semblait possible. La saison froide 2021-2022, on l’envisageait (ou du moins, on l’espérait) normale. Est-ce que le variant Delta anéantit cette possibilité ?

« Si, par “normal”, on entend la même chose que c’était avant l’arrivée de la COVID-19, je pense que la COVID-19 va continuer de jouer un rôle non négligeable dans ce qui va se produire cet automne », répond d’emblée le DGaston De Serres dans une entrevue téléphonique.

Si ce n’était du variant Delta, dit-il, avec la couverture vaccinale actuelle au Québec, nous serions en très, très bonne position. Environ 80 % des Québécois de 12 ans et plus (70 % de la population totale) ont reçu leurs deux doses, ce qui place le Québec dans une position enviable par rapport à d’autres pays occidentaux.

Mais le variant Delta – de deux à trois fois plus contagieux que le virus initial – a changé la donne. La couverture vaccinale actuelle est insuffisante pour atteindre une immunité collective capable de bloquer complètement la transmission du virus. « Ça prendrait des niveaux de couverture beaucoup plus élevés », résume le DDe Serres, qui parle d’un taux global dépassant les 80 %.

On tente une question qui en turlupine bon nombre : pourrions-nous nous retrouver au même point où on l’était, l’an dernier, avec l’interdiction de rassemblements, la fin des activités sportives, le télétravail pour tous, le couvre-feu ?

« Je ne m’attends pas à ce qu’on s’en aille vers là, répond le Dr De Serres. Si la situation devenait catastrophique, je suis certain que le gouvernement se garderait la porte ouverte pour contrôler ce qui se passe. Mais on est quand même dans une situation vraiment meilleure que celle de l’année dernière. »

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Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

Si, après avoir vacciné autant de monde dans notre population, ça se comportait comme si rien ne s’était produit depuis un an, ce serait plus que décevant.

Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

N’empêche, les cas de COVID-19 augmentent de façon continue et pour les ralentir, dit-il, il y a deux possibilités : augmenter la couverture vaccinale ou ajouter des mesures pour diminuer les contacts entre les gens. Les hospitalisations aussi augmentent, mais de façon moins importante que l’an dernier grâce à la couverture vaccinale.

On tente alors une autre question que bien du monde se pose : si 80 % des 12 ans et plus sont complètement vaccinés, donc considérablement moins sujets à développer des formes graves de la maladie, cette hausse des cas n’est-elle pas moins inquiétante ? Ne pourrait-on pas tolérer que le virus circule ?

« C’est une question légitime à poser, et je pense qu’on ne sait pas encore la réponse à ça », répond le DDe Serres.

L’un des plus importants indicateurs à considérer est, bien sûr, le nombre d’hospitalisations. Comme les 50 ans et plus (des gens plus vulnérables) sont largement vaccinés, les risques qu’ils soient hospitalisés en grand nombre diminuent considérablement, convient le Dr De Serres. Mais il reste les 20 à 39 ans, dont le quart n’ont pas encore été vaccinés. « Si tout ce monde-là devient infecté rapidement, même si le risque d’aboutir à l’hôpital n’est pas élevé, ça peut faire pas mal de monde à l’hôpital malgré tout », résume le Dr De Serres.

Il faut aussi tenir compte du risque d’avoir la COVID-19 prolongée, qui touche aussi les jeunes. « Quelqu’un qui a décidé de ne pas se faire vacciner, peut-être qu’à court terme, il ne l’attrapera pas. Mais à moyen terme, il n’y échappera pas », prédit le médecin-épidémiologiste.

Manifestement, il va falloir à un moment donné recommencer à vivre de façon un peu plus normale. Et je pense que l’automne qui s’en vient va nous instruire beaucoup sur ce qui risque de se passer.

Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

Actuellement, dit le Dr De Serres, on ne peut prédire l’évolution de la situation.

Des variables inconnues

Si son étau est moins serré que l’an dernier, Québec met encore des mesures en place pour limiter la propagation, souligne le Dr De Serres. Il cite l’exemple du port du masque à l’école et celui du passeport vaccinal, bien sûr, qui limite l’accès à certains lieux publics aux gens non vaccinés.

Des inconnues demeurent. Est-ce que le passeport vaccinal incitera des gens à recevoir le vaccin ? On sait qu’avec deux doses, le variant Delta est bien maîtrisé, mais à quel point les gens vaccinés qui contractent la maladie seront-ils contagieux ? Est-ce que les études en cours détermineront que le vaccin est sûr pour les enfants, ce qui permettrait l’homologation pour les 5 à 11 ans ?

« Actuellement, on est incapable de prédire dans combien de temps on va pouvoir revenir à la normale normale, conclut le Dr De Serres. Mais d’ici à la fin de l’année, on va avoir une bonne idée de ce qui va arriver quand on va [y] revenir. »