Alors que le festival Fierté Montréal bat son plein, des parents d’enfants qui s’identifient à la communauté LGBTQ+ s’ouvrent sur leur réalité. Chaque jour cette semaine, l’un d’eux fait part de ce qu’il a appris du parcours de son enfant. Aujourd’hui, Caroline Rheault parle de Cloé, sa fille homosexuelle.

Maude Goyer collaboration spéciale

Alors qu’elle était en deuxième année du primaire, Cloé a dit à sa mère que « plus tard, elle aurait une blonde » et qu’elle irait « vivre en appartement avec elle ». Pour Caroline, mère de trois filles, il n’y avait aucun enjeu : « Que ce soit un garçon ou une fille, on s’en fout », dit cette criminologue et orthophoniste de 52 ans, résidante des Laurentides. Avec beaucoup d’ouverture et de respect, Caroline a découvert tous les méandres délicats et insoupçonnés entourant l’orientation sexuelle de sa cadette, aujourd’hui âgée de 16 ans. Voici le regard que pose Caroline sur le chemin parcouru.

Relations

« Je savais que même si j’étais dans l’acceptation et la bienveillance, ce serait différent en société. Il y a encore du jugement. » Caroline raconte à quel point les relations entre amis n’ont pas toujours été simples pour Cloé. Le fait qu’elle soit homosexuelle vient ajouter au défi. « Pour elle, ce n’est pas évident d’être dans une bande d’amis hétérosexuels et de savoir, par exemple, qui a la même orientation qu’elle… Elle a déjà rencontré une fille dont la famille ignorait son orientation et ne l’appuyait pas. Il n’y avait pas d’harmonie dans sa famille. Ça complique les choses. » Selon Caroline, Cloé peut être « très sûre de son identité », mais rencontrer de la résistance auprès de filles moins assumées, moins soutenues ou incertaines. « Il y a beaucoup d’exploration, au secondaire », note-t-elle.

Soutien

« J’ai beaucoup d’amis gais. Ils m’ont énormément aidée, pour plein d’affaires. » Faire preuve d’empathie pour se mettre à la place de Cloé a aidé Caroline à cheminer et à mieux comprendre les hauts et les bas de la vie d’adolescente, célibataire, lesbienne, de sa fille. « Même si je suis très ouverte, je suis parent. C’est normal, je pense, d’avoir des craintes, des peurs… J’ai peur qu’elle se fasse niaiser ou intimider. Je veux la protéger, mais je ne veux pas non plus l’empêcher de vivre ce qu’elle a à vivre ! » Un bon réseau, pour offrir écoute et pistes de réflexion, est salutaire, croit-elle.

Écoute

« Je suis dans l’accueil et le non-jugement. J’essaie d’être dans l’écoute, mais sans aller au-devant des choses. » Pour Caroline, il est important d’être présent pour accompagner et soutenir – mais sans forcer ni provoquer quoi que ce soit. Chaque chose en son temps – et c’est Cloé qui dicte le rythme. « Je pense que nous avons réussi à créer un lien empreint de transparence, il n’y a pas de cachette, confie Caroline. Quand je suis avec elle, je parle avec elle, on exprime nos émotions. »

Maturité

« Je suis heureuse de voir qu’elle met ses limites dans ses relations. Elle a une grande maturité. » Peu à peu, sa fille gagne en assurance et en confiance. Cela réjouit Caroline qui pense que le chemin peut être « beaucoup plus beau » de nos jours pour une personne homosexuelle. « Il ne faut pas voir des problèmes là où il n’y en a pas, souligne Caroline. Cloé est qui elle est, et elle est bien avec ça. Elle n’a pas besoin d’en faire l’étalage, mais elle en parle librement. Elle est grande là-dedans, je trouve… Elle est intègre. »