Alors que le festival Fierté Montréal bat son plein, des parents d’enfants qui s’identifient à la communauté LGBTQ+ s’ouvrent sur leur réalité. Chaque jour cette semaine, l’un d’eux raconte ce qu’il a appris du parcours de son enfant. Aujourd’hui, Sabrina Bellerose parle de Junior, son garçon non conforme sur le plan du genre, dont le rêve est de devenir une fille.

Maude Goyer collaboration spéciale

Junior a 11 ans. Il préfère se faire appeler « Juju » et quand il est à la maison, il porte des vêtements féminins, met des bijoux et se maquille. « Il dit que plus tard, il sera en couple avec un garçon et que puisqu’il sera une fille, ils formeront un couple hétérosexuel. Ça semble très clair pour lui », explique Sabrina, étudiante de 32 ans en éducation à l’enfance. Après deux ans d’attente, Sabrina et Juju (qui utilise le pronom « il » pour le moment) ont obtenu un rendez-vous en septembre en endocrinologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants afin de « poser des questions » et de « voir quelle sera la suite ». Voici le regard que jette Sabrina sur le chemin qu’elle est en train de parcourir avec son benjamin.

Acceptation

« Mon rôle de mère, c’est d’accompagner mon enfant. Pas de juger ses préférences. » Sabrina avoue avoir « toujours senti » que Juju avait un attrait hors du commun pour l’univers féminin. Lorsqu’il annonce, à 5 ou 6 ans, qu’il voudrait « être une fille plus tard », elle n’est pas étonnée, dit-elle. « Je n’ai pas vu de différence avec mes deux autres enfants dans le sens que c’est un enfant en santé, qui fait ses propres choix. Cela ne m’appartient pas ! Je suis là pour l’aider à monter les marches. »

Stéréotypes

« Je pense que j’ai été une mère qui a entretenu certains stéréotypes… Je m’en rends compte maintenant. » Ce constat, Sabrina le fait alors qu’elle est de retour sur les bancs d’école, à terminer une formation pour devenir éducatrice de la petite enfance. Ces nouveaux apprentissages lui « ouvrent les yeux » : certains comportements, même reproduits de façon inconsciente, sont ancrés. « Je suis plus sensible à ça maintenant. Je fais plus attention, non seulement pour Juju, mais pour les enfants en général. »

Solutions

« J’aimerais que les gens arrêtent de dire : ‟Ça n’a pas de bon sens.” Qu’on parle de solutions ! » Sabrina rêve de plus d’ouverture, particulièrement dans le milieu scolaire. « Dans certaines écoles, il n’y a pas de services, on ne sait pas quoi dire ni quoi faire avec les enfants aux profils différents. J’aimerais qu’on soit plus proactifs, qu’on utilise les bons mots, qu’on en parle en classe, qu’on défasse les préjugés. » Son vœu le plus cher ? Qu’on prenne le temps de mieux comprendre les enfants trans, non binaires, variants ou non conformes sur le plan du genre, pour chasser l’ignorance.

Rythme

« Je suis contente de me faire aider et accompagner, en tant que parent. C’est important de prendre le temps. » Sabrina se sent de mieux en mieux outillée pour soutenir son enfant. « Nous avons eu la visite d’une travailleuse sociale, à la maison. Je suis séparée du père de Junior, donc c’est important qu’il y ait de la stabilité et de la cohérence entre les deux foyers. » En ce sens, elle se dit très heureuse de rencontrer bientôt l’équipe médicale de l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Je veux bien faire les choses pour bien épauler Juju. Je ne comprends pas tout… et c’est normal. Tout est nouveau. Il faut être indulgent envers soi-même. »