Alors que le festival Fierté Montréal bat son plein, des parents d’enfants qui s’identifient à la communauté LGBTQ+ s’ouvrent sur leur réalité. Chaque jour cette semaine, l’un d’eux raconte ce qu’il a appris du parcours de son enfant. Aujourd’hui, Solène Bourque parle de Thomas, qui s’identifie comme une personne non binaire.

Maude Goyer
Maude Goyer Collaboration spéciale

Solène est psychoéducatrice et enseignante au cégep ; elle rencontre des centaines de jeunes. Mais c’est chez elle, à travers le parcours de son fils, qu’elle dit avoir le plus grandi, évolué et appris. « Cela influence toutes les facettes de ma vie. Il m’a ouvert l’esprit sur toutes les différences », dit la mère de 53 ans.

Son fils Thomas, 16 ans, s’identifie comme une personne non binaire : dans son cas, il s’identifie aux deux genres (et préfère le pronom « il »). « Il a fait ses premiers pas en tutu, et ses intérêts pour ses jouets, ses activités, ses vêtements ont toujours été variés. » Voici le regard que pose Solène sur son cheminement de parent d’une personne non binaire.

Ouverture

« J’ai dit à mes enfants que je ne voulais pas de coming out, explique Solène. Pourquoi on annoncerait à ses parents qu’on est homosexuel ? On ne le fait pas quand on est hétéro ! » Attiré par les garçons, Thomas n’a fait face à aucun jugement ni résistance à la maison. Solène et son ex-conjoint, le père de Thomas, ont été ouverts et bienveillants. « Je voulais qu’il soit amoureux de qui il veut, de la personne qui le rend heureux, et c’est tout. Je souhaitais que mes enfants emmènent leur chum ou blonde à la maison quand ils se sentaient prêts. Je pense que cela a été apaisant, pour lui. Il n’avait pas à gérer un stress, ça s’est fait de façon naturelle. »

Inquiétudes

« Il n’a pas choisi le chemin le plus simple ni le plus facile. Mais c’est le sien. » Solène avoue que ça la « brasse par en dedans » lorsqu’elle pense aux embûches et aux obstacles qui peuvent se dresser sur la route de Thomas : les railleries, l’intimidation, les préjugés, l’incompréhension, voire l’ignorance et la violence… « Je vais toujours être inquiète, j’ai fait le deuil d’être en paix. Je dois me gérer et ne pas être surprotectrice ! Il m’arrive d’avoir peur, mais je ne veux pas lui transmettre cette peur. Je veux qu’il marche la tête haute. »

Confiance

« Son aplomb me fascine. Il se fout de ce que les gens pensent, il ne se laisse pas atteindre. » À cause de son métier et de son expérience, Solène dit qu’elle a « pratiqué » son gars à répondre à ceux qui pourraient se moquer de lui ou lui lancer des platitudes. « Quand il part en jupe, le matin, je sais qu’il va se faire remarquer dans le métro, il ne faut pas se mettre la tête dans le sable ! Il peut tomber sur un épais à tout moment. C’était important qu’il sache répondre, qu’il mette ses limites, sans être méchant, en restant poli, mais en étant ferme et sûr de lui. »

Amitié

« Sa gang d’amis est très hétéroclite. C’est une belle richesse. » Après avoir vécu un « choc générationnel », comme elle le dit, Solène apprécie beaucoup le clan tissé autour de Thomas. « Ce sont des gens d’horizons variés et c’est enrichissant de les côtoyer, même si c’est parfois confrontant ! J’apprends beaucoup, tout le temps. Par exemple, comment utiliser tel mot, ce que veut dire tel terme, comment faire la nuance… »