Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Laura*, 29 ans

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Laura a rencontré son amoureux en ligne. L’a apprivoisé à distance. Et continue, pandémie oblige, d’explorer avec lui, à distance toujours. Et à l’entendre se raconter, on dirait qu’elle y prend drôlement son pied. Contre toute attente, d’ailleurs…

Souriante, avec un air angélique, sous son gros pull blanc et ses lunettes surdimensionnées, la pulpeuse agente de bord de 29 ans se confie avec une légèreté rafraîchissante à la caméra. Et même si son récit commence plutôt raide, son sourire (et ses éclats de rire) ne la lâchera pas de l’entretien.

« Ma première expérience sexuelle a été vraiment traumatisante, déclare-t-elle d’emblée, sans crier gare. Et ça m’a ouvert les portes. Comme pour toutes les victimes [d’agression, devine-t-on], j’imagine : soit tu te retournes sur toi, soit tu explores pour reprendre le dessus, reprendre le dessus sur l’agression. Et c’est ce que j’ai fait : j’ai vraiment exploré beaucoup... »

Le ton est donné. « Je ne m’en souviens plus. C’est derrière ma tête », ajoute-t-elle, comme pour confirmer qu’elle ne veut pas s’épancher sur le sujet. « Oui, j’ai consulté, mais j’ai toujours été quelqu’un de très indépendant, alors je suis passée au travers et j’ai continué. »

Continué ? Après deux petites années pour « déculpabiliser », enchaîne-t-elle, elle s’est effectivement lancée dans l’« exploration », et ce, pendant 10 ans : « Les hommes, les femmes, les plus vieux, les plus jeunes, trois dans la même journée... » Des aventures d’un soir, d’une semaine ou de plusieurs mois. Plaisant ? « Des fois oui, des fois non. Si je n’en avais pas [du plaisir], je m’en allais. » Parce que oui, Laura sait exactement ce qu’elle aime. « Si je n’aime pas ça, je le dis, si ça ne fonctionne pas, je m’en vais ! » En d’autres mots : elle disparaissait. La personne qui ghostait, en bon français, c’était elle.

Au bout du compte, laisse-t-elle tomber, « c’était extrêmement drainant. T’as du fun, mais c’est drainant en énergie, alors tu veux sortir de ça... ».

Parce qu’elle sait aussi exactement ce qu’elle veut.

J’ai toujours eu un idéal de ce que je voulais dans une relation. […] Et je mettais cartes sur table. Mais dans notre génération, dire que tu veux te marier, ça fait extrêmement peur...

Laura

Jusqu’à ce qu’elle rencontre (virtuellement, merci, Tinder), il y a plus ou moins deux ans, celui qui allait devenir son mari. De prime abord, ce n’était « vraiment pas [son] genre », dit-elle, avant d’ajouter, sans filtre et en toute franchise : « Mais il avait un emploi où il faisait vraiment beaucoup d’argent... » Alors, elle lui a donné une chance.

Enfin, façon de parler : comme monsieur était aux États-Unis (il est Américain) et elle, toujours entre deux continents (à cause de son emploi), ils ont commencé par s’écrire. Échanger. Puis finalement se « FaceTimer ». « La première fois, l’appel a duré six heures ! C’était fluide, ça allait tellement bien ! », se souvient-elle, émerveillée.

L’art d’apprendre à se connaître

Résultat ? « J’ai appris à le connaître comme jamais. Je pense que c’est pour ça que notre relation va si bien. On n’a pas été au physique tout de suite. J’ai vraiment appris à connaître cette personne-là. »

Ils se sont tout dit : son idéal (« se marier, avoir des enfants), le sien (pareil). Un hic : « Il était en procédure de divorce, raconte-t-elle. Je ne voulais pas être son rebound. » Elle ne l’a pas été. Vous verrez.

Toujours est-il qu’au bout de deux mois d’échanges quotidiens (et plus encore), ils ont fini par arranger leurs horaires respectifs pour finir enfin par se rencontrer, lors d’une escale de Laura en Californie. Ça ne s’invente pas : monsieur est venu la rejoindre à l’hôtel, et leurs premiers ébats ont duré... deux grosses minutes et demie ! « Plus tard, j’ai compris que son ex-femme était sa première, justifie-t-elle. Il n’avait pas eu de relation depuis un an et demi, je peux comprendre qu’au bout d’un an et demi, des fois, ça ne va pas comme tu le souhaites... »

De son côté, Laura sortait d’une aventure avec une personne trans, avec qui, au contraire, les relations sexuelles étaient « vraiment très bonnes », précise-t-elle.

Elle s’entend encore raconter l’affaire à ses copines : « Il est vraiment parfait, mais... » Et celles-ci de lui répondre : donne-lui une chance, ça s’apprend ! Et c’est exactement ce qu’elle a fait.

Deux mois plus tard, elle a osé le tout pour le tout : elle est allée le voir deux semaines chez lui. « Les deux, on le savait : make it or break it... »

Parce que oui, elle était sous son charme. « Je l’aime tellement, rougit-elle, en se remémorant leurs premiers moments. Je l’ai tellement senti généreux, il s’occupait de plein de choses, il planifiait, il me sécurisait. Et puis il est tellement intelligent, tellement beau de sa personne ! »

Toujours est-il qu’une fois de nouveau au lit, elle est allée droit au but : « Faut qu’on se parle... » Et pas à peu près : « La raison pour laquelle je couche avec des femmes, lui a-t-elle dit, c’est parce que l’orgasme féminin n’est pas un mythe. » Explication : « les femmes font plus attention aux détails, parce que les femmes savent à quoi ressemble un orgasme féminin ».

Je pense que les femmes, surtout en relations hétérosexuelles, on n’a pas le réflexe de dire à haute voix ce qui nous satisfait ou pas. Mais moi, je le dis. […] À force d’avoir beaucoup de partenaires, tu apprends ce que tu aimes ou pas.

Laura

Exemple : « J’aime vraiment ça me faire claquer les fesses ! Encore aujourd’hui, je lui dis : tu ne me claques pas assez ! », dit-elle en riant.

Et puis ? La confidence a eu l’effet d’une véritable « révélation ». « Le lendemain, c’est comme si toutes ses barrières s’étaient volatilisées, résume-t-elle. Il a compris que si moi je n’avais pas de plaisir, ce n’était pas le fun pour nous deux... »

Ça semble presque trop simple pour être vrai. Pourtant. « Oui ! Je ne sais pas ce qui s’est passé dans sa tête, depuis c’est tellement bon, je pense que c’est le meilleur partenaire sexuel que j’ai eu ! »

Il faut dire que depuis, ils se sont revus à différentes reprises, pour des séjours plus ou moins longs, pandémie oblige (de deux semaines à cinq mois), ils se sont même mariés aux États-Unis ! Laura est revenue au Québec, pour « organiser [ses] choses », en attendant d’avoir ses papiers pour officiellement déménager là-bas. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce faisant, ils ont donc poursuivi leur apprivoisement... en ligne !

« J’ai appris à le connaître et il a appris à me connaître... » Ils pimentent leur intimité avec des applications, des films pornos en duo et des jouets, question de garder leur intimité vivante et « épanouie », malgré la distance. « Et il a toujours été réceptif à ces idées, dit-elle. Et je trouve que c’est vraiment le fun ! » C’est carrément incorporé dans leur routine : un appel vidéo le matin, pourquoi pas sous la douche, même un date night tous les samedis soirs. « Je passe ma vie un peu en FaceTime », dit-elle en riant de plus belle. Morale ? « Beaucoup de couples n’ont pas survécu à la pandémie, dit-elle. Le mien a été renforcé. On n’a pas eu le choix de s’écouter... »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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