À l’occasion de la Journée de la francophonie, la Guilde du jeu vidéo du Québec a lancé le 20 mars la plateforme Ludmo, initiative visant à améliorer et accélérer l’emploi du français dans l’univers du jeu vidéo. Un projet fort louable… lancé par un Américain.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Cofondateur du studio montréalais de jeux éducatifs Affordance, Avery Rueb est tombé amoureux de la langue française pendant ses études. Un peu comme Jim Corcoran en musique, il se fait désormais un point d’honneur de promouvoir l’utilisation de la langue de Molière dans l’univers vidéoludique. « J’ai choisi de m’établir ici il y a 13 ans, c’est donc important pour moi de parler français, surtout que je veux pouvoir communiquer avec mon équipe le plus clairement possible, nous explique l’entrepreneur de 45 ans dans un français impeccable. Toute mon équipe est francophone sauf moi, je ne veux pas qu’il y ait d’enjeux d’interprétation. Parler en français nous permet d’être plus performants et plus précis. »

Affordance partage un espace créatif avec six autres entreprises spécialisées dans le divertissement numérique, et tous les employés travaillent en français. Toutefois, selon les plus récentes données de l’Office québécois de la langue française (OQLF), le français est la langue le plus souvent utilisée dans seulement 69 % des entreprises de jeu vidéo au Québec. Il est donc possible de faire mieux. C’est pourquoi Avery Rueb et son équipe ont développé la plateforme Ludmo, qui s’articule d’abord autour des mini-jeux Mots de jeux et Défi-Québec ; le premier veut familiariser les artisans avec le vocabulaire francophone propre à l’industrie, en plus de tester leurs connaissances du milieu du jeu vidéo, alors que le deuxième se veut davantage un outil d’intégration qui permet d’en apprendre plus sur différents aspects du Québec, de la musique à la cuisine en passant par l’histoire et la géographie.

Ces jeux sont gratuits et pertinents pour tout le monde, mais ils ont été conçus pour les gens du domaine. « Les plus grands influenceurs sont les studios et ça va vers le grand public, soutient Nadine Gelly, directrice générale de la Guilde du jeu vidéo du Québec. Ainsi, il y a plusieurs mots propres à l’univers du jeu vidéo qui n’existeraient pas sans le domaine. C’est pourquoi l’Office québécois de la langue française croit dans le rôle d’influenceur de l’industrie. »

Avery Rueb est reconnu dans notre milieu en plus d’être un Américain qui aime la langue française. C’est le meilleur exemple à suivre ! Ce n’est pas moi qui vais convaincre les gens à utiliser le français, ce sont des gens comme lui. On est très choyés de pouvoir compter sur lui !

Nadine Gelly, directrice générale de la Guilde du jeu vidéo du Québec

Apprendre par le jeu

L’apprentissage ludique est une bonne façon de faire passer le message auprès des gens de l’industrie, avenue déjà fréquentée avec succès par Avery Rueb — il est non seulement à la tête d’un studio de jeux éducatifs, mais aussi cofondateur de l’Association des entreprises pour le développement des technologies éducatives au Québec, en plus d’être enseignant au cégep Vanier en français langue seconde. « Un cours avec un prof, c’est génial, un livre aussi, mais un jeu, quand il est bien conçu, ça engage l’apprenant à se concentrer sur la matière et ça permet de faire un apprentissage conséquentiel — un jeu dont vous êtes le héros, en d’autres mots, explique-t-il. Les plateformes ludiques sont un plus pour l’apprenant, c’est un élément supplémentaire dans la boîte à outils, et pour le prof aussi. »

Par ailleurs, la plateforme Ludmo sera aussi utilisée pour mettre à jour le lexique du Vocabulaire du jeu vidéo de l’OQLF, qui a été écrit il y a déjà neuf ans. Les gens de l’industrie peuvent contribuer en ajoutant leurs suggestions de mots, en plus de créer de nouvelles fiches terminologiques. Affordance entend ensuite utiliser ce lexique pour développer un plugiciel qui pourra être associé aux navigateurs et outils de travail pour favoriser l’usage de mots français appropriés au milieu du jeu vidéo.

« On a aussi un partenariat avec Synthèse-Pôle Image, qui est un organisme qui fait l’adéquation entre les besoins des entreprises numériques et les maisons d’enseignement », ajoute Nadine Gelly, qui rappelle au passage que l’industrie du jeu vidéo a actuellement 2000 emplois à pourvoir au Québec, une tendance qui n’est pas en voie de ralentir.

« Plus ça va, plus les marchés francophones prennent de la place, comme l’Afrique par exemple, explique-t-elle. Il y a donc là un marché potentiel à saisir. Faire la promotion du français dans les jeux vidéo est donc à la fois une fierté pour nous, mais c’est aussi une opportunité commerciale. »