L’après-pandémie sera le théâtre d’une forte reprise, prévoient avec enthousiasme des économistes. Mais la planète, déjà plongée dans la crise climatique, tiendra-t-elle le coup si tout le monde se lance dans de folles dépenses ? Discussion avec la directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

« Quand retrouverons-nous enfin la vie d’avant ? » Voilà un cri du cœur entendu sans cesse depuis le début de la pandémie. Or, un retour à cette vie, surtout si tout le monde se remet à voyager en avion et à consommer avec frénésie, risque fort de plonger l’humanité dans le chaos, avance Colleen Thorpe, de l’organisme environnemental Équiterre.

« Il est clair que les zoonoses [maladies infectieuses qui se transmettent des animaux aux humains, comme la COVID-19] résultent du fait que le monde naturel n’a plus assez d’espace, dit-elle. La crise actuelle, c’est la perte du vivant, par le réchauffement climatique, par la surexploitation du territoire par les humains et notre consommation excessive. Est-ce qu’on veut continuer à vivre sur cette planète ? Il va falloir avoir une conversation honnête, et difficile, sur l’après-pandémie. »

Inutile, bien sûr, de prolonger indûment notre isolement après la levée des contraintes sanitaires. Retrouver ses proches, prendre ses amis dans ses bras, faire la fête, rien de tout ça ne menace en soi notre avenir. « Mais a-t-on vraiment besoin de recommencer à s’acheter des tonnes de vêtements pour impressionner les collègues au bureau ? Peut-on tous recommencer à voyager pour se faire plaisir ou déménager en banlieue pour avoir plus d’espace sans penser à l’impact de ces décisions ? »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Pour Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre, l’après-pandémie risque d’être un peu dur pour la santé de la planète.

Il faut réaliser qu’on a déjà dépensé le budget carbone de nos enfants. Si on ne le voit pas encore, sans vouloir être prophète de malheur, ça ne saurait tarder…

Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre

Pour éviter des « crises en rafales » après la pandémie, il serait toutefois contre-productif de culpabiliser les gens qui lâcheront leur fou, croit Colleen Thorpe. « Il faut simplement apprendre à payer le vrai prix, à contribuer davantage pour nos choix, grâce notamment à des mesures écofiscales », dit-elle.

Garder espoir

Tout n’est pas noir pour autant. Colleen Thorpe voit même de belles raisons de garder espoir dans la réaction de la population à l’actuelle crise sanitaire. « Cette expérience nous a rappelés à l’essentiel, constate-t-elle. Les sondages le montrent : ce qu’on veut d’abord, c’est se connecter à nos semblables et profiter de la nature. »

S’ils sont plus attachés à la nature, les gens seront plus enclins à la protéger, se réjouit aussi la porte-parole d’Équiterre. « Agriculture urbaine, épicerie zéro déchet, géothermie… partout, des citoyens passent à l’action », constate Colleen Thorpe, qui cite en exemple le groupe Solon, un collectif qui accompagne les citoyens de La Petite-Patrie et d’Ahuntsic dans leurs projets solidaires et écologiques. Ou la coopérative Bio locaux, un regroupement de fermes qui souhaitent mieux nourrir les familles de la métropole, ce qui pourrait même contribuer à atténuer les inégalités provoquées par la pandémie.

« C’est comme ça que ça commence, le changement, en connectant les individus qui veulent agir, conclut Colleen Thorpe. Et ça donne des ailes ! »