Enseignante dans l’âme et militante de vocation, Jojo Coulombe ne manque jamais de temps pour aider son entourage, pour éveiller une étincelle de confiance chez ceux qui en ont besoin ou pour élargir les horizons de ceux qui croisent sa route.

Publié le 7 févr. 2021
Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

La sexagénaire tente de changer le monde depuis des décennies. En 1984, elle a intégré le défunt collectif Amazones d’hier, lesbiennes d’aujourd’hui, qui défendait les droits LGBTQ+. « Dans les années 80 et 90, on militait jour et nuit, se souvient-elle. Notre quartier général était au rez-de-chaussée de l’école Gilford. Après des années à militer avec les groupes étudiants, j’avais le sentiment d’avoir trouvé ma place avec les Amazones. »

Parmi leurs actions politiques réalisées au Québec et en Europe, notons une prise de position contre le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Montréal en septembre 1984.

On dénonçait le fait que l’Église voyait le monde uniquement en fonction des hétérosexuels. On était allées dans les salles de presse avec une grande banderole pour que les médias parlent de nous.

Jojo Coulombe

Pendant des années, l’organisation a aussi produit une publication politique. « C’était une revue sur le lesbianisme radical démontrant qu’on vit dans un système hétéronormatif qui nous façonne, en tenant pour acquis que tout le monde est hétéro et en invoquant des comportements propres aux filles et aux garçons. »

Mieux aujourd’hui ?

Trente-six ans plus tard, le combat est loin d’être gagné à ses yeux. « Je me bats encore pour que chaque personne puisse être ce qu’elle a envie d’être, sans avoir à subir ce carcan, explique-t-elle. On me dit que ça va mieux de nos jours, mais je ne suis pas d’accord. Dans les écoles secondaires, on voit encore plein d’élèves issus de la diversité sexuelle qui ne vont pas bien. »

Il faut dire que Jojo Coulombe navigue dans le système d’éducation depuis toujours. Après avoir obtenu son diplôme en enseignement du français au secondaire et vécu une expérience d’enseignement qui l’a désenchantée, elle s’est réorientée. « Je suis devenue formatrice de secrétaires dans les écoles partout au Québec pour les guider dans la gestion du dossier des élèves. »

Elle a également été bénévole une journée par semaine à l’école primaire alternative Rose-des-Vents de Montréal, pour soutenir une professeure s’occupant des élèves en difficulté.

J’ai fait ça durant quatre ans. C’était une période extraordinaire dans ma vie. Je suis née enseignante. J’ai eu de la difficulté avec l’école traditionnelle, parce que les profs ne connectaient pas avec leurs élèves et parce que j’étais trop flyée.

Jojo Coulombe

Pourtant, elle a toujours vibré au contact des jeunes. Si bien qu’elle a également offert ses services comme tutrice auprès d’une famille canado-chinoise. « Je me souviens de la plus petite, qui portait un grand chapeau chaque fois pour que je ne la voie pas. Je l’ai apprivoisée en faisant des dessins, puis en lui faisant écrire de petits mots. »

Elle a travaillé avec la jeune fille de la quatrième année du primaire à la troisième secondaire. « Je la rencontrais une fois par semaine à la Grande Bibliothèque et je lui donnais plein d’outils. Elle travaillait très fort. »

Mme Coloumbe s’est également impliquée dans la vie de son neveu et de sa conjointe en gardant les enfants à de nombreuses reprises. « J’allais chez eux ou je les amenais dans ma maison. On jouait dehors, on rigolait, je leur montrais comment s’occuper d’un chien. Je les aidais avec leurs devoirs. Et j’ai encouragé la petite à développer sa confiance en elle. »

Aujourd’hui, Jojo Coulombe continue d’offrir son temps à ses proches et de voir à ce qu’on n’oublie pas le rôle des Amazones dans l’histoire du Québec. Elle s’apprête d’ailleurs à participer à un documentaire sur le collectif.

Cela ne l’empêche pas de regarder vers l’avenir, en tant que membre du conseil d’administration du Réseau des lesbiennes du Québec. « On vient de finir notre plan d’action des quatre prochaines années pour continuer de défendre les droits de toutes les femmes de la diversité sexuelle. On est loin d’avoir fini ! »