Faire du sport, manger mieux ou apprendre à jouer de la guitare… Coincés à la maison avec du temps libre à revendre, beaucoup de gens ont pris des résolutions pendant la pandémie. Au moment où 2020 est maintenant derrière nous, certains peuvent dire « mission accomplie ». D’autres, pas du tout. Mais personne ne devrait se sentir coupable d’avoir été paralysé par le confinement.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

Quand la pandémie a mis le Québec sur pause, en mars dernier, le photographe sportif Joseph Roby, de Lac-Beauport, s’est retrouvé soudainement sans contrats. « Je devais partir à Salt Lake City, puis à Whistler en avril et en Oregon ainsi qu’en Nouvelle-Zélande pendant l’été, raconte l’homme de 25 ans. Tout ça est tombé à l’eau. »

Pour meubler une montagne de temps libre, il a emprunté un ukulélé à un ami. « Je me suis promis de jouer tous les jours, raconte-t-il. En sept mois, je n’ai presque jamais manqué à ma parole. » Grâce à des tutoriels sur YouTube, il a non seulement appris à jouer Basket Case, de Green Day, son classique personnel au karaoké, mais il a même commencé à composer quelques pièces de son cru.

Comme si ce n’était pas assez, il s’est mis à la course en juillet. Et il a vite fait des progrès. « J’ai commencé la course sur route en août, raconte Joseph Roby. Avec un ami, nous avons fait notre premier demi-marathon à la fin du mois. J’ai alors voulu faire un marathon complet. Tous mes proches m’ont dit que j’allais m’écoeurer de la course, mais j’ai réalisé mon premier marathon le 21 septembre. »

PHOTO FOURNIE PAR JOSEPH ROBY

Joseph Roby, photographe sportif

Je suis vraiment content d’avoir réussi à avoir un confinement positif. Et ça va m’être utile pour la suite, car il y a toujours des hauts et des bas dans mon métier. Je sais maintenant comment me garder occupé.

Joseph Roby, photographe sportif

Louisane LeBlanc, candidate au doctorat en linguistique à l’Université de Montréal, se félicite aussi d’avoir tenu ses résolutions de pandémie… après avoir un peu trop cédé aux tentations du réconfort alimentaire. « Je mettais de la crème et du beurre partout, dit la femme de 44 ans. J’ai pris du poids et je suis déjà dodue, alors ce n’était vraiment pas une bonne chose. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Louisane LeBlanc, candidate au doctorat en linguistique à l’Université de Montréal

Au printemps, quand j’ai réalisé que la pandémie durerait peut-être deux ans, je me suis prise en main.

Louisane LeBlanc, étudiante

Fin mai, l’étudiante s’est mise au yoga sur YouTube, à l’entraînement au rameur tous les jours, puis au jardinage, et a réduit le beurre dans son alimentation, ce qui lui a fait le plus grand bien. « Les endorphines, c’est formidable, raconte-t-elle. J’ai perdu 7 kg. Mais la vie d’avant me manque quand même cruellement. Je n’ai jamais eu autant hâte d’être vaccinée ! »

Résolutions abandonnées

Tous, bien sûr, n’ont pas réussi à tenir leurs résolutions jusqu’à aujourd’hui. Le temps libre s’envole vite avec l’école (en partie) à la maison et les repas supplémentaires à préparer. Le stress en a aussi engourdi beaucoup, tout comme l’ambiance particulière qui règne depuis de longs mois.

Roger Leblanc avait décidé de passer l’été sur son vélo, parce que de toute façon, il n’aurait « rien d’autre à faire ». Mais voilà, l’informaticien de 62 ans, qui roule autour de 1000 km par année, a finalement fait deux fois moins de vélo qu’à l’habitude. « Pourquoi ? C’est une bonne question, dit-il. Je crois que c’est à cause de la léthargie ambiante. On aurait dit que tout était en suspens. Avec la neige, je veux me remettre au ski de fond, mais je crains que ça se répète… »

On a trop de temps, alors on ne l’organise pas et on finit par ne rien faire.

Roger Leblanc, informaticien

Caroline Éthier se remettait d’une troisième intervention chirurgicale à cause d’un cancer du sein quand le confinement a commencé. « En sortant de l’hôpital, je m’étais promis de manger bien, de faire de l’exercice et de me reposer », dit la journaliste spécialisée en finances de 47 ans. « Ces résolutions ont eu le vent dans les voiles pendant les mois d’été. » Mais l’automne venu, elles « ont pris le bord ».

« Je n’ai pas juste le goût de manger de la salade, j’ai le goût de me gâter, dit-elle. Je ne prendrai plus de résolutions, je ne veux pas de ce stress-là. Novembre et décembre, c’est difficile pour moi, j’ai pris du poids, mais je connais mon corps : au printemps, je sais que je vais remonter sur mon appareil elliptique. »

D’ici là, elle se fait une promesse, une seule : aller chercher ses deux enfants de 6 et 10 ans tous les jours à la sortie de l’école, pour passer le plus de temps possible avec eux. « Au son de la cloche, à 15 h 05, explique-t-elle, c’est une joie inaltérable de les voir gambader vers moi dans la cour d’école, tout sourire. »

Éviter la culpabilité

Peu importe les raisons, les gens que la pandémie a figés sur place ne devraient pas se sentir coupables, croit Dominique Dubé, psychologue au Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval, à Québec, qui s’intéresse notamment à la procrastination et aux émotions négatives qu’elle peut susciter.

« Le temps libre associé à la pandémie n’est pas émotivement neutre, explique-t-il. L’isolement ou des préoccupations pour son emploi, par exemple, peuvent accroître l’inquiétude et avoir des effets négatifs sur l’humeur, ce qui se traduit souvent par une baisse de l’énergie et de la motivation. Si, en plus, on se culpabilise, eh bien, on risque d’accentuer les émotions négatives associées à la pandémie. »

Pour éviter ce cercle vicieux, donc, la première chose à faire est d’être indulgent envers soi-même. « Au lieu de s’en vouloir, on peut regarder ce qui a fait en sorte qu’on n’a pas fait ce qu’on souhaitait, explique le psychologue. Peut-être qu’on n’en avait pas vraiment besoin pour être heureux ? Est-ce qu’on voulait le faire par pression sociale ? Parce qu’on se sentait obligé ? »

PHOTO FOURNIE PAR DOMINIQUE DUBÉ

Dominique Dubé, psychologue

Une obligation, c’est une motivation externe, ce n’est pas très bon pour des objectifs à moyen ou à long terme.

Dominique Dubé, psychologue

Comme la pandémie se prolonge, que faire alors pour mener à bien une résolution ? D’abord, mieux vaut ne pas viser trop haut, croit M. Dubé. « Si on se lance dans quelque chose avec l’attente que ce soit exceptionnel, il se peut que ça nous décourage, explique-t-il. Quand on apprend à jouer de la guitare, par exemple, ça peut être très long avant d’avoir du plaisir. Le risque, c’est qu’on remette toujours cette activité au lendemain… »

L’idéal, juge donc M. Dubé, c’est de se consacrer à une activité qui procure un bien-être immédiat, quitte à y aller par étapes, avec des objectifs réalistes. Il est ainsi préférable de prévoir deux repas santé dans sa semaine et d’en retirer une réelle satisfaction, plutôt que de s’imposer de ne plus jamais manger de friture, pour céder à la première occasion.

L’essentiel, bien sûr, c’est d’abord de faire le premier pas, si petit soit-il. « Ce qui amène la motivation, c’est l’action, dit Dominique Dubé. Ensuite, pour rester motivé, il ne faut surtout pas oublier de prendre conscience du plaisir qu’on retire de l’activité choisie. »

Des conseils qui arrivent à point pour la saison des résolutions du Nouvel An.