La publication d’un mode d’emploi sur le port du masque dans notre numéro de jeudi a suscité de nombreuses questions chez les lecteurs. Voici des réponses aux questions les plus fréquentes.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Masque artisanal : comment bien le choisir ?

Des dizaines d’options s’offrent à ceux qui cherchent un masque artisanal. En la matière, tous ne sont pas égaux. Avant de jeter votre dévolu sur un modèle, aussi joli soit-il, assurez-vous que le masque de votre choix respecte les recommandations émises par les autorités. Voici trois éléments pour guider votre achat.

L’ajustement

Tel que le stipule l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), un masque non médical doit être « suffisamment grand pour couvrir complètement la bouche et le nez sans faire de trous ». En France, l’Association française de normalisation (AFNOR), qui a rendu public un patron de masque, ajoute que le masque « doit pouvoir être ajusté étroitement sur le nez, les joues et le menton de la personne qui le porte pour assurer une étanchéité suffisante ». Beaucoup d’entreprises offrent différentes tailles ou encore la possibilité d’ajuster les élastiques derrière les oreilles pour une tenue optimale. Les modèles dits « à plis » peuvent aussi être intéressants, car ils couvrent bien le visage. Recherchez également les entreprises qui insèrent dans leur masque une broche de métal (plastifiée pour éviter les blessures ou l’oxydation) qui vient mouler le contour du nez, évitant ainsi de créer une ouverture indésirable.

Les matières 

On ne peut pas faire un masque avec n’importe quel tissu. Selon l’AFNOR, la matière utilisée doit pouvoir résister aux manipulations et à l’usure, et avoir deux caractéristiques : une efficacité de filtration et une résistance à la perméabilité. L’ASPC suggère d’utiliser des matières naturelles comme le lin ou le coton ; selon l’AFNOR, qui a publié une base de données sur le sujet, des matières comme le 100 % coton, le polycoton ou la viscose non tissée sont recommandables. Selon Anne-Marie Laflamme, d’atelier b, les matières naturelles comme le coton sont plus faciles à nettoyer que les synthétiques comme le polyester, mais un mélange de polycoton 50 %-50 %, que la marque a utilisé au niveau de la bouche, peut être intéressant pour éviter que le masque ne devienne trop humide rapidement. Il est important que les étoffes utilisées soient lisses (alors les paillettes ou autres détails décoratifs sont à éviter), non irritantes, sans agrafes et sans couture verticale le long du nez, de la bouche et du menton.

Les couches et les filtres 

Selon l’ASPC, un masque artisanal doit être constitué d’au moins deux couches de tissu. Plusieurs entreprises proposent des masques à trois épaisseurs, ou alors avec pochette au centre pour y insérer un filtre. Dans le premier cas, l’épaisseur du milieu, idéalement, sera faite d’un matériau non tissé entre deux couches de coton par exemple ; la complémentarité des matières rend la filtration plus efficace selon l’AFNOR. Pour le filtre amovible, choisir une matière de type « aggloméré » comme un essuie-tout ; cependant ni les filtres à café ni ceux à aspirateur ne sont recommandés.

> Consultez le site du gouvernement du Canada

> Consultez le site de l’Association française de normalisation

> Consultez notre liste de masques artisanaux québécois

Désinfecter son masque à la chaleur, ça marche ?

On trouve sur l’internet diverses méthodes qui permettraient de désinfecter un masque en tissu à l’aide de la chaleur — au four, à la vapeur, au fer à repasser et même au four à micro-ondes. Est-ce efficace ?

Pour les masques « communautaires » en tissu, « l’eau chaude et le savon sont très efficaces », nous écrit d’emblée Amy Price, chercheuse principale au laboratoire AIM, au service de preuve COVID-19 de l’Université Stanford, en Californie. Le savon — tensioactif — brise l’enveloppe du virus, explique-t-elle. C’est aussi ce que les autorités sanitaires recommandent : mettre les masques dans la machine à laver avec d’autres articles, à l’eau chaude, puis les sécher complètement. Santé Canada conseille de s’en tenir à ses recommandations. 

Il est vrai, néanmoins, qu’une exposition à la chaleur peut aussi tuer la charge virale des coronavirus. Exposés à la vapeur d’eau bouillante pendant 10 minutes ou encore mis au four à 70 °C (158 °F) pendant 30 minutes, des masques N95 perdent leur charge virale, selon une étude récente de l’Université Stanford. Soulignons qu’il s’agit d’un four spécial, et non d’une cuisinière. Ces méthodes de désinfection n’ont pas été testées sur les masques en tissu.

Si l’on souhaite désinfecter un masque communautaire en tissu à la maison, Amy Price propose une option : le faire « cuire » pendant une heure dans une mijoteuse non utilisée ou encore dans un déshydrateur à nourriture. « Le micro-ondes n’est pas sûr pour tous les tissus et il y a beaucoup de contact avec le repassage ; cela peut être un contaminant », ajoute Amy Price.

Amy Price tient à préciser que les masques contaminés, pour leur part, doivent être manipulés avec soin, si possible lavés à l’extérieur de la maison et gardés loin de la nourriture.

La chaleur demeure un « bon moyen » pour désinfecter, convient Christian Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec. Ce n’est pas une « idée folle », selon lui, d’utiliser la chaleur pour désinfecter un masque en tissu, bien qu’il préconise lui aussi la machine à laver. La chaleur, dit-il, peut endommager les fibres, qu’elles soient synthétiques ou naturelles.

Or, le lavage répétitif à la machine peut aussi endommager le tissu, convient M. Jacob, qui conseille aux gens de vérifier l’intégrité de leurs masques régulièrement.

« Si on veut limiter l’usage de la laveuse, le plus simple, selon moi, c’est de mettre les masques de côté pour deux ou trois jours [à l’air libre, et non dans un sac de plastique] et de faire une rotation », conclut-il.

Lunettes et masques : buées de secours

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Les Québécois sont nombreux à être confrontés à des problèmes de buée sur leurs lunettes. 

Beaucoup de lecteurs nous ont demandé comment éviter la formation de buée sur leurs verres quand ils portent un masque. Voici quelques solutions.

Avant tout, s’assurer que la monture ne soit pas en dessous du masque, ce qui créerait une ouverture. « Les lunettes doivent absolument aller par-dessus le masque », rappelle Maximilien Debia, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Ensuite, la solution la plus courante, rapportée notamment par le New York Times, consiste à s’assurer que le masque soit parfaitement ajusté sur le visage et particulièrement au niveau du nez. De nombreux modèles sont équipés d’une bande métallique pliable prévue à cette fin. S’il n’en est pas équipé, on peut en bricoler une soi-même, avec une tige de métal souple, comme un trombone ou une barrette à cheveux, et idéalement la coudre sur le masque.

Autre solution, selon un médecin cité par le quotidien : sceller la partie au niveau du nez avec du ruban adhésif médical.

Le Collège royal des chirurgiens d’Angleterre propose, quant à lui, de placer un mouchoir de papier ou un morceau d’essuie-tout plié en bande horizontale, et de le plaquer entre le visage et la partie supérieure du masque.

Certains articles suggèrent, comme solution à très court terme, de nettoyer les verres à l’eau chaude avec du savon ou de la mousse à raser : attention, danger ! « Le lavage doit se faire à l’eau froide ou tiède, jamais à l’eau chaude, prévient Priscilla Bindi, opticienne à Montréal. On peut utiliser un savon doux, mais s’assurer que le verre soit bien débarrassé de toute poussière avant de l’étaler, pour ne pas le rayer. » Des vaporisateurs anti-buée peuvent aussi être utilisés, mais « il faudra en réappliquer régulièrement », indique Mme Bindi.

En dernier recours, on peut avancer légèrement ses lunettes sur son nez pour permettre une meilleure circulation de l’air.