C’est souvent en s’attardant aux choses du quotidien qu’on réalise leur emprise. Décidés à éliminer le plastique de leur vie, Evelyne Charuest et sa famille ont rapidement constaté les limites de leur démarche. Ils documentent leur expérience dans Ciao plastique, une minisérie documentaire de trois épisodes diffusée à compter de ce vendredi, sur les ondes d’ICI Explora.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Des crayons, un aspirateur, des ustensiles de cuisine, des contenants, encore des contenants, et des jouets, beaucoup de jouets. Dans le premier épisode de Ciao plastique, on voit Evelyne Charuest, son conjoint Glenn Franks et leurs deux enfants, Léo, aujourd’hui 7 ans, et Nina, 5 ans, sortir de la maison tous les objets en plastique pour les entreposer dans le cabanon. 

« J’aurais aimé avoir une espèce de switch où on dit : “Ça y est, je peux vivre sans plastique”, affirme Evelyne Charuest, qui est chroniqueuse culturelle à Radio-Canada. Mais rapidement, on s’est butés à toutes sortes de problèmes concrets et beaucoup d’exceptions. On s’est dit que pour avoir une vie moderne, il nous fallait un ordinateur, un téléphone, et on ne peut pas enlever la tuyauterie de la maison ! De là est né le mur de la honte. Un portrait visuel qui montre où est le plastique dans notre vie. »

Parce qu’il aurait été contraire à l’esprit de leur démarche de jeter des objets de plastique pour en acheter d’autres qui en sont exempts, ils ont conservé les essentiels tout en faisant des efforts pour ne pas en faire entrer de nouveaux en plastique dans la maison.

Orchestrée autour de trois moments-clés dans l’année d’une famille, soit la rentrée scolaire, les vacances et une fête d’enfant, la série documentaire expose les nombreux défis auxquels les Charuest-Franks ont été confrontés : l’épicerie, les fournitures scolaires, l’équipement de camping et, surtout, les vêtements, dont beaucoup sont faits de fibres synthétiques dérivées du plastique (polyester, élasthanne, nylon). « Pour les enfants, je me suis dit : je vais enlever certains éléments, mais on va continuer à utiliser ce qu’on a, raconte Evelyne Charuest. Et c’est moi qui me suis habillée de matières naturelles pendant toute la durée du projet. » C’est-à-dire un an.

Au fil de sa démarche documentaire, la journaliste s’est entretenue avec plusieurs experts de la question du recyclage ainsi qu’avec des acteurs de l’industrie du plastique. Sceptiques quant au succès de son entreprise, certains ont argué que se passer du plastique rime assurément avec une baisse du niveau de vie. Vrai ? « Complètement », répond Evelyne Charuest. C’est d’ailleurs l’une des grandes conclusions de cette expérience. « Au niveau de l’expérience de famille, c’est vraiment un échec, constate-t-elle. Si on voulait faire fi du plastique, on ne pourrait plus avoir notre vie moderne, contemporaine. »

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Le « mur de la honte » regroupe les objets en plastique que les Charuest-Franks se sont résignés à conserver.

Le plastique a beaucoup de qualités donc, mais il a aussi, selon elle, les défauts de ses qualités. « C’est une matière extraordinaire, admet-elle. Mais, ses avantages sont aussi ses tares. Il est durable, pas cher à produire, malléable. Ça dure toute la vie et même plus. Malheureusement, ça veut aussi dire qu’on a de la difficulté à s’en débarrasser et quand on le fait, on ne le fait pas de la bonne façon. Ça crée des problèmes de pollution, ça a un impact sur la faune et sur notre santé à nous. »

Une autre grande conclusion de sa démarche : le manque de législation pour encadrer la mise en marché de nouvelles résines, dont les centres de tri ne savent parfois que faire, et les bioplastiques, un terme qui prête à confusion puisqu’il peut désigner autant des matières à base de plantes, pas forcément biodégradables, que des plastiques qui peuvent, en théorie, se décomposer. Mais en combien de temps et dans quelles conditions ? Cela demeure très flou.

« Chaque fois qu’on trouve une solution, on dirait qu’on crée un autre problème », remarque Evelyne Charuest. La véritable solution, selon elle : réduire ou refuser les emballages et objets en plastique. « Ce n’est pas pour tout le monde le zéro déchet, mais tu peux quand même décider de refuser le plastique. » À la hauteur de tes capacités, insiste-t-elle.

Surtout qu’en ces temps de pandémie, alors que plusieurs épiceries refusent les sacs et contenants réutilisables, le plastique à usage unique se répand. S’en passer est devenu plus compliqué, reconnaît Evelyne Charuest. « On a un peu plus de difficulté parce que l’épicerie zéro déchet où on allait livre, mais ils n’ont pas tout. Il a fallu se rabattre sur l’épicerie conventionnelle et, malheureusement, tout est en plastique. Donc, on continue de faire les efforts qu’on a faits depuis presque un an, mais dans la mesure du possible, dans le contexte actuel. » Parce qu’après être passé par un processus si extrême, impossible, dit-elle, de revenir à « la vie d’avant ».

Dans la cour arrière, le cabanon est toujours rempli d’objets en plastique, mais heureusement pour Léo, il a pu ravoir ses Lego.

Ciao plastique, les 1er, 8 et 15 mai, 20 h, sur ICI Explora. En rattrapage sur ICI Tou.tv.