Les écoles et garderies sont fermées. Les bars, gymnases, centres de ski, cabanes à sucre et une foule d’autres lieux de rassemblement aussi. Pour aplanir la fameuse courbe, la Direction nationale de santé publique mise sur la « distanciation sociale ». Devrait-on ainsi éviter de côtoyer des gens qui n’habitent pas sous notre toit ?

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

La question anime maints groupes Facebook de parents depuis quelques jours. Certains s’indignent de voir des enfants jouer ensemble au parc ou dans les ruelles. D’autres demandent s’il est raisonnable de recevoir ne serait-ce qu’un ami pour jouer à la maison. Ou encore de faire appel à un gardien ou gardienne d’enfants ?

Dans un article publié au cours des derniers jours, et qui a été très relayé sur les réseaux sociaux, un pédiatre américain, lui-même parent, répond à cette question de façon assez catégorique : « Non ».

« Réunir des enfants pour jouer [playdate] – même en petit nombre – va à l’encontre de l’objectif de tout fermer », écrit-il.

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Questionné à ce sujet par La Presse, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a indiqué, par l’entremise d’une porte-parole, qu’il n’y avait pas de recommandation précise concernant les rassemblements en petits groupes, mais qu’il fallait minimiser les visites et les contacts dans le cas de toute personne ayant des symptômes. 

Mardi, le premier ministre du Québec, François Legault, a toutefois lancé cet appel à la population : « À moins que ce soit absolument nécessaire, pas de rassemblements, que ce soit 10 ou 250 personnes. »

La Dre Cécile Tremblay, chercheuse, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, est elle aussi d’avis qu’il faut éviter les rassemblements, et ce, « peu importe le nombre de personnes ». 

Votre famille, vous ne l’avez peut-être pas vue depuis un mois, vous êtes capable d’attendre.

La Dre Cécile Tremblay, chercheuse, microbiologiste et infectiologue au CHUM

Pour la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, il n’y a pas de réponse « fiable ». « Tout est une question d’équilibre entre le risque et le bénéfice, explique-t-elle. Le bénéfice de s’isoler est très grand, mais le risque de dépression et de tous les autres enjeux n’est pas négligeable non plus. Il faut vraiment se servir de sa tête. »

Elle rappelle que, puisque l’état de la transmission communautaire de la COVID-19 dans la province n’est pas connu, la recommandation générale est d’éviter le plus possible les interactions. « Si on a fermé les écoles et les garderies, ce n’est évidemment pas pour qu’on se retrouve à 12 dans une salle », expose-t-elle, tout en précisant qu’il n’est pas non plus demandé aux gens de vivre en autarcie.

Former de petits groupes

Dans ses recommandations, la Dre Quach-Thanh ne ferme pas totalement la porte aux contacts avec les parents et amis proches, à condition que ceux-ci aient respecté la quarantaine de 14 jours s’ils reviennent de voyage, qu’ils ne présentent pas de symptôme et qu’ils n’aient pas été en contact avec une personne porteuse de la maladie.

Elle suggère ainsi de former un petit groupe (d’enfants ou d’adultes), de trois, quatre, voire six personnes qui demeurera tissé serré le temps que les mesures de distanciation sociale s’appliqueront. 

Ce qu’on veut, c’est éviter la multiplication des contacts. C’est vraiment ça, la mesure de distanciation sociale. Ça veut dire qu’on se tient loin, on se regroupe en petits groupes qui n’ont pas de contacts avec d’autres.

La Dre Cécile Tremblay, chercheuse, microbiologiste et infectiologue au CHUM

Quant aux sorties dans les parcs ou les ruelles, elle appelle à la prudence. Les enfants sont moins susceptibles de développer des symptômes graves que les adultes, mais peuvent néanmoins être porteurs du virus. « C’est la promiscuité de multiples enfants sur lesquels on n’a aucun contrôle, puisqu’ils ont peut-être été en contact avec des gens qui ont voyagé ou qui sont malades, et on ne le sait pas [qui pose problème]. Même si on dit à l’enfant qu’il doit rester à un mètre des autres, on sait que ça n’arrivera pas. » Elle ajoute que le virus peut rester présent jusqu’à trois jours sur les modules de jeux.

« Mais, on peut aller dehors et jouer dans notre jardin sans problème », dit-elle. Et voilà, le printemps est presque là.