Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

C’est l’enseignante que bien des parents rêvent d’avoir pour leur enfant en maternelle. Celle qui arrive en patins à roues alignées, qui est toujours entourée d’une nuée de tout-petits en adoration, qui enseigne aussi la danse et le yoga, fait de la voile, de l’escalade, de l’accompagnement à la naissance, en plus d’avoir elle-même quatre enfants ! Nous avons voulu connaître le secret de la joie de vivre de Catherine Cyr.

La femme de 40 ans attribue un peu beaucoup son éternel optimisme à ses parents. « Je suis très reconnaissante du fait d’avoir eu l’enfance que j’ai eue, d’avoir eu des parents qui nous ont aimés et qui ont bien pris soin de mes frères et de moi. Ils nous ont toujours fait comprendre à quel point on était bien. Très jeune, j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’inégalités dans le monde. Ma mère enseignait au secondaire, auprès d’une clientèle défavorisée. On a donc été sensibilisés à plusieurs réalités sociales et [on a] aidé quand c’était possible. »

Aujourd’hui, lorsqu’elle croise un itinérant qui lui demande de l’argent, elle en donne systématiquement. « Je ne m’arrête jamais pour me demander si cette personne-là en a vraiment besoin ou pas. Si elle le mérite ou pas. Quand quelqu’un me demande des sous, si j’en ai, je lui en donne. Si je n’en ai pas, je vais au moins m’arrêter deux minutes pour jaser. » Catherine fait aussi des dons à cinq organismes humanitaires, dont Médecins sans frontières.

Le contact humain est à n’en point douter au cœur du bonheur de cette grande altruiste. « J’ai toujours voulu être avec les gens et tout partager. C’est sans doute pour ça que je suis devenue enseignante comme ma mère, d’ailleurs. Petite, dès que j’apprenais quelque chose, il fallait toujours que je trouve quelqu’un à qui transmettre ces nouvelles connaissances. Je me sentais tellement choyée de savoir », raconte celle qui a deux frères plus jeunes.

Depuis une douzaine d’années, c’est aux petits bouts de chou que l’énergique pédagogue prodigue ses enseignements. Elle a aussi travaillé avec des jeunes en fin de primaire, mais aime le défi de la maternelle. « Les petits sont très exigeants et émotifs, mais ils ont aussi beaucoup d’énergie, comme moi. On leur présente n’importe quoi en le précédent d’un “Eh ! Tu ne croiras jamais ça, mais…” et leurs yeux se mettent à briller ! »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE

Depuis une douzaine d’années, c’est aux petits bouts de chou que l’énergique pédagogue prodigue ses enseignements.

Un passage à vide

À l’automne 2019, cependant, Catherine n’a pas enseigné. Elle s’est plutôt accordé une demi-année sabbatique, pour prendre soin d’elle-même. Contre toute attente, Catherine a fait une dépression. Elle a voulu qu’on en parle dans l’article, parce qu’il reste de la sensibilisation à faire et parce qu’elle estime qu’elle est la preuve vivante d’une grande vérité : « Ça peut vraiment arriver à n’importe qui. »

Elle a aussi accepté qu’on parle de ce qui a fort probablement été la cause de cet état de grand abattement, soit sa prise de conscience du fait que depuis l’âge de 20 ans, elle souffrait d’une relation trouble avec la nourriture. Elle consulte aujourd’hui nutritionniste et psychothérapeute, parce qu’elle souhaite vivre heureuse encore longtemps.

« Quand j’ai finalement commencé ma thérapie, ça m’a complètement désorganisée. Je ne me reconnaissais plus du tout. Je ne savais plus ce qui m’appartenait à moi et ce qui faisait partie de la maladie. Est-ce que toutes mes actions avaient été déterminées par ça ? Est-ce que je m’étais construite uniquement en fonction de ça ? Puis quand j’ai commencé à me refaire, j’ai pu confirmer que je suis bel et bien une personne qui aime les gens, qui a besoin d’aider les autres, qui peut faire 1000 affaires en même temps. »

Catherine n’a toujours pas trouvé toutes les sources de son malaise. Elle sait toutefois qu’elle est capable d’une grande volonté et qu’elle aime la vie.

Le concret et les relations de cause à effet structurent son quotidien. C’est d’ailleurs pourquoi le bouddhisme lui parle beaucoup. « Dans le bouddhisme, il y a très peu d’éléments qui sont basés sur la foi pure. C’est une philosophie qui aide à mieux vivre. On peut facilement mesurer les changements en soi. Des fois, je m’observe en train de me laisser emporter par mes émotions. Je commence à sentir une pression dans ma poitrine et je suis sur le point de me fâcher contre quelqu’un, par exemple. Mais j’arrive de plus en plus facilement à faire de la place à l’autre et à laisser aller. Tout va mieux ! »

Bien qu’elle se sente choyée par une existence sur terre somme toute « privilégiée », Catherine rappelle que la vie n’est facile pour personne. « Moi aussi, je me botte le derrière pour aller à mon cours de yoga, à — 25 degrés, après une journée de travail et une soirée en famille. Puis ma légendaire patience avec les enfants, sur laquelle les gens me complimentent tout le temps, elle n’est pas innée. Je la travaille. Je me place dans des situations qui m’obligent à la pratiquer. »

Même quand les apparences sont belles, on ne peut jamais savoir ce qui se cache derrière, croit-elle. « C’est sûr à 100 % qu’on se trompe quand on juge quelqu’un au premier regard. » Et c’est sans doute en partie pour ça que la pétillante et super performante a accepté de nous laisser voir au-delà de l’image de femme heureuse et libérée qu’elle projette.

Questionnaire du bonheur

Comment définirais-tu le bonheur ?

« Pour moi, le bonheur c’est les autres ! C’est être avec les autres, prendre soin des autres, les aider, les apaiser. »

Qu’est-ce qui nuit à ton bonheur ?

« Les injustices sociales me fâchent, surtout lorsqu’elles découlent de décisions gouvernementales et privent les moins nantis de services sociaux. Je suis aussi attristée par les répercussions des guerres sur les civils, par les inégalités dues au sexe, à l’identité, à l’ethnie, etc. »

S’il y avait une (ou deux !) chose(s) dans tout ce que tu fais dont tu ne pourrais te passer, pour ton bien-être, qu’est-ce que ce serait ?

« Jamais je ne me passerais de mes enfants, d’écouter leurs réflexions, de leur faire la lecture, d’échanger points de vue et caresses, de les faire rire, de les voir évoluer, de leur flatter les cheveux et de les écouter respirer quand ils dorment. Sinon… danser ! Ça me libère le corps et l’esprit tout en me permettant d’être créative. La musique et le rythme m’emportent et je m’abandonne complètement. Effort, dépassement, fluidité, relâchement, tout y est. »