Un tiers de toute la nourriture produite dans le monde est gaspillée. Malgré toutes leurs bonnes intentions, les foyers canadiens jettent près de trois kilos de nourriture par semaine. Mais jusqu’à quel point peut-on réduire les aliments que l’on jette ? Pendant deux semaines, nous avons mis en pratique des conseils et des recettes. Des pelures de bananes dans un gâteau ? Les sceptiques ont été confondus.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

L’impact environnemental du gaspillage alimentaire est de plus en plus documenté. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre, après la Chine et les États-Unis. « Avec toutes les statistiques qu’on a, le gaspillage a tout pour être une priorité de lutte contre les changements climatiques, mais au Canada, quand on parle de changements climatiques, on parle toujours de transport et d’énergie », déplore Éric Ménard, chercheur indépendant, expert en gaspillage alimentaire et auteur du blogue Tu vas pas jeter ça ?.

Pourtant, il n’est pas nécessaire de changer radicalement son mode de vie pour réduire son gaspillage alimentaire au quotidien. C’est la grande conclusion de notre expérience : des actions relativement simples peuvent réduire de façon considérable le volume de notre compost.

Oui, les blogues et livres spécialisés regorgent de trucs pour réduire le gaspillage alimentaire à l’échelle des foyers : mieux planifier ses achats, redonner vie à des légumes flétris, cuisiner les fanes, faire des croustilles avec la peau du poisson, du bouillon avec les épluchures ou infuser les queues de fraises. Mais quand seulement trouver le temps pour cuisiner le repas du soir relève du défi, valoriser ses pelures est une étape que plusieurs ne se voient pas franchir.

PHOTO FOURNIE PAR MARIANNE GARNIER

Marianne Garnier, chargée de projet pour Sauve ta bouffe, un comité des AmiEs de la Terre de Québec.

Récupérer les pelures de légumes, ce n’est pas pour tout le monde et c’est bien correct, mais il y a une grande part de la réduction du gaspillage qui passe par la prévention et la planification.

Marianne Garnier, chargée de projet pour Sauve ta bouffe, un comité des AmiEs de la Terre de Québec qui a publié à la mi-janvier un guide du même nom

Des mots qu’on garde en tête lorsqu’on passe en revue nos déchets alimentaires de la semaine : un chou-fleur en fin de vie, un reste de baguette, des fanes de céleri, des fines herbes, des écorces d’agrumes et des épluchures, beaucoup d’épluchures malgré nos efforts de transformer celles des pommes de terre en croustilles. Plusieurs pelures de bananes aussi, bien que, sous le regard médusé des autres membres de la famille, on en ait soustrait deux du bac de compost en les intégrant dans un gâteau aux peaux de bananes (surprenante recette proposée dans le livre Sauve ta bouffe).

Précisons néanmoins que les pelures de bananes ne sont généralement pas considérées comme partie prenante du gaspillage, qui se limite aux aliments jetés qui auraient pu être consommés – les cœurs de pomme, coquilles d’œuf, os de poulet et marc de café sont aussi exclus. « Mais pratiquement tout dans les aliments est consommable, note Marianne Garnier. Par réflexe, on va jeter systématiquement une partie des aliments parce que ce n’est pas dans notre culture de la manger. »

Sur les deux semaines de notre expérience, nous avons généré en moyenne 1,7 kg de déchets alimentaires (presque tous évitables), soit environ 1,4 kg de moins que le ménage canadien moyen (voir le texte à l’écran suivant). Un résultat qui n’a pas été obtenu au prix d’efforts surhumains.

Des actions simples, mais efficaces

Planifier ses repas la tête dans le frigo

Prévoir ses repas de la semaine est la base d’une démarche antigaspillage. Mieux, choisir les plats qui seront cuisinés en fonction des aliments qui sont dans votre armoire ou votre frigo et qui sont sur le point d’être défraîchis. Un poivron fripé ? Faites-en un chili. « Une fois par saison, je fais une semaine “achats minimums”, c’est-à-dire que je me lance le défi de ne cuisiner qu’avec les ingrédients du congélateur et du garde-manger, indique Florence-Léa Siry, experte en cuisine zéro gaspillage et collaboratrice à l’émission Moi j’mange à Télé-Québec. Ça me permet de faire un roulement et d’économiser. Je n’achète que quelques légumes qui ne supportent pas la congélation. »

Cinq repas au lieu de sept

Pour vous permettre des soirées pizzas improvisées et d’autres moments où vous n’avez pas envie de cuisiner, prévoyez seulement cinq ou six des sept repas de la semaine.

Le cas des fines herbes

Parce que les fines herbes viennent souvent, par défaut, en format familial, une bonne partie d’entre elles se retrouvent au compost. « Planifier d’autres repas dans la semaine qui vont nécessiter des fines herbes, suggère Marianne Garnier. On peut aussi substituer facilement ce type d’ingrédients. »

Prévoir les bonnes portions

Ne pas hésiter à couper une recette si le nombre de portions indiquées est trop grand pour vos besoins. Sinon, mangez vos restes ! « Dans les conférences que j’animais sur le gaspillage alimentaire, quand je demandais aux gens ce qu’ils gaspillent à la maison, beaucoup me disaient les restes de table parce qu’ils n’aiment pas manger des restes, raconte Éric Ménard. C’est un gros problème culturel. On est tellement rendus dans le luxe qu’on dédaigne nos propres restes. »

La flexibilité des dates de péremption

Comme le souligne les auteures du guide Sauve ta bouffe, « Meilleur avant » ne signifie pas « périmé après ». « L’une des informations les plus mal comprises sur l’emballage alimentaire est la date de péremption, qui n’a rien à voir avec la sécurité alimentaire », note Mike von Massow, professeur associé au département Food Agricultural & Resource Economics de l’Université de Guelph, en Ontario, et coauteur d’une récente étude sur le gaspillage alimentaire dans les ménages. Nombre d’aliments peuvent être consommés après la date de péremption inscrite sur l’emballage, mais pas les viandes, poissons et crustacés.

>> Consultez le tableau sur la durée de conservation des aliments du MAPAQ

Les secrets de la conservation

Prolonger la durée de vie des aliments aide bien sûr à ne pas les gaspiller. Pour mieux les conserver, Florence-Léa Siry y va de ces conseils : garder hors du frigo tous les aliments qui n’étaient pas dans un étalage réfrigéré au supermarché, retirer tous les emballages qui causeraient un surplus d’humidité et ne pas tailler les fruits et légumes trop à l’avance, car dans certains cas, la coupe accélère le mûrissement.

Des ressources pour aller plus loin

Sauve ta bouffe

Sur leur site web, les membres du comité Sauve ta bouffe des AmiEs de la Terre de Québec proposent une foule de trucs, conseils et recettes pour réduire le gaspillage alimentaire à la maison, ainsi que des fiches détaillées sur la conservation d’une trentaine d’aliments.

Chic frigo sans fric

Florence-Léa Siry, experte en cuisine zéro gaspillage, offre plusieurs recettes élaborées dans le but de ne pas gaspiller.

J’aime manger pas gaspiller (Conseil national zéro déchet)

On trouve des conseils et des recettes sur ce site élaboré par le Conseil national zéro déchet, mais surtout un guide sur la durée de conservation des aliments.

MAPAQ

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a créé un questionnaire qui permet d’établir son profil de consommateur. Êtes-vous raisonnable ou impulsif ?