Un petit journal de 12 pages est désormais offert dans les refuges et les centres de jour de Montréal. Il s’appelle Eko, est offert gratuitement et s’adresse d’abord aux personnes en situation d’itinérance ou de grande précarité, « un lectorat trop souvent oublié par les médias ».

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Le premier numéro d’Eko sera lancé ce jeudi après un travail qui s’est échelonné sur deux ans. Le journal vise à informer ses lecteurs sur les sujets d’actualité qui les touchent et sur les ressources qui leur sont offertes. Il se veut aussi une plateforme d’expression.

C’est en côtoyant des gens en situation d’itinérance que James Galwey a eu l’idée de créer un journal avec eux et pour eux. Médiateur pour l’organisme d’innovation sociale Exeko, M. Galwey fait le tour des stations de métro du centre-ville pour donner des livres, des kits d’écriture et du matériel d’art aux personnes en situation d’itinérance.

« En faisant toutes ces sorties au centre-ville, j’ai remarqué qu’il y avait un vrai manque d’information », dit James Galwey, qui travaille aussi comme technicien en cinéma. « Et je voulais aussi mettre quelque part les dessins et les poèmes qu’ils créent. »

Puis, James Galwey et ses collègues ont appris que des jeunes de l’organisme Dans la rue avaient aussi manifesté l’envie de créer un journal. C’est ainsi que James et son collègue médiateur Thierry Gendron-Dugré ont été mis en contact avec Josyanne St-Louis et Alanie Genest, deux jeunes qui avaient envie d’écrire.

C’est un petit comité anarchique. Tout le monde prend les décisions sur le style, sur le contenu. On a tout fait ensemble.

James Galwey

« Ça n’a pas toujours été facile. On a eu des malentendus. Mais c’est ce qui fait le secret d’une bonne équipe : la communication. Et on a réussi », ajoute Josyanne, « très, très fière du résultat ».

Journal bilingue

Imprimé en 600 exemplaires, le premier numéro d’Eko compte, entre autres, un article sur les vétérinaires qui aident les gens de la rue ayant un animal, un autre sur les contraventions abusives et un témoignage sur la violence conjugale. Chaque article est accompagné d’une section « où trouver de l’aide ».

Le journal est entièrement bilingue pour répondre à la réalité dans la rue, « qui est vraiment plus 50-50 français et anglais », explique James Galwey. « Éventuellement, on voudrait ajouter des langues comme l’inuktitut », ajoute Josyanne St-Louis.

Josyanne, 26 ans, signe deux chroniques dans cette première édition. « Eko m’a aidée à me démarginaliser », confie celle qui n’a maintenant plus besoin de l’aide de Dans la rue. « L’écriture, c’est quelque chose qui m’a sauvé la vie. » Étudiante en littérature, Josyanne souhaite s’inscrire à l’université en journalisme.

L’équipe d’Eko n’a pas encore recueilli les 700 $ nécessaires pour imprimer le deuxième numéro, prévu dans trois mois, mais demeure « optimiste ». Toute l’équipe travaille sur une base bénévole.

Malentendu avec L’Itinéraire

En recevant le communiqué annonçant le lancement d’Eko, coiffé du titre « un journal de rue gratuit par et pour les gens de la rue », l’équipe du journal L’Itinéraire, qui n’avait pas été avisée au préalable, a eu « une réaction collective », convient son directeur, Luc Desjardins. Eko a par la suite publié un deuxième communiqué pour « dissiper les malentendus » et précisé que le journal Eko serait diffusé à petite échelle, qu’il ne « prétend aucunement prendre la place ou avoir la portée » de L’Itinéraire et qu’il s’adresse à un autre lectorat.

« On aurait peut-être aimé être tenu au courant en amont ; s’ils nous avaient demandé de l’aide, on aurait fortement dit oui. Mais on s’est expliqué, et il n’y a aucune animosité », assure Luc Desjardins, qui sera présent au lancement ce jeudi soir.