Après les jeunes dont la mobilisation a fait grand bruit au cours des derniers mois, des parents et grands-parents soucieux de l’avenir de leurs enfants et petits-enfants s’unissent pour lancer un appel à l’action climatique. Lancé récemment, le mouvement Parents pour le climat interpelle les dirigeants dans une lettre ouverte qui a récolté plus de 500 signatures.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Comme plusieurs parents, Tania Morency Baribeau s’inquiète pour l’avenir de son enfant, né l’an dernier, alors que la mobilisation planétaire pour le climat battait son plein. Assise dans son salon à regarder son fils découvrir son univers et franchir les différentes étapes de son développement, elle n’arrivait pas à se réjouir complètement. Afin de « transformer sa peur en action » et vaincre le sentiment d’impuissance qui l’assaillait, elle a décidé de lancer, l’automne dernier, Parents pour le climat, un groupe qui fait écho au mouvement Grands-parents pour le climat présent en Europe. Rapidement, trois autres parents se sont joints à elle.

« On était déjà inquiets, mais ce qui a causé le déclic, c’est d’avoir eu nos enfants », souligne Tania Morency Baribeau. 

S’inquiéter pour soi, c’est une chose, mais s’inquiéter pour son enfant, ce n’est pas du tout la même chose. Ça vient te chercher complètement ailleurs. Il y a une force et un sentiment de protection tellement intenses qui montent et de l’amour. On s’est dit : il faut faire quelque chose.

Tania Morency Baribeau

Ils ont d’abord créé un groupe sur Facebook, puis rédigé une lettre ouverte qui a été envoyée à différents médias en début de semaine. Déçus des résultats de la récente Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP25) qui s’est tenue à Madrid en décembre, les signataires de la lettre demandent aux dirigeants de prendre des engagements plus musclés pour lutter contre les changements climatiques et limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, tel que stipulé dans l’accord de Paris. « Comme parents, difficile de garder espoir en un avenir meilleur pour nos enfants, difficile aussi de ne pas être estomaqués, outrés, scandalisés même du manque de vision de nos dirigeants. Allons-nous vraiment capituler ? », écrivent-ils.

Interpellés par le mouvement, 530 parents et grands-parents du Québec (« pas seulement des quartiers centraux de Montréal », précise Tania Morency Baribeau), du Canada anglais et des expatriés ont signé la lettre qui se veut davantage un cri du cœur qu’un exposé de solutions concrètes qui, croit l’initiatrice de Parents pour le climat, sont déjà connues.

> Consultez la lettre ouverte du groupe

Alarmistes mais non fatalistes, les parents derrière le mouvement croient qu’il est encore temps de passer à l’action pour limiter le réchauffement climatique. « Ça ne se fera pas naturellement et ça ne se fera pas sans concession non plus, déclare Alexandre Beaudouin, père d’une fillette de 5 mois. Mais je veux que mon enfant sache que j’ai fait ce que j’ai pu, au moment où j’en ai pris conscience, pour améliorer l’état des lieux, et le plus tôt possible. »

Avoir ou non un enfant

Écologiste et biologiste spécialisé en biodiversité, il admet s’être interrogé sur son désir d’avoir un enfant dans le contexte des changements climatiques. Mais il croit aujourd’hui que les deux n’entrent pas en contradiction. « C’est [le discours antinataliste] très triste comme réaction, affirme-t-il. La vie sur Terre, c’est de procréer, en maintenant un équilibre avec le système évidemment. […] Le contrôle des natalités, c’est peut-être une action. Mais peut-être que oui, on est capables d’avoir des enfants et de faire une transition pour changer certains paradigmes dans lesquels on vit. »

« Pendant ma grossesse, je me suis souvent sentie très coupable à me demander : est-ce que je prends la bonne décision ? se souvient Tania Morency Baribeau. Finalement, d’avoir mon enfant, c’est tellement puissant que tu te dis : cet amour-là, cette beauté-là, non seulement elle mérite d’exister, mais elle fait aussi partie de la solution, je pense, parce que c’est aussi d’avoir eu mon enfant qui fait qu’aujourd’hui je suis en train d’avoir cette discussion-là et qu’on est en train de lancer Parents pour le climat. »

La suite des actions de Parents pour le climat n’est pas encore connue. Les organisateurs souhaitent d’abord consulter ceux qui ont manifesté leur appui au mouvement avant de déterminer la direction à prendre.

> Consultez la page Facebook Parents pour le climat