C’était en quelque sorte une « journée carrière ». Différents cégeps montréalais et des régions venaient présenter leurs programmes, sur place, à l’école secondaire de Fiston. L’occasion pour les élèves de s’informer des différents cheminements professionnels à leur portée. Il y a quantité de carrières dont ils ne se doutent pas, qu’ils n’ont pu envisager. Des métiers qui n’existent pas encore et qu’ils pourront éventuellement pratiquer.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Le corollaire, c’est la pression à laquelle font face très tôt des ados à imaginer ce qu’ils feront « quand ils seront grands ». J’en parlais récemment avec un ami dont la fille se rebelle contre l’idée qu’elle devrait avoir à choisir, dès le secondaire, vers quel champ professionnel elle se destine. Elle ne va pas à l’école pour apprendre un métier, mais pour apprendre tout court. Elle a bien raison. L’école devrait d’abord former les esprits.

C’est beaucoup exiger d’un ado qu’il détermine à 15 ou 16 ans ce qu’il ou elle veut faire de sa vie. Mais parce que d’ici cinq ou six ans, un sillon sera tracé, on leur parle déjà de compétences à acquérir et de disciplines à maîtriser, d’exigences académiques et de programmes contingentés. Cela, forcément, vient avec son lot d’anxiété.

Aussi, les jeunes dits de la génération Z (nés au tournant du millénaire), sont plus stressés que ceux des générations précédentes, révèlent différentes recherches. C’est le cas d’une étude du Pew Research Centre, réalisée à la fin de 2018 auprès d’environ un millier d’Américains âgés de 13 à 17 ans, qui conclut que 70 % des adolescents aux États-Unis considèrent l’anxiété et la dépression comme des problèmes majeurs de leur génération.

« J’imagine que c’est la faute des écrans ? », a ironisé Fiston lorsque je lui en ai parlé cette semaine. C’est en effet l’un des motifs invoqués par l’American Psychological Association.

Les jeunes de la génération Z sont nés avec un écran dans les mains, en même temps que les réseaux sociaux qui sont leur principal moyen de communication. Or, malgré l’impression que leur procure leur communauté virtuelle sur les réseaux sociaux ou dans les jeux vidéo en ligne, ils sont plus isolés que leurs aînés milléniaux.

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« C’est beaucoup exiger d’un ado qu’il détermine à 15 ou 16 ans ce qu’il ou elle veut faire de sa vie. Mais parce que d’ici cinq ou six ans, un sillon sera tracé, on leur parle déjà de compétences à acquérir et de disciplines à maîtriser, d’exigences académiques et de programmes contingentés », écrit notre chroniqueur Marc Cassivi.

Selon l’étude du Pew Research Centre, le principal facteur de stress des adolescents… est l’inquiétude liée aux résultats scolaires. Selon ce groupe de réflexion bien connu, 9 ados américains sur 10 ressentent une forme de pression attribuable à la réussite scolaire. Ils sont plus préoccupés par leurs résultats d’examens que par leur apparence physique, leur performance dans les sports ou leur intégration dans un cercle social. Ils sont obsédés par leur succès scolaire.

Fiston est à mi-parcours de sa quatrième secondaire et je sens chez lui, comme chez ses amis, que cette pression de bien réussir à l’école est montée d’un cran depuis un an. Dans quelle mesure ce stress – qu’il dit et semble bien gérer – est-il attribuable à mes propres exigences envers lui ? C’est une question qui me taraude.

On veut, d’abord et avant tout pour nos enfants, qu’ils soient heureux. Qu’ils choisissent un métier qu’ils aiment, dans lequel ils s’émancipent. Mais on souhaite aussi qu’ils s’appliquent, qu’ils fassent des efforts, qu’ils réussissent. Jusqu’à leur laisser entendre maladroitement, éducateurs comme parents, que la quatrième secondaire est la première année scolaire « qui compte vraiment ». Qui compte vraiment pour quoi au juste ?

Mon anniversaire le plus déprimant

Le 20 janvier, c’est Blue Monday. La journée reconnue selon différents facteurs pas le moindrement scientifiques (retour au travail après la période des Fêtes, prise de poids, compte en banque dégarni, météo peu clémente) comme la plus déprimante de l’année. Blue Monday est « célébré » depuis 2005, année où une agence de voyages a eu l’idée de transformer une formule mathématique pseudo-scientifique en slogan publicitaire.

Or cette année, manque de bol, Blue Monday coïncide avec mon anniversaire. Pis encore, selon une nouvelle étude du National Bureau of Economic Research, en Angleterre, c’est à 47 ans que l’on est le plus malheureux.

Vous me voyez venir : lundi, j’aurai 47 ans. Ce sera, si j’en crois la science comme la pseudo-science, la journée la plus déprimante de l’année… de l’année la plus déprimante de ma vie ! Quand ça va mal…

Si Blue Monday est un concept purement de marketing, il semble y avoir des fondements à l’affirmation que 47 ans est l’âge du pic de la déprime, de la tristesse et (ou) de la mélancolie chez l’être humain. La vie n’est pas qu’un long fleuve tranquille, mais une courbe du malheur, selon David Blanchflower, professeur d’économie à Dartmouth College. Le chercheur s’est intéressé à la corrélation entre l’âge et le bonheur, en étudiant des bases de données de 132 pays. Son échantillon de quelque 10 millions de personnes dans une quarantaine de pays occidentaux lui a permis de déterminer précisément à 47,2 ans l’âge le plus malheureux dans les pays développés (il est de 48,2 ans dans les pays dits en voie de développement).

Le professeur Blanchflower a retenu une quinzaine de facteurs pouvant servir d’indices de mesure du malheur, tels que l’anxiété, la solitude, la tristesse, la dépression, les craintes et les phobies, la perte de confiance et d’estime de soi, ainsi que le manque de sommeil. Il s’est aussi intéressé à la qualité de vie et à l’espoir d’une vie meilleure – bref, à l’avenir – avant de conclure que c’est à 47 ans que l’on semble avoir le sentiment le plus fort que le meilleur est derrière soi. Comme disent les Anglos : « It’s all downhill from here ! »

L’âge que j’aurai à compter de demain offre en effet, selon cet expert, le pire du mitan de la vie. C’est-à-dire cet entre-deux où les plaisirs insouciants de la jeunesse ont disparu et la sérénité de l’âge mûr n’a pas encore été atteinte. L’âge où l’on est à la fois témoin de sa propre déliquescence physique et inquiet, d’un point de vue professionnel, pour ses vieux jours. Su-per.

J’aimerais bien contredire monsieur le professeur, mais ma soudaine presbytie, mon embonpoint hivernal, mes maux de dos et la santé précaire de la presse écrite semblent lui donner raison. La bonne nouvelle, selon cette théorie qui mesure le cycle du bonheur d’une vie comme celui des heures d’ensoleillement d’une année, c’est que dans deux mois et demi, on me promet déjà des jours plus heureux !