Au cours de la dernière semaine, Pénélope McQuade, Lady Gaga et Ellen DeGeneres ont osé parler de périodes sombres ou de dépression dans leur vie. Des témoignages qui ont « un très grand impact », constate le directeur général de l’organisme Revivre. Voici jusqu’à quel point.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Quand Elizabeth Wurtzel a publié son livre Prozac Nation – Young and Depressed in America en 1994, elle était l’une des premières personnes à aborder le sujet – ultra tabou à l’époque — de la dépression. Après sa mort des suites d’un cancer mardi dernier, tous les journalistes ont souligné à quel point l’autrice avait libéré la parole d’une génération de jeunes qui souffraient en silence.

Vingt-cinq ans plus tard, les temps ont heureusement changé.

Aujourd’hui, nombreuses sont les personnalités qui osent dire publiquement qu’elles vivent avec la dépression ou des troubles anxieux.

Au cours de la dernière semaine, les témoignages se sont multipliés. Ellen DeGeneres a relaté à Julie Snyder la période noire qui a suivi sa sortie du placard dans les années 90.

La semaine dernière, l’animatrice Pénélope McQuade a publié un long message sur Facebook où elle a décrit des épisodes de sa vie où elle a souffert de dépression. « Le remède c’est peut-être en parler, a-t-elle fait valoir. C’est peut-être commencer par arrêter d’avoir honte. »

Le but de sa publication : faire œuvre utile et « mieux outiller l’entourage des gens autour de vous qui vivent ça en silence ».

Elle peut se dire : mission accomplie. « Très chère Pénélope, tu n’as pas idée à quel point tu fais en sorte que des milliers de personnes vont pouvoir utiliser tes mots, s’approprier de beaucoup d’entre eux et pouvoir enfin les faire résonner pour eux et leur entourage », a écrit une femme de Black Lake.

Pénélope McQuade a refusé toutes les demandes d’entrevue qui ont suivi, a-t-elle indiqué à La Presse. Et elle a précisé dans un deuxième message publié sur Facebook qu’elle allait bien. « Si je n’allais pas bien, je n’aurais pas pu pondre cette publication. »

Son témoignage a eu « un très grand impact », confirme Jean-Rémy Provost, directeur général de l’organisme Revivre. « Pénélope McQuade a réellement décrit ce que c’est de vivre au quotidien avec une dépression, explique-t-il. Les gens lui ont répondu massivement : c’est exactement cela que je vis. »

Revivre a relayé la publication de l’animatrice. Résultat ? « Un effet bœuf, dit M. Provost. Beaucoup de gens ont réagi. » « Une main tendue à ma quête de sens », a écrit une dame sous la publication.

Chaque témoignage comme celui de Pénélope McQuade est « un déclic et une bougie d’allumage » pour les gens qui souffrent en silence, souligne le directeur de Revivre. « Si une personnalité publique ose en parler, bien moi aussi et je vais trouver du soutien pour m’en sortir […] Il y a encore beaucoup de stigmatisation autour de la dépression, mais surtout beaucoup d’autostigmatisation. »

« Les témoignages brisent l’isolement », renchérit Florence K, qui a publié en 2015 le livre Buena vida, dans lequel elle parle d’un épisode dépressif majeur (depuis, elle a eu un diagnostic de bipolarité de type 2). 

« Souvent, les gens ne savent pas ce qu’ils sont en train de vivre, dit la chanteuse qui sortira un nouvel album le 14 février. Un témoignage vient valider ce qu’ils ressentent avec des mots qu’ils sont incapables de dire. Cela extériorise aussi la maladie. Souvent, les gens qui souffrent pensent que c’est eux, le problème. »

La responsabilité de réconforter

En 2007, Stefie Shock est devenu porte-parole de Revivre. Dans le mois suivant la conférence de presse que le musicien a donnée avec l’organisme, Revivre a vu le nombre d’appels qu’il reçoit augmenter de 40 %. « C’est énorme. Des gens nous disaient : c’est exactement ce que je vis », raconte M. Provost.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Stefie Shock

« En 2007, les gens parlaient peu de santé mentale », rappelle le chanteur.

Pour l’artiste, qui souffrait d’anxiété, cela allait de soi qu’il devait se rendre utile. Et « les centaines et les centaines » de témoignages qu’il a reçus par la suite lui ont donné raison.

« Encore récemment, j’étais au parc avec mon chien et une personne m’a reconnu et s’est mise à pleurer », dit-il.

Son rôle, au bout du compte ? « Réconforter des gens, et c’est une très belle responsabilité. »

Bell Cause pour la cause

Depuis 2010, de nombreux artistes, dont Stefie Shock et Florence K, s’associent à la journée Bell cause pour la cause, qui fêtera son 10e anniversaire le 29 janvier.

Quand nous avons parlé à Florence K, jeudi dernier, elle venait de publier un message sur Instagram en lien avec Bell cause pour la cause. « Cela fait une demi-heure et il y a déjà plein de commentaires. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE @FLORENCEKMUSIC

« Il y a huit ans j’étais admise à l’Hôpital juif de Montréal pour y être traitée en psychiatrie. J’y suis aujourd’hui pour un « examen de routine ». Je prend soin et je parle de ma santé mentale comme de ma santé physique. #pasdestigma #bipolaire2 »

Quand Florence K s’est retrouvée internée à l’hôpital en psychiatrie, il y a huit ans, elle ne se croyait pas malade. « C’est le témoignage d’une femme qui m’a fait comprendre ce que je vivais. Et accepter d’être malade, c’est accepter de pouvoir être soigné. »

Samedi dernier, Lady Gaga a aussi fait valoir l’importance de soigner sa santé mentale au même titre que sa santé physique. Elle a confié à Oprah Winfrey souffrir du syndrome post-traumatique à la suite de viols subis quand elle avait 19 ans. Elle a souligné qu’une thérapie l’avait aidée à gérer ce traumatisme.

Mais ce ne sont pas tous les gens dans le besoin qui ont accès à du soutien rapidement, souligne Jean-Rémy Provost de Revivre. « La prochaine étape ? Il faut arrimer le soutien pharmacologique, psychologique et social. Il y a encore un temps anormalement long dans le réseau public et les conséquences peuvent être très dramatiques. »

Les vedettes et la santé mentale

Étienne Boulay, Serena Ryder et Marie-Soleil Dion font aussi partie des nombreuses personnalités associées à Bell cause pour la cause.

Partout dans le monde, des vedettes parlent aujourd’hui de santé mentale. Chrissy Teigen et Adele ont révélé avoir souffert de dépression post-partum. Emma Stone et Zayn Malik ont enduré des crises de panique. Alanis Morissette a dû apprendre à vivre avec des troubles alimentaires.

L’auraient-ils déclaré publiquement il y a 25 ans ? Non, selon Florence K. C’était trop tabou. « Les risques étaient trop grands et trop réels pour leur carrière, expose-t-elle. Et on associait beaucoup la dépression, ou la “folie”, à la personnalité artistique. »

Les réseaux sociaux ont humanisé les artistes, ajoute Florence K, qui est par ailleurs en train de terminer une maîtrise en santé mentale. « Une personne peut se dire : si une femme forte comme Lady Gaga souffre, bien moi aussi. »

Ce qu’il faut maintenant ? « Des témoignages de présidents d’entreprise », souhaite Jean-Rémy Provost.

Le président du conseil d’administration de Revivre, l’entrepreneur Martin Enault, chef de l’exploitation du studio Felix & Paul, est l’une des rares personnalités d’affaires à s’être confiée sur son parcours de vie marqué par l’anxiété et la dépression. « Beaucoup de gens qui s’inscrivent dans nos ateliers d’autogestion disent que c’est grâce à Martin Enault », souligne le directeur général de Revivre.

Récemment, Florence K a donné une conférence aux employés de Rio Tinto Alcan. « Le président est venu me dire à quel point la santé mentale est importante pour lui. »

Conclusion ? « On a fait du chemin, mais il en reste encore beaucoup à faire. »

À quand un témoignage de politicien ?

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