Pour s’évader le temps d’une soirée, dans le confort de son foyer, pourquoi ne pas découvrir un pays en mangeant l’un de ses plats typiques devant un film qui nous y fait sentir ? Aujourd’hui, la suggestion d’accord « mets-film » de Pierre Emmanuel.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Quand Pierre Emmanuel visite sa sœur, à Philadelphie, il sait qu’à son arrivée, elle lui préparera du poisson haïtien en sauce accompagné de riz djon-djon. « Même quand j’arrive en Haïti, c’est avec ce plat qu’on m’accueille », dit M. Emmanuel, journaliste, politologue et poète montréalais.

C’est donc ce plat typique d’Haïti que le morning man de la radio CPAM 1410 nous suggère de cuisiner.

En Haïti, dit-il, le riz djon-djon – ou riz noir – est un riz des grands jours, un riz qu’on sert aux invités. Ce sont les champignons djon-djon, cultivés en Haïti, qui lui donnent sa couleur noire si typique. Le riz ne contient pas de morceaux de champignon : il est plutôt cuit dans l’eau de trempage des djon-djon.

Bien qu’il adore ce riz, Pierre Emmanuel n’a jamais vraiment voulu s’y attaquer. « Parce que c’était sacré, explique-t-il. Pas dans le sens mystique ou religieux du terme, mais dans le sens où ça se passait de mère en fille. Ma grand-mère faisait un bon riz djon-djon, ma mère, c’était un délice – elle est morte quand j’étais très jeune, mais je m’en souviens… » La recette de riz et de poisson de Pierre Emmanuel lui vient d’ailleurs de sa sœur.

> Consultez une recette de riz djon-djon

Pour le film, maintenant, Pierre Emmanuel a choisi Le goût des jeunes filles, adaptation cinématographique du livre de Dany Laferrière. C’est un film québécois réalisé par John L’Ecuyer, tourné en Haïti et sorti en 2004.

Le goût des jeunes filles nous transporte en 1971, dans un Haïti contrôlé par la dictature de Duvalier. Fanfan, 15 ans, vit avec une mère seule et protectrice. Une amitié rebelle entraînera l’adolescent dans une situation qui le forcera à se cacher. Et c’est auprès de la jeune Miki, qui vit dans le bordel de l’autre côté de la rue, que Fanfan trouvera refuge.

« Il y a plusieurs aspects intéressants que j’aime beaucoup dans ce film, dit Pierre Emmanuel. La partie sur la terreur du temps de la dictature est très bien représentée et toute la réalité haïtienne aussi. C’est la peur dans laquelle les gens vivent, c’est la pauvreté également dans les bas quartiers de Port-au-Prince. »

Pierre Emmanuel a été touché par l’humanité des femmes qui hébergent Fanfan et par la pudeur avec laquelle elles sont décrites. « C’est aussi une histoire magnifique, avec des acteurs qui jouent magnifiquement bien », conclut-il.