Mardi 15 décembre, les élèves de maternelle de Marie-Josée Larivière ont eu de la visite – un mot rarement utilisé cette année. Mamie Diane, la mère de leur enseignante, est apparue au tableau blanc interactif de leur classe pour conter La lettre au père Noël, paru aux éditions Nord-Sud.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Grâce à la Fée Technologie, Diane Lachapelle – dite Mamie Diane – n’est plus « confinée seule en zone rouge dans son logement », souligne sa fille. Elle se télétransporte auprès des enfants de l’école Arc-en-ciel de Sainte-Julie pour leur raconter une histoire. Comme Fanfreluche, qui fascinait ses filles à la télévision, quand elles étaient petites.

Les incursions en classe de Mamie Diane sont des moments précieux, à la fin d’une année éprouvante. François Larivière, son mari et le père de ses filles, a été emporté par la COVID-19 en mai, à l’âge de 78 ans. Diane Lachapelle a elle-même été infectée par le sournois coronavirus, dont elle s’est heureusement remise.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-JOSÉE LARIVIÈRE

Par visioconférence, Diane Lachapelle – dite Mamie Diane – lit des contes aux enfants de la classe des Grenouilles de l’école Arc-en-ciel de Sainte-Julie.

Il suffit d’entendre Mamie Diane s’adresser avec vivacité aux enfants du groupe des Grenouilles pour confirmer qu’elle est en forme. « Aujourd’hui, notre histoire ne se passe pas au Québec, explique-t-elle aux élèves réunis devant l’écran. Elle ne se passe pas non plus au Canada, elle se passe loin, loin d’ici, dans un pays qui s’appelle la Russie. »

Enseignantes de mère en fille

Il faut dire que Diane Lachapelle a été enseignante de 1961 à 2003, sauf pendant les années préscolaires de ses filles. « La danse, le chant, la musique et les livres, c’était mes dadas, décrit-elle. Marie-Josée n’est pas tombée loin de l’arbre. Je pense qu’elle a les mêmes priorités et les mêmes intérêts que moi. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Diane Lachapelle, qui vit seule depuis le printemps, marche régulièrement avec sa fille Marie-Josée Larivière. « On va se promener au bord du fleuve », dit l’enseignante de maternelle, qui suit aussi les pas de sa mère, professionnellement.

« On est enseignantes à la maternelle de mère en fille », résume Marie-Josée Larivière, en poste depuis 1993. Passionnée de livres jeunesse, elle lit au moins une histoire par jour à ses élèves. D’où l’idée de demander à sa mère de se faire conteuse par l’entremise de la visioconférence, une expérience répétée plusieurs fois cet automne.

L’heure du conte virtuelle, « c’est agréable pour les enfants, constate Marie-Josée Larivière. Ce n’est pas juste une expérience littéraire, c’est une expérience intergénérationnelle, sociale. »

Bénéfices démontrés

« C’est une belle initiative, vraiment intéressante », estime Chantal Viscogliosi, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. « Lors d’activités intergénérationnelles, il y a des bénéfices de part et d’autre », indique-t-elle. Pour les aînés, c’est une excellente façon de briser l’isolement. C’est un bel accomplissement : ils transmettent leurs expériences, leurs connaissances, ils sont actifs. Il est aussi démontré que ça améliore l’estime de soi, à la fois des aînés et des jeunes. » Autre impact positif : les activités intergénérationnelles font baisser les préjugés envers les autres générations.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Je voulais transmettre notre expérience en classe, parce que ça fait du bien, observe Marie-Josée Larivière. On ne peut pas toujours vivre dans la morosité. »

Je voulais transmettre notre expérience en classe, parce que ça fait du bien. On ne peut pas toujours vivre dans la morosité.

Marie-Josée Larivière

« Ça me fait du bien, ça me sort de mon propre deuil et ça fait participer les enfants », fait valoir Marie-Josée Larivière, qui a contacté La Presse pour partager cette initiative. Gros hic : avec le coronavirus qui rôde, il était interdit d’entrer dans l’école. La Presse a donc assisté à la lecture du conte… dehors, derrière la fenêtre de la classe de maternelle, heureusement située au rez-de-chaussée de l’école. La vue était bonne, le son correct et les émotions palpables ; seul le chauffage laissait à désirer. Vu la rareté des spectacles, on n’allait pas chipoter.

« Joyeux Noël, Mamie Diane ! »

Après la lecture du conte, grelots en main, les enfants ont chanté deux airs de Noël à Mamie Diane, qui les a accompagnés. Marie-Josée Larivière prépare d’ailleurs une vidéo de chants de Noël interprétés par ses élèves, destinée à des CHSLD. Diane Lachapelle fait aussi du bénévolat sans sortir de la maison : elle a écrit 65 cartes de Noël aux résidants de l’hôpital de LaSalle, où elle habite.

« La vie continue, observe Diane Lachapelle, très émue au téléphone, en après-midi après sa prestation. Le vaccin est là, on espère qu’il va rétablir les choses. Parce que ce n’est pas vivable, comme ça… »

En classe, Mamie Diane a terminé sa visioconférence en s’exclamant : « Joyeux Noël, les petites Grenouilles. Je vous aime ! » Un élève a aussitôt répondu : « Joyeux Noël, Mamie Diane ! »