En 2019, l’Islandais Andri Snær Magnason, poète, dramaturge, essayiste et cinéaste, a été appelé à rédiger la plaque commémorative du glacier Ok, le premier d’Islande à perdre son statut de glacier en raison de sa fonte1. Il a choisi d’y écrire une « lettre au futur ». Dans son plus récent essai Du temps et de l’eau, c’est au présent qu’il s’adresse, parce que le futur, c’est demain. Voici cinq raisons de lire ce livre, sorti cet automne en 26 langues.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Pour le récit avant les faits

Cela commence avec le titre : Du temps et de l’eau (On Time and Water en anglais). C’est bel et bien un livre sur les changements climatiques. Mais pas le 100e que vous aurez lu sur le sujet, s’il s’avère que le sujet vous intéresse. Étant d’avis que le langage employé par les journalistes et les scientifiques ne permet pas de déclencher l’action, Andri Snær Magnason tente une autre approche. « Au lieu des ours polaires, j’utilise ma grand-mère », a-t-il résumé dans une balado du magazine en ligne Emergence. Sa grand-mère et son grand-père ont passé leur lune de miel sur le plus grand glacier d’Islande. Un glacier qui, comme les autres qui recouvrent une partie du pays, pourrait disparaître d’ici 200 ans. C’est donc sur les glaciers, au cœur de la littérature islandaise, en Inde avec le dalaï-lama ou aux côtés de son oncle John, herpétologue et sauveur des crocodiles, que l’auteur nous transporte et nous accroche en racontant les changements climatiques d’une manière inédite.

Pour penser le temps différemment

PHOTO ARI MAGG, FOURNIE PAR XYZ

Andri Snær Magnason

Le temps est au cœur du récit. Un concept, reconnaît l’auteur, « compliqué à appréhender » bien que nous mesurions son écoulement sur une échelle linéaire. Que des scientifiques prévoient une série de catastrophes naturelles en 2100 si rien n’est fait, cela nous semble bien loin. Pourtant, à l’échelle d’une grand-mère, l’unité de mesure utilisée par Andri Snær Magnason, c’est bien peu. « Le temps passe si vite que Jésus-Christ est né il y a seulement 21 grands-mères, écrit-il. Elles pourraient toutes s’asseoir dans un seul bus, et on pourrait même ajouter les grands-pères. » 2100 équivaut donc à un peu moins d’une grand-mère au Canada, où l’espérance de vie est de 83,9 ans pour les femmes.

Pour l’effort de vulgarisation

À travers son récit, l’auteur, qui a mené de nombreuses entrevues avec des scientifiques, aborde plusieurs enjeux liés aux changements climatiques et à la perte de la biodiversité : la fonte du pergélisol, la disparition des glaciers, la hausse du niveau de la mer et l’acidification des océans, notamment. Après la lecture, vous pourrez vous aussi aborder des sujets autres que la COVID-19 au réveillon et expliquer en quoi l’échelle algorithmique utilisée pour mesurer le pH des océans nous empêche de bien saisir l’ampleur du problème. Ou pas.

PHOTO JÉRÉMIE RICHARD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une plaque commémorative a été dévoilée le 18 août 2019 près du glacier Okjokull, le premier disparu à la suite du réchauffement climatique dans l’ouest de l’Islande.

Pour les sages paroles du dalaï-lama

Andri Snær Magnason a eu la chance de rencontrer le dalaï-lama à deux reprises : une fois au cours de sa visite en Islande, en 2009, et l’année suivante, en Inde, où le leader spirituel s’est réfugié. L’auteur publie la transcription de ses entretiens où ils ont parlé d’environnement, bien sûr, mais aussi de politique et d’humanisme. Croyant que l’inaction mènera aux « pires dangers », le dalaï-lama en appelle aux humains : « Nous sommes 7 milliards de Terriens à compter sur la nature. Nous devons le reconnaître et l’accepter. »

Pour voyager

Mine de rien, malgré l’apparente lourdeur du sujet et le fait qu’on se perd un peu parfois dans l’avalanche de noms islandais, Du temps et de l’eau permet de s’évader, de se transporter au cœur des glaciers, de sentir leur froideur, leur magnificence et leur fragilité, de voyager à travers la poésie et la mythologie nordique. Le livre commence dans une grande lenteur, mais se clôt dans l’urgence. Celle d’agir.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS XYZ

Du temps et de l’eau, d’Andri Snær Magnason

1 Une lettre au futur : « Ok est le premier glacier islandais à perdre son statut de glacier. Au cours des 200 prochaines années, tous nos glaciers sont appelés à suivre la même voie. Ce monument est pour reconnaître que nous savons ce qui arrive et ce qui doit être fait. Seulement vous savez si nous l’avons fait. »
Août 2019
415 ppm CO2

Du temps et de l’eau, d’Andri Snær Magnason, aux Éditions XYZ, 386 pages.