La pratique soutenue d’un sport entre l’âge de 6 et 10 ans diminue de 10 % les comportements associés au TDAH chez les filles à la veille de l’entrée au secondaire, souligne une étude menée par Linda Pagani, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. En revanche, aucun effet semblable n’est décelable chez les garçons.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

L’étude se base sur des données de l’Institut de la statistique du Québec concernant une cohorte de 991 filles et de 1006 garçons nés entre le printemps 1997 et celui de 1998. S’appuyant sur des questionnaires remplis par les parents et les enseignants, les chercheurs ont analysé les liens pouvant exister entre la pratique d’un sport au début du primaire et la prévalence des comportements associés au TDAH à l’âge de 12 ans, que l’enfant ait été diagnostiqué ou non.

« On a pu regarder à l’aide d’analyses statistiques assez importantes l’influence de la participation à un sport [organisé] de façon constante et voir si elle est associée à une réduction des comportements comme l’hyperactivité, l’impulsivité et l’inattention », précise la chercheuse. Conclusion ? Il existe un écart significatif entre les filles qui pratiquent un sport et les autres, mais la même chose ne s’observe pas chez les garçons.

Les effets bénéfiques du sport existent aussi pour les garçons, mais ne ressortent pas dans les analyses parce qu’ils sont estompés par d’autres facteurs, expose la chercheuse. Entre autres parce que les garçons, particulièrement ciblés par la lutte contre le décrochage scolaire, sont en général scrutés plus jeunes que les filles et reçoivent un diagnostic plus tôt s’ils ont un TDAH. Ils bénéficient donc d’un encadrement supplémentaire plus tôt dans leur parcours scolaire.

Les garçons sont plus moteurs, alors dès qu’ils gigotent un peu plus que les autres, ils sont identifiés, mais les filles, ça prend plus d’efforts. Les attentes [envers elles] sont différentes et elles sont moins motrices.

Linda Pagani, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Cette différence dans les façons d’intervenir auprès des filles et des garçons expliquerait le fait que les bénéfices que celles-ci tirent de la pratique d’un sport sont plus marqués.

« Il faut absolument qu’on valorise le sport parascolaire, juge Linda Pagani. Il ne s’agit pas seulement de donner un ballon à l’enfant et de lui dire de jouer dans la cour. Ça vient avec des instructeurs pour que l’enfant apprenne la vie en groupe, la coopération, l’écoute des consignes. » Apprendre ces choses de manière ludique est « idéal » pendant l’enfance, selon elle.

La chercheuse juge qu’il faut repenser l’organisation des services de garde. « S’il y a assez de place pour jouer au ballon, il y a assez de place pour prendre de petits groupes et dire : on va jouer à un jeu, voici comment jouer, pour encourager le contrôle de soi », dit-elle.

Le net avantage du sport structuré – qu’il soit individuel ou pratiqué en équipe – est de permettre aux enfants de développer l’attention, la persévérance et les relations sociales, entre autres, dans un contexte de jeu.

Ces compétences sont transférables et influencent de manière favorable d’autres sphères de leur vie. Étant donné que la pratique d’un sport en bas âge diminue les comportements associés au TDAH de manière significative chez les filles, la chercheuse croit important de la valoriser auprès de ces dernières.