Le bois, le feu, la nuit, les étoiles et la pluie. Ça change une vie, qu’on dit. Pour tous les campeurs en deuil cet été, la saison ayant été annulée, plusieurs se souviennent. Et se racontent.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Simon Guertin, 22 ans

Camp de vacances Lac Simon
Moniteur depuis 2015

Mamadi Kaba, 16 ans

Camp de vacances Lac Simon
Campeur de 2015 à 2019

Ils sont arrivés au camp la même année, en 2015 : Mamadi Kaba comme campeur, Simon Guertin comme moniteur. Dans leur sac à dos respectif, des expériences de vie bien différentes, comme c’est toujours le cas au camp de vacances Lac Simon. Car ici, les campeurs viennent tous de milieux défavorisés du Sud-Ouest de Montréal, en particulier de Pointe-Saint-Charles et du Centre-Sud. Ils sont accueillis gratuitement pour vivre pendant 15 jours la vie de groupe en pleine nature. Les moniteurs ? Ce sont pour la grande majorité des élèves du collège privé Jean-de-Brébeuf qui viennent donner de leur temps.

Simon Guertin le dit d’emblée : ses deux semaines de bénévolat à l’été 2015 ont changé le cours de sa vie. « Avant, je voulais étudier aux HEC et travailler dans le monde des affaires. Au camp, j’ai trouvé ma vocation. J’ai réalisé que je voulais travailler avec ceux qui n’ont pas eu les mêmes chances que moi. »

Il a découvert sur les rives du lac Simon des réalités qu’il ne voyait « que dans les films. » « Chez eux, les campeurs ne mangent pas toujours trois fois par jour : certains ont des grosses responsabilités familiales et doivent contribuer pour payer le loyer de leurs parents. » Pour ce jeune qui a grandi dans un milieu aisé, le choc est sismique. « Autour de moi, les gens étudient surtout en droit, en médecine, en génie. Les campeurs m’ont ouvert à une autre réalité. J’ai décidé de consacrer ma vie aux jeunes et d’étudier en psychoéducation. »

PHOTO FOURNIE PAR SIMON GUERTIN

Simon Guertin en compagnie d’un jeune campeur du camp de vacances Lac Simon

Pendant deux étés, Simon Guertin a partagé sa tente de groupe avec un garçon allumé et sportif : Mamadi Kaba. Deuxième d’une famille de quatre enfants, né de parents originaires de la Guinée, Mamadi avait 10 ans quand il a mis les pieds pour la première fois au camp. Pour lui aussi, c’est une révélation.

« Au camp, on passe nos journées dans le bois, loin de l’internet, en groupe. On a toujours quelque chose à faire. Ça m’a permis d’apprendre à mieux m’organiser, à me structurer. Ça m’aide dans la vie de tous les jours, comme à l’école. Le camp m’a beaucoup changé… »

Pour cet athlète passionné de soccer et de football, le camp est devenu comme une deuxième famille. Il a gardé contact avec certains moniteurs, comme Simon, avec qui il partage de temps à autre un café. « On jase, il me donne des conseils de vie… » Son ancien moniteur l’a même aidé à rédiger son premier curriculum vitæ, en plus de lui offrir du soutien pour ses démarches d’emploi.

PHOTO FOURNIE PAR MAMADI KABA

Mamadi Kaba, alors qu’il était campeur

Dès qu’il le peut, Mamadi Kaba « monte au camp » pour donner un coup de main. Cet été, il a aidé à rénover des infrastructures, à installer une galerie sur un des bâtiments. « Chez moi, je faisais un peu de construction, mais au camp, ils m’apprennent à manier des outils vraiment dangereux ! » Une graine a peut-être été semée, qui sait ? « Si je ne fais pas carrière dans les sports, comme je voudrais, la construction pourrait être un bon projet de carrière. »

Chose certaine, il veut continuer de s’impliquer dans ce camp qui lui a tant donné. « Je veux que d’autres jeunes vivent la même chose que moi et même mieux. Je veux qu’ils en profitent : ça passe tellement vite. Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est retourner au camp ! »