Le bois, le feu, la nuit, les étoiles et la pluie. Ça change une vie, qu’on dit. Pour tous les campeurs en deuil cet été, la saison ayant été annulée, plusieurs se souviennent. Et se racontent.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Marie Lachance, 17 ans

Camp Tekakwitha

Campeuse de 2011 à 2019

« Je n’ai jamais autant pleuré de toute ma vie. »

La dernière journée de Marie Lachance au camp Tekakwitha n’en a pas été une de réjouissances. Après neuf années comme campeuse, elle devait dire adieu au camp où elle passait chaque été un mois entier loin de chez elle. Les amis, la nature, les animateurs, les nuitées dans des cabines de groupe, les baignades matinales dans le lac glacé, les longues randonnées sur le sentier des Appalaches… « Je savais que plus jamais je n’allais vivre quelque chose comme ça. »

Vrai, à 16 ans, ses années de campeuse étaient derrière elle, mais dès son retour chez elle, à Gatineau, elle n’avait eu qu’une envie : retourner dans ce camp francophone situé dans le Maine, cette fois comme employée. Et c’est ce qui aurait dû arriver cet été si la pandémie n’était pas venue tout gâcher. « J’ai été engagée pour être marmiton, c’est-à-dire travailler dans les cuisines, laver la vaisselle… J’avais bien hâte, même si laver de la vaisselle, ça n’a pas l’air super le fun pour tout le monde ! »

J’avais l’impression que je serais payée pour être en vacances, même si je devais bien faire mon travail. C’est certain que je postule de nouveau l’an prochain.

Marie Lachance

En attendant, l’adolescente de 17 ans doit passer tout l’été à la maison, une première pour celle qui fréquente le camp depuis ses huit ans.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE LACHANCE

L’été est long pour Marie Lachance, puisqu’elle ne peut travailler au camp comme prévu.

« C’est long ! Au camp, un mois, ça passe tellement vite ; on dirait que ça dure deux jours. Il va vraiment falloir que je me trouve quelque chose à faire. Le problème, c’est que mes amis de Gatineau n’aiment pas vraiment le camping. Je partage cette passion avec mes amis du camp, mais ils habitent partout au Québec. Certains campeurs viennent aussi des États-Unis ou du Canada pour y apprendre le français. »

Elle appréciait de se retrouver ainsi entourée de jeunes de tous les horizons. « Ça me sortait de ma vie de tous les jours. Ça fait du bien parfois de sortir de sa ville, de sa gang… »

PHOTO FOURNIE PAR MARIE LACHANCE

Marie Lachance (troisième à partir de la gauche) et ses « amies du camp » sur le sentier des Appalaches

C’est aussi au camp Tekakwitha qu’elle s’est découvert une passion pour la longue randonnée. À 14 ans, elle est partie avec son groupe pour une expédition de huit jours sur le sentier des Appalaches. À 15 ans, la randonnée s’est étirée à 10 jours. À 16 ans, comme apothéose de ses années de campeuse, elle a sillonné le sentier pendant 17 jours, sur plus de 170 km.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE LACHANCE

Les amis, la nature, les animateurs, les nuitées dans des cabines de groupe, les baignades matinales dans le lac glacé, les longues randonnées sur le sentier des Appalaches… Marie Lachance s’ennuie de ses étés passés au camp Tekakwitha.

Le ravitaillement à mi-parcours — « où on recevait des bobettes propres ! » – et le repas préparé par l’équipe du camp pour l’occasion — « enfin quelque chose qu’on ne mangeait pas depuis 10 jours ! », les points de vue spectaculaires, la razzia de bonbons effectuée dans un dépanneur situé sur le trajet en fin de parcours, la baignade une fois le campement installé. Les souvenirs sont nombreux, foisonnants.

Que du beau, comme si les lunchs au « gâteau pion » (« un gâteau dur, mais super nourrissant, qu’on mangeait presque tous les jours en randonnée ») étaient les plus grands festins qu’on puisse imaginer. Des souvenirs assez beaux pour que laver de la vaisselle tout un été puisse ressembler à des vacances…