Leur fin d’année a été avortée. Et leur été sera sans nul doute chamboulé. Qu’en pensent les principaux intéressés ? Nous les avons croisés dans des parcs aux quatre coins de la ville pour leur poser la question.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Gabriel Hubert, 14 ans, et Cédric Descollines, 17 ans

Gabriel et Cédric sont cousins. Gabriel vit dans Parc-Extension alors que Cédric demeure dans Saint-Léonard. Nous les avons croisés en train de jouer au basketball au parc Jarry. « J’étudie dans le système français, indique Gabriel. Je termine mon secondaire quatre. Mon confinement s’est bien passé avec mon frère et mes parents. Mais c’est dommage, car ma saison de basket est annulée. Mon équipe était classée au premier rang avant les playoffs, mais nous allons revenir encore plus forts l’an prochain. Cet été, j’avais aussi deux gros camps de basket avec beaucoup d’opportunités pour me faire voir. Mais Dieu a un plan pour tout le monde et chaque chose vient en son temps », indique-t-il.

« Mon équipe aussi devait aller aux playoffs, poursuit Gabriel. J’ai terminé ma deuxième session au cégep. J’étudie en cinéma. Tout au long du confinement, j’ai respecté les consignes, mais je commence à déconfiner un peu comme tout le monde. Je suis de nature à rester chez moi, donc je n’étais pas trop frustré, mais je trouvais cela difficile de ne pas voir des amis. Je ne sortirai pas comme je voulais cet été, mais ce ne sera pas un été raté. Je voulais chercher un emploi, mais là, je n’ai pas trop envie d’être à risque et de m’empêcher encore plus de sortir. Heureusement, il y a le basket. Dès que je le peux, je vais au parc. J’ai écouté la série The Last Dance avec les Bulls de Michael Jordan. Mais je préfère encore LeBron James. »

Grande déception : les deux cousins et leur famille ne pourront pas aller en Haïti cet été comme prévu. « C’était pour fêter les 80  ns de notre grand-mère, souligne Gabriel. Heureusement, elle est en bonne santé. » « Je devais aussi aller à Miami », ajoute Cédric.

Alexie Arcand-Lawlor, 16 ans, collège Mont-Saint-Louis

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Alexie Arcand-Lawlor

« Ce qui était stressant avec le confinement, c’est de ne pas savoir quand cela allait finir. Mais cela m’a apporté beaucoup mentalement de faire une pause dans ma vie et de réfléchir. Je me suis rapprochée de mon petit frère de 13 ans. Il faut essayer de voir le bon côté des choses. J’aimerais avoir un été normal, mais je ne peux rien y faire. Beaucoup de mes plans d’été sont annulés. Je devais faire un échange étudiant pour apprendre l’anglais et faire du bénévolat au Nouveau-Brunswick. Là, je garde et je suis allée déposer des CV pour travailler […] Je suis soulagée d’être en secondaire quatre et ne pas rater mon bal de finissants, mais je manque quand même des mois qui auraient été l’fun. C’était une belle année. »

Julie Métri, 15 ans, collège Reine-Marie

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Julie Métri

« Le confinement est long, mais avec le temps, je me sens mieux et c’est ce qui est mieux pour tout le monde. Cet été, je comptais aller à la plage et au parc. Des trucs normaux… Je voulais aussi travailler, mais je travaille dans les piscines intérieures et ce sera difficile de respecter la distanciation. Je suis monitrice. Je donne des cours aux enfants et j’aime vraiment cela. Je voulais économiser de l’argent pour m’acheter des trucs qui me seront utiles à l’école. J’essaie donc de trouver un autre emploi, peut-être dans une épicerie […] J’ai deux sœurs. L’une de 21 ans et l’autre de 24 ans. Depuis le 1er juin, j’ai des cours virtuels à l’école chaque matin. Le plus difficile, c’est d’apprendre de la nouvelle matière à distance sans pouvoir poser des questions comme d’habitude. »

Jean Boucher, 15 ans, école secondaire Georges-Vanier

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Jean Boucher

« Cet été, je compte aller à mon chalet à Saint-Gabriel. Ce sera plus difficile de voir mes amis, mais je vais essayer d’avoir un bel été. En attendant, j’ai des cours à distance avec l’école. C’est plus difficile qu’en classe, mais il faut rester positif. Au début, j’étais content que l’école arrête, mais à un moment donné, tout l’aspect social de ne pas voir mes amis me manquait. C’était aussi bizarre de passer toutes mes journées avec ma mère et ma sœur. Je passe l’année avec mes amis donc c’est difficile de ne pas les voir longtemps. Se texter, ce n’est pas pareil. Là, avec le beau temps, ça fait du bien d’aller dehors. J’ai un TDAH, donc c’était difficile pour moi de rester tout le temps à l’intérieur. Je joue au hockey et j’ai trouvé cela difficile que ma saison soit annulée. Je suis Bantam AA Montréal Élite. »

Émilie Karazivan, 15 ans, école secondaire Louis-Riel

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Émilie Karazivan

« Je n’avais pas de voyage de prévu cet été, alors pour moi, ça ne change pas grand-chose, raconte la jeune fille, rencontrée au skatepark du parc Père-Marquette. Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire. Probablement juste du skate et puis voir mes amis. J’ai l’habitude d’aller beaucoup à la piscine, mais elle ne sera peut-être pas ouverte. » Elle ne cache pas avoir trouvé le début du confinement assez difficile sur le moral. « Oui, surtout au début. Je ne voyais pas beaucoup de monde et ça a affecté un peu ma santé mentale. […] Je me sentais seule et un peu dépendante à mon cellulaire. Je ne faisais pas grand-chose. […] Là, ça se déconfine tranquillement, alors je peux voir mes amis. C’est sûr, moins qu’avant. Mais ça me fait du bien. Je me sens un peu mieux… »

Florence Tremblay, 15 ans, collège Ville-Marie

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Florence Tremblay

« Je devais aller dans un camp de vacances deux semaines cet été. Ça a été annulé. C’est vraiment plate. En plus c’était ma dernière année. Je ne pourrai pas y retourner. […] C’est dommage. Je comprends que c’est la pandémie, mais d’un point de vue personnel, c’est vraiment plate quand même », raconte la jeune fille, croisée au parc Laurier. Elle note qu’on juge un peu sévèrement les adolescents. « Les gens que je côtoie sont tous bien informés. On a dit qu’on ne comprenait rien de la situation et qu’on prenait des risques. Mais ce n’est pas vrai ! On porte des masques. On respecte les deux mètres. On a pris toutes les précautions. C’est tout nouveau qu’on voie des personnes. On a fait super attention. Et même là, on ne se touche pas ! »

Philippe Roy, 13 ans, école secondaire Louise-Trichet

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Philippe Roy

« Je planifiais m’acheter une passe pour La Ronde, alors vu que c’est annulé [rappelons que La Ronde attend toujours l’autorisation de Québec pour rouvrir, et que si réouverture il y a, les visiteurs devront réserver leur journée], je vais passer tout l’été au skatepark, raconte le garçon, rencontré en patins à roues alignées au skatepark Préfontaine, dans Hochelaga-Maisonneuve. J’ai été vraiment déçu, j’avais mon été tout planifié : j’allais aller à la Ronde, j’allais aussi m’acheter une passe pour la plage Jean-Doré, et j’étais supposé aussi aller chez mes grands-parents. Mais je ne pense pas pouvoir. […] Alors ça va me permettre d’aller dans tous les skateparks où je ne suis jamais allé ! » Il signale au passage que les lieux pour « traîner » pour les jeunes de son âge sont bien peu nombreux en ville : « Il y a les parcs avec des modules, mais c’est interdit aux plus de 12 ans, et ils sont un peu surveillés… »