Soit, les 10 dernières semaines n’ont pas été de tout repos. Mais au-delà du stress, au-delà des bouleversements, des moments de beauté se sont greffés au quotidien des familles confinées. La semaine dernière, La Presse a fait appel à vous, lecteurs, pour connaître les moyens que vous avez trouvés pour adoucir votre quotidien, et ce que vous aimeriez en garder une fois que toute cette crise sera derrière nous. Voici ce que vous aviez à dire.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Trouver du beau, chaque jour

Denise Leduc a sorti la vaisselle des grands jours, celle qu’on laisse dans le buffet de peur d’en casser une pièce. Elle a sorti aussi la coutellerie reçue en héritage et les nappes brodées, celles qu’on a peur de tacher.

Chez Denise Leduc et son mari Patrick O’Donoughue, à Longueuil, chaque repas est désormais servi comme dans un grand restaurant.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Denise Leduc et son mari Patrick O’Donoughue jardinent dans leur cour, à Longueuil.

« J’ai décidé d’apporter des changements dans notre vie dans le but d’éviter la panique, la peur, la crainte d’être malade et de perdre des êtres chers », nous dit Denise Leduc, enseignante retraitée en arts visuels.

Oui, au début de cette pandémie, Denise Leduc a eu peur. Peur que son fils de 29 ans reste coincé au Japon ou ne tombe malade. Peur que son mari, en attente d’une opération, n’en souffre lui aussi. « On a perdu une fille à l’âge d’un an et demi. Quand tu as perdu un enfant, tu as toujours peur de perdre, dit Denise. Il fallait apporter du beau, du bon. »

Denise, qui fait les courses une fois tous les 12 jours, prend plaisir à rapporter de petites surprises à la maison : croustilles, nouveau vin, serviettes de table colorées, fleurs…

Chaque jour, Denise et Patrick, qui fait du télétravail à temps partiel, tâchent de faire quelque chose de beau, lentement, et d’en profiter. Ils jardinent, découvrent de nouvelles musiques, cuisinent de nouvelles recettes, feuillettent des livres, prennent le thé au soleil, vont marcher avec le chien.

« Je ne sais pas pourquoi on ne le faisait pas avant, mais là, depuis deux mois, on le fait. Ces habitudes-là sont prises. Et elles vont rester », croit Denise Leduc.

Un début de soirée festif

C’était au début du confinement, la température à l’extérieur était moche. Voyant que son fils Philémon, 6 ans, avait besoin de se défouler, Jean-Pierre Pâquet a eu l’idée de dépoussiérer un jeu de baby-foot.

PHOTO FOURNIE PAR VÉRONIQUE GAGNON

Jean-Pierre Pâquet et son fils Philémon, en pleine partie de baby-foot

Il lui a fait une place de choix au sous-sol. Il a installé des éclairages festifs et mis de la musique entraînante. Ce soir-là, Jean-Pierre, sa conjointe Véronique Gagnon et leur fils unique ont joué une partie de baby-foot endiablée, tous ensemble, dans les rires et la compétition.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Véronique Gagnon, Philémon et Jean-Pierre-Pâquet

Philémon a, comment dire… accroché. « Tous les soirs, il nous le demande, résume sa maman. C’est son moment de fête. »

En fait, précise-t-elle, toute la famille y trouve son compte. « Ça nous défoule nous aussi. Pendant une trentaine de minutes, on se concentre sur notre partie, on ne pense pas à autre chose », dit-elle.

Quand la COVID-19 s’en ira et que la routine habituelle reprendra, le temps manquera pour maintenir cette habitude chaque soir. Véronique en est consciente. « Mais si ça revient une fois de temps en temps, ça nous reconnecterait avec cet aspect festif qu’on n’avait peut-être pas avant le confinement, dit la Montréalaise. Déjà, ça, je trouverais ça bien. »

Le bonheur des moments de solitude

Deux jours par semaine, Michel Pouliot fait du bénévolat dans une banque alimentaire du centre-ville de Québec. Le reste du temps, il est chez lui, seul. Est-il malheureux ? Non. Au contraire, il aime cette solitude retrouvée.

PHOTO FOURNIE PAR MICHEL POULIOT

Michel Pouliot pendant son bénévolat dans un comptoir alimentaire du centre-ville de Québec

Michel médite, peint, écrit, fait du tai-chi. « J’accepte que c’est ce que j’ai à vivre, je n’ai pas besoin de lutter contre ça », résume l’homme de 65 ans, qui souligne la chance qu’il a de pouvoir manger trois repas par jour.

PHOTO FOURNIE PAR MICHEL POULIOT

Michel Pouliot, chez lui à Québec, devant la table sur laquelle il peint

« Je suis quelqu’un qui reçoit beaucoup et qui est beaucoup reçu, dit ce retraité du domaine de l’éducation. Je fais bien des affaires. Mais là, tout ça arrête, et ça me donne une liberté. Il n’y a plus de cette obligation-là à faire. Ce n’est pas que je n’ai pas le goût de revoir mes amis ; j’ai le goût de les revoir. Mais ce que j’aimerais garder de tout ça, c’est de prendre le temps. »

À trois, collés dans un lit à une place

Chaque jour, vers 12 h 45, Marie Côté et son amoureux Pascal Morin accompagnent leur fils Arnaud, trois ans et demi, dans sa chambre. Marie et Pascal s’installent de part et d’autre d’Arnaud, dans son petit lit. Ils lui lisent un livre. Puis, ils ferment la lumière et leurs paupières.

Arnaud – qui est l’instigateur de la tradition – s’enveloppe sous sa couverture, bien au chaud entre papa et maman.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE CÔTÉ

Marie Côté, son conjoint Pascal Morin et leur fils Arnaud

« On le flatte doucement. Des fois, mon conjoint et moi, on se jette un regard par-dessus notre garçon, et on est juste bien dans l’instant présent », dit Marie, qui y voit presque une forme de méditation.

Après ces moments de douceur, un parent retourne au télétravail, laissant à l’autre le soin d’accompagner Arnaud jusqu’à ce qu’il s’endorme.

Les dernières semaines n’ont pas été toujours faciles, souligne Marie Côté, de Sherbrooke. « On a beaucoup de montagnes russes, mais on s’accroche à ce petit moment-là », dit-elle, soulignant qu’en temps normal, Arnaud est au CPE et qu’elle et son conjoint travaillent à l’extérieur.

Si Marie Côté souhaite conserver quelque chose de tout ça, c’est la possibilité de faire du télétravail, à temps partiel.

Un nouvel emploi à 66 ans

Son bonheur de confinement, Michael Peters l’a trouvé… à trois minutes à pied de chez lui. À 66 ans, ce Montréalais à la retraite s’est fait embaucher comme commis à la pharmacie du coin, lui qui n’avait pas du tout prévu de retourner travailler.

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Michael Peters s’est fait embaucher comme commis à la pharmacie du coin.

Michael Peters se demandait ce qu’il pourrait faire pour s’impliquer quand il a entendu, aux nouvelles, que les pharmaciens étaient débordés. Il n’a fait ni un ni deux et s’est présenté à sa pharmacie, où il a été embauché.

« J’ai été une journée sur le plancher, puis j’ai abouti au laboratoire, en arrière, à préparer les commandes », dit Michael Peters, qui aime beaucoup ses nouveaux collègues. Son rôle : réunir les médicaments préparés par les pharmaciens et les articles que les commis de plancher lui apportent, et facturer le tout aux clients.

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Le Montréalais de 66 ans à la retraite se demandait ce qu’il pourrait faire pour s’impliquer quand il a entendu, aux nouvelles, que les pharmaciens étaient débordés.

« Si je ne faisais pas quelque chose en temps de pandémie, je ne me sentirais pas bien, dit-il. Ça contribue à apaiser mon sentiment d’impuissance. »