Alors que certains pessimistes prévoient une hausse des divorces au cours des prochains mois, le confinement aurait un autre effet, contraire : une augmentation des demandes de fiançailles. Pendant ce temps, de nombreux couples québécois devant se marier cette année en sont à évaluer leurs options.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Chez Ecksand, une entreprise montréalaise spécialisée dans la fabrication de bagues de fiançailles et autres bijoux éthiques et écoresponsables, la propriétaire Erica Bianchini remarque ces temps-ci une hausse des demandes pour les bagues de fiançailles.

« Si on compare au même moment l’an dernier, c’est vrai qu’on a plus de demandes. Ça peut sembler bizarre, mais je crois que la COVID-19 peut rapprocher les gens sous le même toit. C’est une façon de montrer que, même en temps incertains, on est certains de l’amour qu’on porte à notre partenaire », analyse-t-elle.

Myriam Elie, fondatrice et designer de la marque de bijoux MYEL, observe également que, si les ventes sont généralement « au ralenti », temps de pandémie oblige, « c’est vrai que, en proportion, les bagues de fiançailles en ligne sont en augmentation ». « Je ne me m’attendais pas à ça en temps de confinement ! », ajoute-t-elle.

Questionnée à ce sujet, la Maison Birks, qui a mis sur pied un service de conciergerie à distance pour répondre à sa clientèle en période de crise, confirme également la tendance. « Les bagues de fiançailles demeurent très en demande malgré la fermeture de nos boutiques. […] En raison de ce vif intérêt, une sélection de bagues de fiançailles en diamants parmi notre vaste collection sera dévoilée sur [notre site web] dans les prochaines semaines afin de répondre plus précisément à la demande actuelle et offrir directement l’achat en ligne », explique Katie Reusch, chef principale, marketing et communications, pour la Maison Birks.

Bien ensemble

Laurence Godcharles a reçu la grande demande à la mi-mars, alors qu’elle se trouvait avec son copain Alexandre Archambault en… Floride. Le couple avait décollé une journée avant que tombe l’interdiction de voyager. Ensemble depuis trois ans, ils avaient parlé souvent de leur projet de se marier, mais Alexandre cherchait le « moment parfait ». Il l’a trouvé, sur le toit de leur hôtel avec vue sur la mer, alors qu’ils savaient que tout basculerait à leur retour.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Alexandre Archambault et Laurence Godcharles
 sont nouvellement fiancés.

C’était irréel, on était vraiment bien, mais on savait que le confinement s’en venait ; on était dans notre bulle de bonheur alors que tout autour était en crise. Ce moment a amené un peu de positif dans cette période de stress. C’est un peu ce sentiment que c’est nous, notre team, contre le monde entier.

Alexandre Archambault

Depuis leur retour au pays, ils ne regrettent pas du tout leur décision, alors que les deux travaillent déjà normalement de la maison. « Les émotions sont intenses dans ce type de situation. Si ça va mal, ça peut aller très mal, mais quand ça va bien… ça va très bien ! », ajoute le couple, qui aimerait s’unir officiellement à l’été 2021.

Mariages : casse-tête en vue

Pour l’instant, les grands événements sportifs et culturels rassemblant plus de 250 personnes sont interdits jusqu’au 31 août au Québec, mais qu’en sera-t-il pour les mariages ? Plusieurs couples se demandent s’ils doivent tenir le cap en espérant voir les mesures de confinement levées bientôt ou, par prudence, remettre leur mariage en 2021.

Jay Chevery est le fondateur de l’entreprise Majyc, qui se spécialise dans l’événementiel, du corporatif aux mariages. Il suggère fortement à tous ceux qui ont un mariage prévu entre juin et août — et même cet automne — de trouver « activement une date alternative ». « Déjà en temps normal, pour trouver une salle, il faut se prendre d’avance, sans compter qu’arrêter une date peut être un véritable casse-tête. L’an 2021 risque d’être très contingenté, les fournisseurs de mariages vont avoir une année de fou ! », croit-il.

Certains couples choisissent de ne pas attendre. C’est le cas de Marie-Ève Leblanc Piccolo et Jonathan Piccolo, qui avaient prévu, pour leur mariage le 21 mars, une grande célébration sur le thème des années 20 avec près de 120 invités. Mais le 15 mars, la nouvelle tombe : la salle où devait se tenir la cérémonie, dans la région de Lanaudière, devait mettre la clé dans la porte, comme tous les bars et salles de réception.

« On était dans notre petite bulle de bonheur et tout à coup, c’est ton petit rêve de princesse que tu vois partir en fumée ! », raconte Marie-Ève. Sous le choc et en pleurs, le couple, ensemble depuis trois ans, commence à appeler ses fournisseurs et invités. Mais lorsque leur célébrant leur offre de les unir à sa résidence, c’est « l’étincelle ».

« Ce qui était important pour nous, c’est d’être mari et femme », ajoute-t-elle. En compagnie de leurs trois enfants issus d’unions précédentes, de deux témoins et du célébrant — et de tous leurs invités rassemblés virtuellement sur Facebook Live —, ils se sont donc mariés comme prévu, le 21 mars. Et le gros party, lui, aura lieu cet automne, si tout va bien.

Bons joueurs, ils se sont fait faire un gâteau surmonté d’un rouleau de papier de toilette et ont pris des photos assez rigolotes, vêtus de masques et de gants de vaisselle. Une sorte de pied de nez à la COVID-19, qui a changé la vie du tout au tout en quelques semaines. « On est joyeux et en vie quand même, pourquoi ne pas le célébrer ? », lance celle qui est infirmière dans un CHSLD.

Retour aux sources

Marie-Ève Royer-Laliberté et son conjoint David doivent se marier le 1er août. La pandémie chambarde leurs plans. 

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-ÈVE ROYER-LALIBERTÉ

Une photo de Marie-Ève Royer-Laliberté et de son conjoint David, prise l’été dernier, lors d’un autre mariage.
 Le couple doit se marier le 1er août.

Au départ, j’ai été vraiment démoralisée ! C’est vraiment un deuil à faire.

 Marie-Ève Royer-Laliberté

Comme elle est atteinte de sclérose en plaques et que d’autres personnes dans l’entourage du couple ont un système immunitaire fragile, il serait risqué de rassembler 130 personnes dans un contexte où « on peut penser qu’il y aura sans doute d’autres vagues de COVID-19 », juge-t-elle.

Tout cela a amené le couple à se questionner sur ses priorités. « Notre objectif, au fond, c’est de se marier. Au départ, on voulait un petit mariage et, comme bien des gens, on s’est laissé emporter. On a décidé de revenir aux sources ; cette surconsommation qu’on fait comme société, on n’a plus le goût d’embarquer là-dedans. »

La future mariée a donc regardé ses options pour célébrer son mariage de façon virtuelle, en visioconférence. Mais le Directeur de l’état civil nous a confirmé par courriel que la loi prévoit que le célébrant, les époux ou conjoints et les témoins doivent être présents en personne.

« Aucune exception en ce sens n’est prévue malgré la situation pandémique actuelle », nous dit-on, ajoutant que même si le Directeur de l’état civil est sensible à cette question, il ne peut modifier la loi comme il l’entend. « Si cela ne contrevient pas aux limitations en vigueur au moment du mariage […], rien n’empêche, cependant, que des personnes autres […] assistent virtuellement au mariage. »

Qu’à cela ne tienne, les futurs mariés comptent malgré tout s’unir avec un nombre réduit de personnes, à bonne distance les unes des autres. « Tout est possible ! », conclut Marie-Ève. Quand l’amour est là, aurions-nous envie d’ajouter.

> Consultez les directives du Directeur de l’état civil pour les mariages et les unions civiles